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Pour
son premier et trop court roman, Elizabeth Quin frappe très
fort : amour, trahison, malheur relatif et largement provoqué.
Larmes de crocodile. On en redemande.
Au
début tout va bien entre Gustave dit " Gu "
et Catherine " Kéké ". Gu aime Catherine
qui aime Gustave. Belle rencontre romantique dans le métro
puis amour, puis mariage puis première félonie
de l'épouse restée modèle durant quelques
mois. (J + 270 exactement, ce qui ne fait même pas un
an de mariage)
Certes elle ne trompe pas pour le plaisir. Ce serait beaucoup
trop facile pour une jeune femme qui toute sa vie a tenu à
faire échouer tout ce qui lui était précieux.
Son meilleur ami la prévient : " on est dans
la névrose de petite fille mal lavée ou dans le
bovarysme aggravé ? " Mais rien n'y fait. Elle
continue, coupable tellement innocente.
C'est grave docteur ? assez oui, puisqu'elle avoue "
qu'il fallait que Gustave me dise non pour que j'ai envie de
lui dire oui. "
Mais quand Gustave s'aperçoit de son infortune au retour
d'un voyage magique en Finlande et dit non, c'est vraiment non,
il n'y a pas à y revenir.
Le séjour avait pourtant été fabuleux,
sentimental jusqu'à l'outrance comme leur rencontre quinze
mois plus tôt : "la neige et le ciel avaient échangé
leurs couleurs ", " une ampoule trempée dans
un verre de lait figurait la lune ".
Le lecteur se trouve brièvement désorienté
dans un rebondissement à la Barbara Cartland.
Mais
Kéké se reprend immédiatement de façon
involontaire, et la rupture va être d'une brûlante
modernité par tabloïd interposé : Gu tombe
sur une photo de sa belle dans les bras d'un compositeur connu.
Floue la photo, mais tout de même, ça lui fait
un choc !
Et malgré toute sa compassion : " tu vas m'exhumer
un traumatisme de ton passé qui va me rendre très
compréhensif, très compatissant, très con
tout court ", Gu montre le chemin de la porte à
l'infâme qui n'en revient pas, mais comprend qu'elle a
perdu en se traitant de " merde dans un corps soyeux
".
Alors elle va tout tenter pour reconquérir l'homme meurtri
: elle passe des annonces dans Libération : celle-ci
par exemple : " sais-tu combien il faut de psychanalystes
pour changer une ampoule ? parfois un seul suffit, mais il faut
qu'elle ait vraiment envie de changer. "
Rien n'y fait, elle ne parvient qu'à devenir la risée
de leurs amis lecteurs de Libé qui la reconnaissent.
Ainsi va la vie de Catherine plutôt très mal puisqu'en
exergue d'un chapitre elle cite un proverbe Chinois : "
si la pierre tombe sur l'uf, malheur à l'uf.
Si l'uf tombe sur la pierre, malheur à l'oeuf ".
Bref résumé de son existence sans Gu qu'elle revoit
pourtant mais ne retient pas. L'imagination ne lui fait pas
défaut pour le reconquérir mais un jouet cassé
est définitivement fracassé. En général
les enfants l'apprennent bien avant 35 ans, l'âge de Catherine
qui ne se remettra pas de cet acte de vandalisme sur son amour.
Quelque
part l'auteur note : " l'automne 2002 fut adorable ",
et sans jouer les madame Irma, c'est tout le mal qu'on lui souhaite,
tant son livre est maîtrisé, ciselé, épuré.
Rien n'est superflu et surtout pas l'humour
Immense, présent à chaque page d'une histoire
qui n'aurait pu être qu'un mélo très banal
écrit par une star de la télé: je t'aime,
je te trompe, tu ne m'aimes plus.
Or il est évident qu'Elisabeth Quin est un écrivain
à la finesse désespérée rappelant
parfois Edith Wharton.
Brigit Bontour
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