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Dans
la grande et vieille famille Blajan dirigée par Contorose
le généreux patriarche, cohabitent plusieurs générations
: grand-tantes et petits-neveux, plus leurs amis, et frères
ou surs d'amis. Vingt personnes se retrouvent en moyenne
chaque jour autour de la table familiale en toute harmonie.
Mais sur ces jours idylliques, planent les secrets de famille
inavoués de la génération précédente
avec les parents des jeunes Blajan. Agnès, la fille de
Contorose, mère de Tristan est partie des années
plus tôt avec Alban son cousin et accessoirement père
de quatre enfants, eux aussi cousins du jeune homme. Sa jumelle
Anne, qui avait suivi un beau gitan nommé " Le Copte
" est décédée en laissant une petite
fille Natalène, mi-rom, mi-bourgeoise, qui partage sa
vie d'enfant et de jeune fille entre le château de Blajan
et les camps de gens du voyage. Grand écart qui forge
à tout jamais un caractère et changera le destin
de tous les habitants de la bâtisse.
Une fois ces liens complexes établis, peut commencer
le tourbillon romanesque d'Orfénor, cette histoire invraisemblable
à laquelle on veut croire ; à l'instar de cette
scène invraisemblable où Natalène, dans
sa roulotte délabrée lit " la guerre des
Gaules ".
Dans ce roman fleuve passent tous les sentiments, toutes les
émotions : amours adolescentes et avortements des années
soixante, prénoms surranés de ces années
d'avant 68 : Chantal, Philippe, Caroline. Mois de mai d'ailleurs
à peine évoqué comme si la révolte
étudiante n'avait pas atteint le bordelais ou plutôt
que ses protagonistes avaient la tête ailleurs avec la
griserie de rendez-vous au grenier que l'on sait éphémères,
et la naissance de passions faites pour durer toute une vie
et ne passeront pas l'hiver. Sans oublier la violence caricaturale
d'un père gitan tout puissant sur sa fille au caractère
encore plus trempé que lui, un code d'honneur ombrageux
et des rebondissements sans fin qui tiennent le lecteur en haleine
du début à la fin.
Il y a du Dumas fils dans ce livre où les longueurs alternent
avec les orages que le lecteur pressent et attend, avec ses
invraisemblances et ses trouvailles. Ainsi, parlant d'un certain
20 mars, l'auteur affirme avec lyrisme que " de tous les
dés lancés ce jour-là, certains devaient
rouler des années avant de s'immobiliser, mais tous le
feraient un jour, pour afficher leur chiffre ". Belle métaphore
pour dire que les cousins grandissent, se marient, dévient,
se séparent. Seuls Tristan, devenu un pianiste virtuose
et Natalène s'aimeront jusqu'à la mort entre roulotte
et château, amour et désespoir, violence et fusion.
A
l'approche des vacances, ce roman donne la nostalgie de l'enfance
enfuie, avec les cousins et les illusions, tous perdus de vue.
Les grandes tablées, les fêtes à l'occasion
desquelles une génération remplace l'autre sont
au rendez-vous comme dans la vie. Qu'elle soit rêvée
ou non.
Il y a ici de la mélancolie, de la folie, de l'aventure,
et qu'importe si la syntaxe est parfois bousculée, si
la caricature prend parfois le pas sur le tourbillon des passions.
Une expression employée plusieurs fois par l'auteur :
" en ce vieux printemps là " donne le climat
du livre. Parce Que tout printemps est voué à
devenir vieux puis oublié, comme tout enfant devient
grand, que tout amour s'étiole et disparaît en
ne laissant qu'un goût de cendre et de paradis perdu.
Brigit Bontour
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