Une photographie de Yann Beauson

ban_cinema.gif (1262 octets)                             par Catherine Raucy


Swimming Pool

De François Ozon

Avec Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier


Par  Stéphanie Marie

 

Sommaire 'Cinéma' 

 

La première émotion du film est sans aucun doute la rencontre fulgurante de deux grandes actrices, et au vu de la performance de chacune, le mot est faible : Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier. Toutes deux connaissent bien l’univers de François Ozon, puisque l’une lui doit sa renaissance avec Sous le sable (2001), et l’autre sa révélation avec Huit femmes (2002).

 

François Ozon est un enfant du cinéma, l’apothéose de ce cinéma de références étant Huit femmes, où il s’inspirait explicitement de nombreux auteurs et acteurs tels que Cukor, Sirk, Duvivier, Fassbinder, Bunuel, Lana Turner, Ava Gardner et Rita Hayworth. Dans Swimming Pool, les références (Bunuel encore) sont toujours là, mais se font plus discrètes. Le film est moins tout feu tout flamme , et Ozon revient à une certaine simplicité qui peut déplaire et paraître superficielle. Dans ce film il ne se passe rien ou pas grand-chose. Tout semble rester en surface et plein de froideur. Mais c’est sans compter les actrices et leur aura qui se déploie tout le long du film sur un thème musical obsédant et s’enrichissant au fur et à mesure, une aura qui enrobe et fascine non seulement le réalisateur mais également le spectateur. Pour Swimming pool, on a parlé de réflexion sur le processus de création – d’où la déception que cela a pu engendrer. Cependant, si la création et l’écriture en sont bien le thème, il n’y a probablement pas d’ambition à la réflexion. Swimming pool est plutôt l’histoire de la transfiguration d’un écrivain, d’une femme.

 

Sarah Morton, cliché de la vieille fille anglaise et écrivain au creux de l’inspiration, se voit prêter par son éditeur (Charles Dance) une maison dans le sud de la France, loin d’une Londres pluvieuse et grise. Elle a besoin de calme et de tranquillité pour se lancer dans l’écriture de son nouveau Dorwell , qu’on imaginerait comme un Hercule Poirot d’aujourd’hui. Elle s’approprie cette maison, installe soigneusement l’ordinateur, remplit le frigo de coca light et de taillefine 0%, cache le crucifix accroché au dessus du lit. Il faut la voir se promener dans cette chemise de nuit complètement informe, avec des pantoufles de vieillards. Julie (Ludivine Sagnier) résumera très bien le personnage :  « elle a  un balai dans le cul ».

 

C’est alors que surgit une intruse, la fille de son éditeur, Julie, ce qui bien sûr la rend furieuse. Cette dernière est tout ce qu’elle n’est pas : jeune , belle, libre et libérée, spontanée, croqueuse de vie. Peu à peu l’agacement et l’irritation font place à la fascination de l’Autre (avec un grand A). De la fascination va alors naître la vampirisation. Il suffit de voir le regard vert dont Charlotte Rampling couve Ludivine Sagnier. Elle l’observe, se lève la nuit pour l’épier, semble perdue quand celle-ci tarde à rentrer. Et quand Sarah Morton veut se couper de cette réalité là, il lui suffit de mettre des boules Quies.

 

Julie devient l’inspiration de Sarah Morton, qui s’en nourrit. Peu à peu elle lui suce le sang et l’être.

 

Le parallélisme entre les deux femmes est très fort, souligné (pas toujours très subtilement) par des scènes très similaires. Ludivine Sagnier représente exactement ce que Charlotte Rampling aimerait être. Sarah Morton n’accepte pas son image ni l’idée de vieillir. Dès le début du film, elle reproche à son éditeur de la délaisser pour un jeune prometteur, « un trou du cul » comme elle dit.

 

La rencontre de Charlotte Rampling avec Ludivine Sagnier est alors détonante. Ici, Ludivine Sagnier est complètement transfigurée et sensualisée. La caméra est amoureuse de ce corps de rêve mis en valeur par une lumière chaleureuse. Au risque de tomber dans le cliché, disons-le : elle est la beauté et l’insolence faites femme. Elle est l’image de ce à quoi toute femme aimerait ressembler. Et justement…

 

François Ozon aime à cultiver le mystère de ses personnages, même s’il ne manque pas d’humour en introduisant certaines scènes cocasses. Le regard de Charlotte Rampling reste aussi énigmatique qu’à son habitude. Le personnage de Ludivine Sagnier quant à lui est sciemment entouré de mystères. François Ozon amorce des pistes qu’il semble d’ailleurs abandonner très vite, en particulier la fille du gardien, naine prématurément vieillie. Ce personnage étrange semble en savoir long sur l’histoire de Julie, mais nous n’en apprendrons pas plus. A nous de laisser parler notre propre imagination., car à la fin du film, le mystère est loin d’être totalement résolu et nous sommes loin d’avoir toutes les réponses. D’où le charme et la fascination.

 

Le duel de ces deux femmes ne se résume pourtant pas à un simple duo. Il est élargi en un trio par la place non négligeable qu’occupe la piscine du titre. Que représente-elle ? L’inconscient de Sarah Morton ? Couverte au début, il faut attendre Julie, pour que la bâche soit enlevée. Et Sarah doit encore attendre qu’elle soit nettoyée (toujours à l’instigation de Julie) avant de pouvoir y plonger.

 

La piscine est principalement le domaine de Ludivine Sagnier qui à moitié nue flirte avec le soleil, oscillant sans cesse à la frontière entre le bord de la piscine et de l’eau. La piscine  représente l’ondulation du corps, la libération, la purification. François Ozon a lui-même suggéré que chacun pouvait y voir le symbole qu’il souhaitait y voir et que pour sa part, il avait l’habitude d’associer à l’eau (et plus particulièrement l’océan) la désinhibition ou l’angoisse. Dans Swimming Pool,  la piscine est comme un écran de cinéma sur lequel on projette des choses et dans lequel un personnage pénètre.

 

En tous cas, il est une image que le spectateur n’oubliera sûrement pas : celle de Ludivine Sagnier, sortant de l’eau, le corps ruisselant.

 

Stéphanie Marie