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Eliane
Brun journaliste à l'Autre Canal est une rebelle, une
vraie. Sensible à la cause écologiste en soutenant
l'implantation des éoliennes, prenant partie pour les
hackers, détestant George Bush, le racisme, les dictatures,
le chômage. Elle tire sur toutes les ambulances qui passent.
Ca tombe bien, car son patron, le très puissant Marc
Menantreau est lui aussi un rebelle. Il n'hésite pas
à faire un discours devant tout le staff de son entreprise
vêtu d'un T. Shirt. C'est dire s'il est subversif. Les
deux vont s'entendre à merveille un temps, mais la lune
de miel entre le patron et son employée sera de courte
durée : les affaires sont les affaires.
Après deux effroyables émissions " La chasse
au Sorciers " où il s'agit pour Eliane d'atterrir
en hélicoptère dans le jardin d'un homme qui tient
des propos machistes au café du village pour le dénoncer
à la France ou dans celui d'une vieille dame coupable
d'un méfait du même acabit. Une vraie peste qui
a de plus le mauvais goût de décéder le
lendemain de l'émission. L'animatrice est virée.
Son patron aussi mais pour d'autres raisons qui ont trait à
sa gestion hasardeuse et à sa folie des grandeurs. Il
est en effet fort peu évident de transformer une entreprise
française traditionnelle en numéro un de la communication
mondiale quand les bénéfices ne suivent pas et
que les déficits sont abyssaux.
Les deux se retrouvent presque à la rue, leurs parachutes
dorés n'ayant pas fonctionné. Pourtant, ils continuent
à se battre : Eliane pour n'importe quoi Ménantreau
pour les gays dont il fait désormais très opportunément
partie, sans convaincre personne.
Le
roman de Benoît Duteurtre est hilarant, sans la moindre
complaisance pour la " jet set dolorosa ", ces personnages
pleins de compassion toujours à la recherche d'une bonne
cause à défendre, de préférence
sous l'objectif des photographes. Peu importe laquelle pourvu
qu'elle soit consensuelle et simple à comprendre : les
sans papiers, la chasse aux baleines, la famine dans une micro
région d'Afrique dont les occidentaux sont forcément
responsables
..
Naturellement Marc Menantreau rappelle J2M et Eliane, n'importe
quel présentateur de télé plus accroché
à sa vitrine cathodique et à ses avantages qu'aux
vraies douleurs du monde.
Il est impossible pourtant de détester ces vieux adolescents
en quête d'honneurs, mais toujours très humains.
Se trompant avec une telle stupidité candide qu'on ne
peut que rire de leurs déboires. Comme ces enfants qui
commettent une erreur après avoir été prévenus
des inévitables conséquences qui allaient en résulter.
Une fois de plus Benoît Duteurtre réussit une subtile
équation entre la critique des précieuses ridicules
d'aujourd'hui et la réalité de la société
qui induit ces comportements absurdes. Sans doute ne va-t-il
pas se faire que des amis, mais il a l'habitude. Quand un critique
musical se permet de critiquer Boulez, il ne peut s'attendre
à beaucoup d'indulgence de la part des bien-pensants
dont font partie ses personnages.
Brigit Bontour
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