ban_cinema.gif (1262 octets)                             par Natalie Grosskopf

A.I., intelligence artificielle
un film de Steven Spielberg
avec haley Joel Osment, Jude Law et William Hurt

adapté d'une nouvelle de Brian Aldiss "Supertoys Last All Day Long"

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Est-il encore besoin de raconter la naissance d' «A.I.» dans l'esprit de Stanley Kubrick, producteur et scénariste du film, qui a confié le projet à celui qu'il jugeait seul capable de réaliser ce film, Steven Spielberg, au nom d'une amité et d'un respect mutuels ? Non, tout a été dit là-dessus.
On a peut-être d'ailleurs trop parler de ce film avant sa sortie, malheureusement, autant le dire tout de suite, «A.I.» n'est pas à la hauteur. Ni à la hauteur des attentes, ni à la hauteur de Kubrick, ni même à la hauteur de Spielberg.

Nous sommes plusieurs siècles après l'an 2000, les calottes polaires ont fondu, toutes les grandes villes côtières sont sous l'eau, New-York est noyée et il n'en dépasse plus que quelques tours (dont les Twins Towers, petite minute d'émotion...). Les ingénieurs ont appris à construire des robots à notre image, capable de se conduire comme des humains ou presque, car un obstacle subsiste : ils n'ont pas de sentiments. Le Pr Hobby décide alors de créer un enfant capable d'aimer ses parents adoptifs et de se faire aimer par eux.

La première famille à tester cet enfant "méca", David, est un couple dont le fils, victime d'un accident deux ans auparavant, est cryogénisé dans un labo en attendant un miracle. Et le miracle survient. Ce qui ne manque pas de créer quelques problèmes de cohabitation entre les deux enfants, le vrai et le faux (qui ne comprend pas pourquoi il n'est pas un vrai). C'est là commence l'aventure et que les lourdes similitudes (involontaires) avec l'oeuvre de Walt Disney deviennent pesantes. La mère va abandonner David dans la forêt (Rox et Rouky ?), et il se retrouve confronté au monde extérieur (et cruel!) qu'il ne connaît pas (Bambi ?). Son unique objectif est alors de trouver la Fée Bleue, celle qui, dans le conte, transforme Pinocchio en vrai petit garçon. Il sera aidé dans sa quête par Gigolo Joe (un "méca" conçu pour être l'amant parfait et une des bonnes idées du scénario, malheureusement, peu exploitée) et Teddy, son ours "méca" en peluche, qui court d'une façon rigolote et suit Joe et David partout (le petit animal sympa, acolyte des héros, ça vous rappelle pas quelque chose ?).

L'enfance, les rêves, les limites de la science, on baigne dans les grands thèmes Spielbergiens et , du même coup, on se retrouve confronté aux grandes questions qui les accompagnent : Spielberg est-il capable de mettre en scène des enfants sans être mièvre, de parler de l'éthique scientifique sans rebattre des évidences, etc. Spielberg fait preuve ici d'un tel manque de subtilité, qu'on peut se demander s'il n'a pas passé trop d'années à produire des films sur les dinosaures !
Le problème de ce film, c'est que son sujet est dépassé. Le scénario est adapté d'un roman de Brian W. Aldiss ("Supertoys Last All Day Long"), auteur phare de sci-fi à la fin des années 70. Le roman est fortement daté, puisqu'il transcrit toutes les angoisses qui étaient alors liées au développement des machines et aux travaux sur l'intelligence artificielle. Il pose l'éternelle question : qu'adviendrait-il de nous, pauvres humains, si un jour, les robots devenaient conscients de la vie ? Une bien belle question, malheureusement un peu dépassée et traitée dans de nombreux films, d'où le décalage et l'impression de déjà-vu.

Le noeud du film est divertissant et assez efficace, l'interprétation sans faute et bien sûr (on en attendait pas moins !) les effets visuels impressionnants. Mais l'introduction est longue et niaise et la conclusion interminable et ridicule... Il y a deux fins à ce film : la première, qui aurait dû être la bonne, est belle et poétique, malheureusement, il a fallu que Spielberg en remette une couche (et une sacrée) et fasse repartir le film pour 20mn de dégoulinades sentimentales, qui ne manqueront pas d'en faire pleurer certains, et surtout d'en faire rire d'autres !

Natalie Grosskopf