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Thomas,
un quadragénaire revient sans cesse sur ses premières
amours, qui à leur tour le racontent lui, il y a si longtemps.
Que
reste-t-il des gens connus il y a vingt ans, peut-être
même aimés et finalement perdus de vue ? En général
ils ont construit une vie dans laquelle celui qui se pose cette
question n'a plus de place. Surtout si le nostalgique en mal
d'information n'a pas avancé, mais passé sa vie
à fuir.
C'est un peu le dilemme du héros de l'embarquement, le
nouveau roman de Christian Garcin.
Thomas, est en effet un fuyard pathologique. Un drôle
de type, un peu écrivain, un peu journaliste qui passe
sa vie à partir. Pour revenir, parfois. Il a été
clochard un temps et le serait encore si des femmes, l'une surtout,
Marie n'avait tenté de donner un semblant de sens à
sa vie qui part dans tous les sens. Marie, comme le port d'attache
vers qui il revient toujours après ses multiples fuites
vers des villes où il part retrouver des femmes qu'il
a aimées jadis, et dans l'existence desquelles, il n'a
plus la moindre place.
Thomas ne comprend rien à la vie, rien aux femmes, boit
beaucoup de vodka et se pose des questions essentielles pour
finalement en déduire que les dames sont " really
a différent sex " comme le constate un des personnages
du film " Some like it hot ".
Il voyage et lit, se désole que la littérature
ne représente pas grand-chose pour le commun des mortels.
Il est émouvant pour celles qu'il a aimées. Terriblement
énervant aussi car il n'en finit pas de vitupérer
contre le fait que le " futur ait rattrapé le présent
, contre la marchandisation du monde, ou encore la langue pauvre
et dominante du spectaculaire " S'étonne naïvement
de trouver peu de gens qui aient le temps ou l'envie de partager
ses idées fixes
Et malgré ses obsessions, Thomas est attachant. Aucune
de ses anciennes amantes ne l'a oublié et l'un des atouts
maîtres de ce roman consiste dans les récits croisés
entre la parole du narrateur et celle de ses anciennes aimées
qu'il va retrouver pour fuir toujours et encore quelque-chose
à Prague, Bologne, ou Marseille.
Et chacune à sa manière décrit en filigrane
un être vulnérable, sensible qu'elle a aimé
et aurait pu aimer pour de bon s'il n'avait voulu en permanence
se perdre pour changer le monde grâce à l'art.
Elles posent la question fondamentale qui taraude Thomas "
de tous les chemins qui sans cesse s'ouvrent devant nous et
qu'on n'emprunte pas, les reléguant à jamais dans
les limbes des possibles non advenus ". Question que tous
ceux qui ont dépassé la quarantaine se posent
forcément un jour : et si j'avais suivi les conseils
de telle personne, choisi un autre métier, un autre homme,
une autre femme, eu ou pas des enfants ? pourquoi untel qui
n'avait pas beaucoup d'atouts pour réussir est-il parvenu
à un tel niveau, et tel autre à qui tout semblait
promis a fait de sa vie un tel ratage ?
Ne reste plus qu'à évaluer après coup les
voies que l'on a effectivement empruntées. Infléchir
le destin, s'il en est encore temps et que l'énergie
ne nous a pas abandonnés en chemin. Ce que finit peut-être
par réaliser Thomas, à Athènes au terme
d'un nouvel embarquement.
Brigit Bontour
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