ban_cinema.gif (1262 octets)                        par Catherine Raucy

Une photographie de Mari Mahr


Panier-surprise
 et suggestions de cadeaux

Par  Catherine Raucy

 

Sommaire 'Cinéma' 

 

 
 En ces temps d'avant-Noël, quelques idées de cadeaux, quelques plaisirs à partager.

Côté livres, il y a Natasha et autres histoires de David Bezmozgis (Christian Bourgois, 2005). Dans ce recueil dont les nouvelles s'enchaînent comme les chapitres d'un roman à ellipses, l'auteur s'invente un double, Mark Berman, fils comme lui d'une famille juive lettone que nous voyons s'installer à Toronto en 1980, puis s'intégrer peu à peu, mais jamais complètement. La culture, la mémoire juive, les souvenirs de la vie au pays sous l'occupation russe sont présents d'un bout à l'autre du recueil, sauf dans la nouvelle éponyme dans laquelle le jeune Mark découvre les émois troubles de l'adolescence, mais aussi les amertumes de la vie. La construction de l'oeuvre, originale, permet une grande variété de tons, de l'humour à la mélancolie, qui évoque bien la façon dont les personnages vont survivre à leurs échecs, avec lucidité, mais sans désespérance radicale.

Très différent par le ton et l'univers, un recueil d'histoires de Saki, Beasts and superbeasts (le Livre de poche biblio, 2003). Saki, alias Hector Munro (1870-1916), peint la bonne société anglaise du début du XXe siècle avec un humour à la fois décapant et léger, auquel s'ajoute un goût pour l'incongru et le non-sense typiquement britannique. Comme le titre du recueil l'indique, ces histoires tournent toutes autour d'un animal (de la loutre au boeuf, de la louve au coq de combat...), et elles montrent toutes comment le goût de la plaisanterie, de la manipulation, voire même l'intervention de l'irrationnel peuvent pimenter de façon inattendue la vie oisive des classes aisées. Cette alliance d'élégance, d'irrévérence et d'une certaine perversité procure un plaisir de lecture constant.


Côté films, les sorties en DVD, particulièrement nombreuses en cette fin d'année, peuvent permettre de découvrir ou de revoir les bons films des mois précédents. On peut recommander particulièrement L'Interprète, un bon thriller signé du vétéran Sydney Pollack, qui rappelle parfois Les Trois Jours du Condor, un des meilleurs films de son auteur. Interprété de façon convaincante par Nicole Kidman et surtout par Sean Penn, qui donne à son personnage d'agent de la CIA beaucoup de présence et d'humanité, le film a par ailleurs l'originalité, dans un cinéma américain qui donne souvent du monde une vision bien simpliste, d'évoquer les problèmes politiques du continent africain, et d'être le premier film de fiction à avoir été tourné dans le bâtiment de l'ONU, à New York. Cela ajoute à son intérêt, quand on se rappelle les relations tendues entre le pouvoir américain et les Nations Unies à propos de la guerre en Irak...

Autre sortie intéressante: Véra Drake de Mike Leigh, Lion d'or et prix d'interprétation féminine au Festival de Venise 2004. Ce film, qui raconte l'histoire d'une "faiseuse d'anges" dans le Londres plutôt démuni et grisâtre de l'immédiat après-guerre, peut sembler un cadeau de Noël incongru. Mais c'est aussi un beau film humaniste et chaleureux, centré autour d'un personnage de mère de famille aimante, qui voit sa coupable activité essentiellement comme une façon d'aider de jeunes femmes en détresse, à une époque où la vie est dure et les moyens de contraception encore peu répandus. Et le travail accompli par Mike Leigh avec ses acteurs lui permet d'arriver à une vérité humaine dans les comportements et l'expression des sentiments qui rend ses personnages très proches de nous.

Pour les enfant qui ne détestent pas jouer avec l'obscur et la peur, et pour changer d'Harry Potter, on peut recommander enfin Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire, de Brad Silberling. Adaptation des premiers volumes d'une série destinée aux grands enfants et aux adolescents, le film, à travers le regard de ses jeunes héros, dessine un univers gothique où l'irrationnel est monnaie courante, et qui a souvent le charme de certaines gravures du XIXe siècle. Jim Carrey se coule avec délectation dans le rôle à transformations du redoutable Comte Olaf, et le film, s'il comporte peut-être quelques longueurs, est constamment original; le générique de fin, sur fond d'ombres chinoises, est une petite merveille.


Pour finir, et même si la musique n'est habituellement pas mon rayon, je recommande chaudement Le Pavillon des fous, le dernier album du fantasque Thomas Fersen. Depuis Louise, chanson dont la poésie désenchantée avait accompagnée notre année 1995, nous aimons retrouver régulièrement cet auteur-compositeur-interprète et son univers musical et poétique très reconnaissable, quelque part entre la chanson humoristique des annes 30-40 et la fantaisie satirique d'un Boris Vian ou d'un Brassens. De ces textes où la rime l'emporte toujours sur la raison se dégagent une cocasserie parfois teintée de mélancolie, un humour qui met en lumière les ridicules ou les misères de ses personnages, pour mieux faire passer la tendresse qu'ils inspirent.

    Bonnes fêtes à tous, et bonne année.

Catherine Raucy