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Au tout début du livre d'Helen Dunmore, " La Faim
", le printemps russe est plus beau que jamais : la nuit
est brève comme un frôlement d'aile, rien qu'une
heure d'étoiles dans un ciel qui demeure d'un bleu tendre
et profond. Personne ne dort "
Durant le premier tiers du roman, l'auteur décrit le
visage d'une Russie idyllique comme si les gens et la nature
exhalaient le bonheur à l'état pur et profitaient
des derniers instants de vie qui leur restaient.
Car malgré tout la guerre est là. Le père
d'Anna, la jeune héroïne, hier écrivain et
traducteur adulé est devenu infréquentable : sans
travail, sans avenir. La jeune fille doit les faire vivre, son
petit frère et lui grâce à son travail dans
une crèche, loin de ses rêves d'adolescente.
Et puis très vite, les intentions des Allemands se précisent
: " le führer a décidé d'effacer la
ville de Saint Petersbourg de la surface de la terre. Le problème
de la survie de la population et de son ravitaillement est de
ceux qui ne peuvent ni ne doivent être résolus
par nous " affirment-ils dans une note officielle.
Difficile d'être plus clair. Bientôt, il ne restera
plus que deux raisons de mourir : les obus et la famine. Le
froid aussi, terrible : la précieuse bibliothèque
du père servira à réchauffer et faire du
thé avec des vieux morceaux de cuir trempés dans
l'eau.
C'est le désespoir le plus total : " quels mots
de réconfort prodiguer à la mère d'une
enfant de dix ans qui vient de mourir ? ".
Heureusement il y a l'amour qui unit Anna à Sergueï
et témoigne de la force vitale qui reste aux humains
quand tout a disparu, sinon l'obsession constante de la faim
et que la moitié de la population de la ville meurt dans
des souffrances indescriptibles.
Helen Dunmore, écrivain américain décrit
avec érudition, force et émotion le blocus de
Léningrad, moment occulté de la seconde guerre
mondiale. Difficile parfois d'oublier qu'elle n'est pas née
de l'autre côté de l'Oural, tant elle décrypte
et magnifie l'âme russe.
Brigit Bontour
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