Mars 1685. Françoise d'Aubigné de Maintenon, épouse du roi Louis XIV,
annonce aux pensionnaires de Noisy qu'une école, destinée à instruire et
éduquer les jeunes femmes de la noblesse pauvre, va ouvrir ses portes sur
les plaines de Saint-Cyr.
Ce pensionnat ne sera "pas seulement une oeuvre, mais une
fondation solide, destinée à durer, après la mort de Mme de Maintenon, après la mort
de Roi, pour l'éternité... Une communauté de deux cent cinquante jeunes enfants,
nourries, habillées, logées aux dépens de l'Etat, arrivant de tous les coins du royaume
pour repartir à vingt ans, bien élevées, aptes à être ou de bonnes mères de famille
ou des filles de l'Eglise si elles en ont la vocation...Une école dont Mme de Maintenon
serait la directrice spirituelle... Une maison d'éducation, pas un couvent, car sa
Majesté estime qu'il y en a trop et ne veut rien qui sente le monastère, ni par les
pratiques extérieures, ni par l'habit, ni par les offices. La vie devra y être active,
pieuse, mais aussi aisée et commodes, sans austérités." (chapitre 1 de
La Maison d'Esther).
Après un an d'agitations tant à Noisy qu'au sein de la noblesse pauvre, Saint-Cyr ouvre
et accueille ses deux cent cinquante pensionnaires. Le film commence ici.
Parmi les jeunes filles, Anne de Grandcamp et Lucie de Fontenelle se lient tout de suite
d'amitié et Mme de Maintenon se prend d'affection pour elles. C'est à travers ces trois
personnages que le film raconte la naissance Saint-Cyr, son apogée et son naufrage.
Tout commence bien, Mme de Maintenon est fière de son projet, elle est
maternelle, douce, enthousiaste et aime "ses" filles. Tout bascule avec la
représentation d'Esther, une pièce de Racine, commandée par Mme de Maintenon, sensée
être dépourvue d'amour et de passion afin de ne pas éveiller d'idées déplacées chez
les jouvencelles.
Toute la Cour vient assister au spectacle et vient rire des phrases à double sens que le
dramaturge a glissé le long de son texte. Les jeunes hommes repèrent les jeunes actrices
et certains n'hésitent pas à leur faire des avances par le biais doux de lettres
amoureuses. Les jeunes filles découvrent les tentations du monde et leur sexualité se
révèle. Mme de Maintenon n'a plus qu'une seule obsession : les préserver du monde et du
désir de plaire. Elle se fait aider par l'abbé Gobelin, effrayant.
C'est le début de la fin. Elle est de plus en plus hantée par l'enfer et par la volonté
d'expier son passé d'intrigante. Lucie plonge à corps perdu dans le combat de son
aînée, en mettant toute son énergie dans une dévotion extrême. Plus Lucie se détruit
dans ce fanatisme, plus Anne se rebelle et fait preuve de maturité pour échapper au
système. Saint-Cyr est un échec, au lieu de devenir des femmes libres et instruites, les
filles deviennent religieuses ou épousent des vieux riches... quand elles ne sont pas
mortes de la petite vérole, car l'école est construite sur un marais impossible à
assècher.
C'est le producteur Denis Freyd qui a eu l'idée d'adapter La Maison d'Esther et d'en
confier la réalisation à Patricia Mazuy, qui filme de façon épurée et sans concession
ce rêve empreint de liberté qui tourne au cauchemar. Elle montre également sans
détours les relations parfois ambiguës de Mme de Maintenon avec Lucie et Anne (la
caméra passe derrière le rideau du lit de Lucie pour surprendre "la Maintenon"
en train de se frotter contre les blessures ensanglantées de la jeune fille). Le film se
passe très bien de tout ce qu'on a tendance à croire indispensable : les scènes à la
bougie, le brouillard, les violons qui font pleurer, les décors fastueux. Patricia Mazuy
n'y va pas par quatre chemins et la modernité de la réalisation permet de faire passer
toute la dureté de cette histoire comme si la réalisation même du film voulait faire
écho à cette phrase de Mme de Maintenon : "Le romanesque,
le pathétique, le sublime ne comptent pour rien". Au coeur de ce film
dur et marquant, Isabelle Huppert, Nina Meurisse et Morgane Moré
sont tout simplement impressionnantes.
Pour ceux qui n'aimeraient pas la fin du film ou qui aimeraient savoir ce
que devient Anne : le roman emmène le lecteur jusqu'en 1706, c'est-à-dire
jusqu'aux trente deux ans de la jeune fille !
"La Maison d'Esther" vient de reparaître chez Grasset
sous le titre
"Saint-Cyr, la maison d'Esther"... 280p., 118F. Paru en 1991, il s'agit du
dernier roman d'Yves Dangerfield, écrivain disparu en 1992 après avoir
écrit Les Petites Sirènes, La Chambre d'Ami et L'Enfance de
l'Art (en
collaboration avec Francis Girod).
Filmographie de la réalisatrice :
Peaux de vaches, 1989
Travolta et moi, 1993 (dans la série Tous les garçons et les filles...)
A l'affiche le 7 juin :
American Psycho, de Mary Harron, d'après le roman controversé de Breat
easton Ellis, avec Christian Bale et Jared Leto
S'il suffisait d'une nuit, d'après le roman de Somerset Maugham,
avec
Kristin Scott Thomas et Sean Penn
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