Héléna Villovitch

Dans la vraie vie

Editions de l’Olivier

par Brigit Bontour

«  les assiettes passent directement à la poubelle et moi à la casserole » : à travers ce saisissant raccourci, Héléna Villovitch donne le ton de son recueil de nouvelles, « Dans la vraie vie ».

La narratrice du récit intitulé « qu’est-ce-que tu vas faire ? » va de CDD en CDD. De trois mois à un mois puis à quatre heures. Elle ne peut donc s’installer avec quelqu’un, faute de revenus, se contente d’un studio et d’assiettes en carton. Elle n’a même pas le temps de connaître ses collègues de travail. Soit leur contrat expire avant le sien, soit il est trop court. Alors faute de se souvenir de leurs visages, elle les décrit par leur physique. « Pierre, chauve, pomme d’Adam » ou « Fleur, cheveux frisés, nez en trompette, grosses jambes ». C’est ubuesque et désolant.

Drolissime aussi, dans « Tu veux qu’on en parle ? » où un jeune homme héberge les parents d’un de ses amis. Très vite, il se retrouve embarrassé par ces soixante huitards qui redécouvrent la vie, l’art conceptuel et la sexualité sous son propre toit, voire à ses dépends.

Il s’aperçoit « qu’une génération qui n’est pas la sienne est en train de conquérir l’immortalité pendant que les plus jeunes s’échinent à chercher leur place dans une société qui ne veut pas d’eux « .

Décidément, rien ne va pour les héros D’Hélène Villovitch : ni le travail, ni les relations parentales, ni l’amour avec ces deux collègues de travail qui pianotent de concert sur le net à la plus grande surprise de tous.

Pourtant à priori, rien ne les destinait à une telle galère : ils sont tous cultivés, ont fait de bonnes études, travaillent comme des brutes, mais quelque chose leur échappe. Comme si on leur avait donné la vie sans le mode d’emploi qui va avec. Alors chacun déraille et ne comprend pas pourquoi, mais sans jamais perdre humour et gaieté.

« Dans la vraie vie » est un instantané terriblement juste, et vrai du malaise de bien des actifs, jeunes ou moins jeunes de 2005.

 

 

Brigit Bontour