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Ecrire
une flamboyante histoire de la Renaissance avec une économie
de mots propre au XXIème siècle est la fascinante
réussite de Marie Ferranti.
La
princesse de Mantoue est un fastueux roman, luxueux de simplicité
et de violence contenue, maîtrisée. De classicisme
pur.
Barbara de Brandebourg dont Marie Ferranti nous conte l'histoire
est une femme du quinzième siècle dont on sait
apparemment peu de choses, sinon qu'elle fut l'épouse
de Louis de Gonzague que les non-spécialistes ne connaissent
pas beaucoup plus.
Mais l'auteur, avec son sens de la nuance et de la retenue à
la limite du minimalisme va donner vie à cette inconnue,
en inventant de toutes pièces une correspondance avec
une cousine, une autre entre le peintre Mantegna et Bellini.
Et c'est là le tour de force inouï de Marie Ferranti
: faire vivre cette princesse aux yeux des lecteurs avec une
totale vraissemblance. Elle décrit toutes les horreurs
des femmes de son temps : le viol de sa nuit de noces, qu'elle
trouve " normal ".La naissance de neuf enfants dont
sa hantise sera qu'ils deviennent bossus comme leur grand mère.
Le décès d'une de ses filles refusée en
mariage et se laissant mourir à cause de cette disgrâce.
La haine d'une autre de ses filles, Paola qu'elle n'aidera en
rien. Envers qui elle se montrera même en dessous de tout
: puisque dit-elle : " je n'aspire qu'à la tranquillité
de l'âme, qui ne s'embarrasse de rien ".
Expédiant en une phrase lapidaire la vie de martyre d'une
très jeune fille mariée à un monstre.
Et autour de cette vie fastueuse et encore si rustre à
bien des égards de la Renaissance, irradie la création
d'Andréa Mantegna. Création divine et intéressée,
puisque son chef d'uvre la Camera degli sposi (la chambre
des époux) avait pour but de faire parvenir Franscesco
l'un des fils à la papauté. " ces peintures
dit Barbara, le serviront mieux que des ambassadeurs zélés
". Il ne parviendra pas à être pape, mais
là aurait pourtant été le triomphe de la
femme du quinzième siècle, sans aucune comparaison
avec le bonheur de ses filles.
Et si les vanités humaines ne sont plus, la Camera a
traversé les siècles.
Triomphe absolu de cet art qui déjà rythmait les
vies, les allégeait et les conditionnait. La peinture
comme un opéra, un vertige. Frisson de la Renaissance
et des débuts de la perspective et de l'humanisme.
Et
au bout du livre, la conscience floue du lecteur : qui a existé,
qu'est ce qui est vrai, ne l'est pas, en dehors de l'ineffable
sagesse de Barbara ? : " il me semble inutile de chercher
à éteindre une passion qui s'étouffera
d'elle-même, si on ne l'attise pas par des obstacles ".
Naturellement, les érudits sauront discerner le vrai
du faux dans cette vie,
mais quel bonheur pour les autres de se perdre en conjectures.
De se plonger dans une encyclopédie afin de mettre à
nouveau en place Andréa Mantegna et la cour des Gonzague,
l'Italie du seizième siècle et la vacuité
de la vie.
Et pour tous le choc de cette figure de femme si violente et
si brève.
D'autant plus que l'auteur attend la dernière page pour
révéler plus ou moins qui fut ou ne fut pas la
princesse de Mantoue.
Brigit Bontour
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