ban_cinema.gif (1262 octets)                                                       par Natalie Grosskopf

Spécial Festival de Cannes :
les adaptations littéraires sur la Croisette


Cette année, une dizaine de films adaptés d’œuvres littéraires étaient présents à Cannes, dont quatre en compétition officielle.
Le premier est le nouveau film des frères Coen, inspiré de l’Odyssée.
Difficile pourtant de parler d’adaptation littéraire lorsque les deux frères déjantés d’Hollywood décident de raconter l’évasion de trois forçats, à travers la Louisane profonde des années trente, le tout sur fond de jazz et de comédie! Le générique signale pourtant “inspiré de l’Odyssée d’Homère” et à première vue, on retrouve bien la trace de l’épopée homérique dans ce film: le personnage principal, interprété par George Clooney, s’appelle Ulysse et traverse de nombreuses aventures avec ses fidèles compagnons avant de pouvoir rejoindre sa belle (qui ne
s’appelle pas Pénélope…). Après des films comme Barton Fink, Fargo,
Arizona Junior et The Big Lebowski, les Frères Coen sont toujours attendus avec impatience. Les critiques annoncent une petite déception sur ce dernier film (O, Brother where art thou?) mais on attend de voir!!
Rappelons au passage que Barton Fink avait obtenu la Palme d’Or à Cannes
en 1991.

Deuxième adaptation littéraire présentée en compétition au Festival, Les
Destinées Sentimentales
sont adaptées de la saga de Jacques Chardonne. Au début du siècle, un pasteur mal marié (Charles Berling), issu d’une famille protestante fortunée, décide de changer de vie : il quitte sa femme (Isabelle Huppert) pour en épouser une autre (Emmanuelle Béart) et devient chef d’entreprise. Le film dure trois heures et il faut bien ça puisque l’histoire se déroule sur trente ans. Ce drame romantique fleuve tranche avec les précédents films d’Olivier Assayas, plutôt intimistes (Fin août, début septembre).

Egalement en compétition, Estorvo (Embrouille), de Ruy Guerra est l’adaptation à l’écran d’un roman de Chico Buarque. Ruy Guerra est une figure emblématique de la Nouvelle vague brésilienne, il signe là son vingtième long-métrage, une sorte de thriller: un matin, un jeune homme est réveillé par des coups à sa porte, il regarde par le judas et voit un homme qu’il ne connaît pas. Certain d’être en danger, il décide de s’enfuir…

Quatrième et dernière adaptation littéraire en compétion officielle, le film de James Ivory est tiré d’un roman d’Henry James, ce qui ne surprend pas quand on sait que le réalisateur est le grand spécialiste des films en costumes (dont quelques belles réussites, comme Chambre avec vue, Maurice, Les vestiges du jour et Retour à Howards End), et que le romancier est sans doute l’un des plus adaptés à l’écran (récemment on a pu voir Portrait de Femme, L’Elève et Les ailes de la colombe). James Ivory est un habitué de Cannes, où il a déjà présenté 7 films, le dernier en date, Jefferson in Paris, était en compétition en 1995 et Howards End a obtenu en 1992, le Prix exceptionnel du 45ème anniversaire du Festival. Cette année, il présente donc La Coupe d’or (The Golden bowl), l’histoire d’un jeune Prince ruiné (Jeremy Northam) qui épouse la fille d’un riche collectionneur d’art (Nick Nolte) mais reste amoureux de sa maîtresse (Uma Thurman), qu’il continue de fréquenter. Sa femme découvre la vérité grâce à une coupe d’or fêlée…


Du côté des sélections parallèles, on signalera La Captive de Chantal Akerman, inspiré de la Prisonnière de Proust, avec Stanislas Merhar et Sylvie Testud (Quinzaine des réalisateurs) et Requiem for a dream de Darren Aronofsky (le réalisateur de Pi), adapté du roman de Hubert Selby, Jr.

En vrac et en bref:
- Dans la section Un certain regard, le fils de Gabriel Garcia Marquez est
venu présenter son premier film, joliment titré Ce que je sais d'elle d'un
simple regard
(Things You Can Tell Just By Looking At Her)
- Virginie Despentes est venu à Cannes, en marge du festival, pour vendre
l’adaptation de son roman Baise-moi au Marché du film
- Neil Jordan (Entretien avec un vampire, La fin d’une liaison) est venu
sur la Croisette, une fois n’est pas coutume, avec un court-métrage, Not I. Une petite curiosité puisqu’il s’agit d’un monologue de 13 minutes,
inspiré de Samuel Beckett, récité par Julianne Moore et filmé en une seule
prise!
- Dans un film dogma, le danois Kristian Levring raconte l’histoire d’un
car de touristes qui tombe en panne, ses occupants se retrouvent dans un
village fantôme où ils pètent tous un peu les plombs. Afin de s’occuper et
de canaliser leur colère, ils décident de monter le Roi Lear de
Shakespeare…Le film s’appelle Le Roi est vivant!


Natalie Grosskopf