Une
photographie de Stéphane
Popu
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Par Stéphanie Marie |
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Spider n'est pas une nouvelle adaptation de l'homme-araignée, 'Spidermann'. Ce n'est pas non plus l'histoire d'un homme qui se transformerait en araignée dans le style de la Mouche, précédent film de Cronenberg, où à la suite d'une expérience ratée de télé-transportation, un homme se métamorphose peu à peu en mouche. Non, il ne s'agit pas de cette araignée là. Spider, c'est l'histoire d'un petit garçon, surnommé ainsi par sa mère, dont l'esprit est envahi peu à peu par une araignée, celle de la folie. Tous les après-midis que le fils et la mère passent ensemble, ils ne cessent d'évoquer l'univers des araignées. Déjà petite fille , Madame Cleg était fascinée par ces roues d'argent tissées par une araignée, qui se dessèche et meurt quand elle n'a plus de soie en elle. Spider tisse ainsi sa toile vers l'inéluctable : la perte de son esprit.
Mister Cleg cherche son chemin vers la pension qui va l'accueillir après un long passage à l'asile psychiatrique, et erre dans les rues désertes d'une ville délabrée, à l'image de son esprit tourmenté... Ces rues éveillent alors le souvenir d'autres rues : il est revenu sur le lieu de son enfance, cette enfance qui l'emprisonne dans un univers de signes et de hiéroglyphes (l'écriture dont il noircit son journal intime) que lui seul peut comprendre. Mister Cleg est avant tout un prisonnier. D'abord physiquement : son corps l'embarrasse, sa chambre, crasseuse, est une cage où il tourne en rond tel un animal....Puis psychiquement : il est prisonnier de Spider, c'est-à-dire lui enfant , et de souvenirs qu'il ne maîtrise pas. La scène du bain prend alors une connotation symbolique facile à reconnaître de par la coloration rouge de l'eau et la position ftale. Il plonge entièrement dans le monde de son enfance, où les femmes ne représentent qu'une seule et même personne : la figure de la mère. - d'ailleurs, presque tous les rôles féminins sont incarnés par Miranda Richardson (qui a trouvé là certainement les plus beaux rôles de sa carrière). L'histoire démarre lentement, pesamment. On se sent à la lisière de quelque chose, sans savoir bien quoi. Le monde semble coupé en deux : un ici et un ailleurs. Serions-nous aux limites de l'enfer, avec cette usine à gaz crachant des flammes au-delà de la rivière? L'enfer de la schizophrénie est clairement représenté : l'adulte Mister Cleg et l'enfant Spider sont réunis dans chacune des scènes du souvenir. Ralph Fiennes, toujours recroquevillé sur lui-même, revit physiquement ses souvenirs dans la souffrance, souffle les répliques des protagonistes et appelle son père la bouche pâteuse de larmes refoulées. Le scénario est en somme plutôt banale : un homme (un plombier comme par hasard, avec toutes les connotations que cela implique) délaisse sa famille pour des prostituées...Disons-le, on peut se sentir à la limite de l'ennui. Mais brusquement, sur un détail, le spectateur prend conscience d'avoir été entraîné par et dans la folie du personnage schizophrène. L'histoire prend alors une autre dimension, dans la mesure où il s'agit désormais pour le spectateur de sortir de cette schizophrénie et de rétablir dans leur objectivité la réalité de faits que nous percevions à travers une subjectivité dérangée...Le personnage quant à lui ne sortira symboliquement de l'emprisonnement du souvenir qu'une fois en possession matérielle des clés de la pension. " Spider est un film sur les psychoses et la reconstruction de la réalité, ou plutôt sur le processus de construction de la réalité ", nous dit Cronenberg, qui tient aussi à préciser que ce film n'est pas aussi éloigné que l'on pourrait le croire de ses autres films. Son univers est présent dans ce dernier film : la déchéance de l'esprit humain à la recherche d'un paradis perdu, d'un monde idéal, ce qui pourrait expliquer cette scène un peu étrange où les 3 personnages de la pension se retrouvent dans un champ à sourire béatement au soleil, avec chacun, un objet symbolique : les cigarettes, un dentier pour le plus vieux, et son sexe pour le dernier.... Le film se termine de nouveau sur une petite musique douce, mais cette fois-ci sans l'inquiétude du début. Les méandres de l'âme humaine ont été en partie démasqués. Cronenberg
conclut : " Spider est un psychodrame austère avec,
en son cur, un mystère humain profond. Samuel Beckett face
à Sigmund Freud ". La rencontre est des plus réussies,
grâce en grande partie à l'interprétation de Ralph
Fiennes. Alors, ne serait-ce que pour cela, il faut aller voir ce film. |
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