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Un
journaliste, Marc Dupeyrat traumatisé par la mort de
plusieurs de ses proches : son meilleur ami, pendu dans les
toilettes de leur collège, sa femme probablement tuée
par la mafia en Sicile part à la recherche des motivations
d'un tueur en série qui sévit en Asie du Sud est.
Celui-ci, Jacques Reverdi champion d'apnée est en prison
en Malaisie pour le meurtre particulièrement étrange
d'une jeune femme. Assassinat qui n'est visiblement que le dernier
en date d'une longue série.
Pigiste pour " le Limier ", un minable journal de
faits divers, Dupeyrat va tenter d'entrer en relation avec le
tueur.
Jusqu'ici les éléments classiques d'un bon policier
sont réunis, mais c'est alors que le talent ou le savoir-faire
de Jean-Christophe Grangé entre en scène, et c'est
par un habile puzzle d'intrigues, de mort, de sang, de folie
que le lecteur suit le journaliste sur les lieux des crimes
perpétrés par Reverdi. Celui-ci, du fond de sa
geôle birmane guide Dupeyrat qui se fait passer pour une
femme sublime, Khadidja un mannequin, dont il a volé
le polaroïd et qu'il a rebaptisé Elisabeth afin
de séduire le meurtrier, tout en se dissimulant au maximum.
Ayant compris à distance l'extrême dangerosité
de l'apnéiste.
Le tueur qui a réussi à avoir accès à
internet entraîne le journaliste dans un jeu de piste
ésotérique, le menant d'un élevage de papillons
dans les Camerons Higlands, ancienne réserve Britannique
en Malaisie au temple d'Angkor, en passant par les rues les
plus chaudes de Bangkok et des îles paradisiaques décrites
comme l'enfer. Iles étouffées par une végétation
luxuriante, porteuse de pourriture et de mort qui ne peuvent
qu'attirer le crime, voire le provoquer, ce qui effraie et trouble
Dupeyrat au-delà de toute raison.
Et d'ailleurs, c'est envoûté, au sens littéral
du terme, qu'il résout les énigmes, comprend ce
qu'il recherchait : les motivations, le modus operendi du criminel.
Mais, trop perturbé, il abandonne brutalement sa quête,
coupe les ponts avec le meurtrier tombé fou amoureux
d'Elisabeth et c'est un homme brisé, par l'horreur des
crimes qu'il a mis à jour, et auxquels il craint de s'identifier
qui revient en France écrire un best seller.
Entre temps Khadidja est devenue la femme de sa vie tandis que
son visage s'étale en 4x3 sur tous les murs de France
à la faveur d'une campagne de publicité, et Reverdi
qui s'estime trahi par Elisabeth s'échappe de sa prison.
La
construction romanesque de Grangé est dans ce livre comme
dans ses précédents, toujours à la limite
de l'invraisemblable. Elle bascule souvent dans la folie et
les réseaux les plus tordus de l'âme humaine en
ne cessant de fasciner. Il s'offre même le luxe d'appeler
son apnéiste Jacques, de rappeler l'intrigue du Silence
des agneaux, avec un tueur fou emprisonné, une jeune
femme à sa recherche et la présence d'insectes,
ici des papillons, sans toutefois jamais tomber dans le pastiche.
Ces éléments rendent même le roman encore
plus original, tant l'apnée, symbole de Grand Bleu, de
pureté avec la figure de Jacques Mayol est ici au contraire,
responsable à travers le psychisme perturbé de
Reverdi, de crimes abominables et de déviances d'une
cruauté inouïe, laissant le lecteur en état
de choc quasi nerveux à lecture du dénouement.
Avec la vague impression qu'il est heureux que Grangé
soit écrivain, et non pas un oisif errant seul de par
le monde, livré à des pulsions que lui seul peut
avoir en tête ou en cauchemar.
Brigit Bontour
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