Tours et détours de la vilaine fille

Mario Vargas Llosa

Gallimard 404p.

 

 

 

 

 

par Brigit Bontour

Entre la Vilaine fille et la narrateur, c’est une histoire d’amour de quarante ans. Mais une histoire rare par ses rebondissements, ses trahisons, ses tours et ses détours Tout commence par un mensonge lorsqu’à quinze ans Lily une jeune fille pauvre se fait passer pour une étrangère, une Chilienne afin d’intégrer un groupe de la jeunesse dorée Péruvienne dont fait partie Ricardo qui a son âge et est déjà fou d’elle. Las, sa supercherie est dévoilée lors d’un anniversaire et elle s’évanouit dans la nature. Pour une dizaine d’années où elle réapparaîtra à Paris sous les traits d’Arlette, une révolutionnaire Castriste, condition qui lui permet de voyager grâce à une bourse. Naturellement Ricardo est toujours amoureux d’elle et l’histoire est repartie pour trente ans où elle ne cessera de s’éclipser, passant des bras d’un diplomate à ceux d’un mafieux Japonais, sans oublier un agent immobilier et quelques autres dont Ricardo, tenace qui attend son heure et met à profit leurs retrouvailles pour explorer tous les plaisirs du sexe. Roublarde, menteuse, intéressée, quittant un amant pour un autre plus fortuné, la »nina mala » est une aventurière mais pas seulement. Une aventurière sentimentale, attachante et surtout pleine d’humour, un personnage d’exception qu’on ne peut détester malgré ses tours pendables à la limite de l’honnêteté. Les aventures de la vilaine fille accompagnent le lecteur émerveillé par le brio de Vargas Llosa de Londres à Tokyo en passant par le Pérou et naturellement Paris. Ville que l’auteur décrit avec passion, lui qui au début du livre n’avait d’ailleurs pas d’autre ambition que d’y vivre, assimilant cette condition à un métier.

Comme dans les meilleurs romans de Llosa, les mots sont au service de l’histoire, l’histoire au service de la fantaisie et de la gravité de ses personnages insaisissables, indéfinissables, attachants.

 

Brigit Bontour