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UNE FIEVRE DE CHEVAL
Jérôme Garçin est amoureux
d’Eaubac, son cheval, son « buveur de vent »
et à travers sa passion fait partager sa fièvre
à tous ceux qui, cavaliers ou non ont l’amour de
l’art équestre. Dans « Cavalier seul journal
équestre », l’auteur narre au quotidien les
deux dernières années qu’il a vécues
en symbiose avec son cheval à « l’œil
de biche, au col de cygne et au poil de fauve ». Deux
années seulement avant une retraite dorée passée
au pré à manger l’herbe normande car à
treize ans seulement, Eaubac souffre d’arthrose et continuer
à le monter lui ferait souffrir le martyre. Son cavalier
doit abandonner son rêve de faire de son cheval de selle
qu’il a depuis les quatre ans de l’animal un cheval
de dressage et profite de ses derniers moments de promenades,
de galops, de l’intimité folle de leurs deux corps
soudés par la vitesse dans des galops effrénés
sur la plage de Deauville à six heures du matin ou les
chemins du pays d’Auge, remarquablement décrits.
L’entente entre l’homme et l’équidé
est si intense qu’il note de retour à Paris le
manque physique qu’il éprouve à ne pas monter,
comme un désir sexuel non assouvi. Car s’il est
un cavalier hors pair, Jérôme Garçin est
avant tout un écrivain qui prend prétexte de son
journal pour évoquer ses rencontres ou ses souvenirs
dans la confrérie des hommes et femmes de chevaux, fort
nombreux dans le milieu artistique et littéraire : Jean
Rochefort, Maxime Leforestier, Guillaume Canet, Marc Dugain,
Françoise Sagan. Sans oublier Bartabas, Nuno Oliveira,
ou des personnalités moins connues mais inoubliables
comme Sylvain Paillete, né cul de jatte mais champion
paralympique de nage papillon, qui laissant ses prothèses
au vestiaire émerveille le public par son assiette idéale.
Faisant passer l’émotion, le courage et les larmes
omniprésents dans ce livre loin devant son savoir-faire
et son élégance.
Ainsi entre de nombreux voyages à Saumur, où l’écuyer
en chef est appelé grand dieu, il rend visite à
Julien Gracq, raconte son enfance en Normandie, sa folie pour
la lecture aussi forte et démesurée que celle
des chevaux, son étonnement devant toutes les jeunes
filles qui le remercient de partager et de faire connaître
leur amour du cheval, avant de toujours revenir en fin de semaine
vers Eaubac, un peu penaud de l’avoir laissé pour
son travail comme un amant qui aurait trompé sa maîtresse.
Dans son livre Jérôme Garçin touche et émeut
d’abord par la véritable histoire d’amour
qu’il vit avec Eaubac mais aussi parce que le cheval est
un langage universel : toutes les civilisations ont eu et ont
encore leurs cavaliers, toutes s’en sont servies et s’en
servent encore pour la guerre, le travail ou le plaisir et pour
ceux qui n’ont jamais pratiqué, combien d’enfances
ont été bercées sur tous les continents
d’histoires fabuleuses peuplées de chevaux ailés
ou de livres de la bibliothèque verte où mon amie
Flicka côtoyait l’Etalon noir ?
A l’exact opposé du loup, noir génie des
contes et de l’inconscient populaire, le cheval est le
symbole de la liberté, de l’élégance,
de la douceur alliée à la force. Si, quand il
laisse Eaubac au pré, l’écrivain contemple
treize ans de sa vie, et ce qui restait de sa jeunesse s’enfuir
dans son dos au galop, le lecteur voit des réminiscences
de sa propre histoire surgir et disparaître à travers
des chevaux réels ou fantasmés. Cavalier seul
est un des rares récits où, bien que la fin soit
connue à l’avance, le narrateur réussit
à maintenir le suspens garder le lecteur en haleine lors
des dernières promenades, les derniers regards que lui
lance son bel athlète inquiet, son « cheval distingué,
un peu gourmé » qui a déjà compris
bien avant lui que leur histoire était terminée.
Jérôme Garçin, critique
littéraire et animateur du « Masque et la plume
» avait déjà confié sa passion pour
l’art de l’équitation dans Chute de cheval,
et Bartabas roman.
Brigit Bontour
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