| Trente-huit
nouvelles récoltées au fil d’un quart de
siècle de commandes de journaux ou magazines divers.
Entre l’anniversaire d’un tel, les nouvelles de
l’été de l’autre et la promotion de
telle région bien sympathique, Alain Demouzon a répondu
avec humour et sang froid, avec plus ou moins de réussite
mais toujours un éclair d’inventivité, à
des thématiques improbables et parfois plus comiques
que les historiettes pas si innocentes que l’auteur a
servi en retour.
L’ensemble a une étrange cohérence au vu
des circonstances : la solidarité des pauvres hères
aux prises avec une réalité qui les dépasse.
Alain Demouzon le raconte lui-même dans l’introduction
: « Alors, j’ai relancé sur le
chemin de ronces du désarroi ce petit peuple de malfaisants
et de malchanceux, de sans-amour et de souffre-douleur, tous
liés dans la fraternité barbare de cette étrange
chronique. »
Quelques unes sont même de vrais bijoux comme l’histoire
de ce bibliophilophile monomaniaque « Le rat
de bibliothèque » qui devrait titiller
d’un frisson la colonne vertébrale de tous ceux
qui empilent autour d’eux les livres commencés,
pas finis, à lire absolument…
« Mauvaise donne » encore,
ciselée avec la noirceur et la précision d’un
petit noir sur le comptoir ou « La balade
de Bob Dealer » d’une cruauté
poignante, « Meurtres de troisième
cycle » que l’on pourrait rebaptiser
le prix du LMD ou encore « Photo maton »
ou l’échappée belle.
D’autres comme « Changement d’adresse
» ou « Peinture au couteau
» sont des exercices de style un peu convenus
mais c’est aussi ce qu’on attend de la littérature
de genre : le respect des conventions, un petit air familier.
Et puis il y a les inclassables, les qui se moquent des frontières
: « Interférences »
et sa poésie désabusée, «
Petit crime rue des Marmousets » qui ravira
tous les auteurs en panne d’inspiration et son double
inversé version BD avec « Nuit d’encre
de Chine ».
Le tout se lit d’une traite jusqu’au cœur de
la nuit… férocement.
Anita Beldiman-Moore
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