![]() Une photographie de Stéphane Popu |
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Vénus
et Fleur avec
Veroushka Knoge, Isabelle Pirès, Julien Imbert et Frédéric
Niedermayer
Par Stéphanie Marie |
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La même semaine que "Scheck 2" (où la destruction du mythe du Prince Charmant), sort avec discrétion un de ces films pleins de fraîcheur qui savent charmer le spectateur par leur simplicité et leur légèreté. Vénus et Fleur était lui aussi à Cannes, mais dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs. Une heure vingt durant, nous accompagnons donc deux jeunes filles pas tout à fait adultes sur quatre ou cinq journées de leurs vacances. Comme pour beaucoup de jeunes filles, leurs rêves et leurs préoccupations tournent autour des garçons : comment les rencontrer, où trouver le prince charmant, le futur père de leurs enfants ? Cela donne des réparties naïves parfois à la limite de l'absurde, mais qui posent aussi certaines questions sur le désir et le destin. Faut-il attendre le prince charmant ou aller le chercher ? Faut-il provoquer le désir ou le laisser naître ? Nous sommes en plein été, à Marseille. Vénus et Fleur sont deux jeunes filles opposées de caractères, réunies par le hasard et par le " geste co-fraternel de la France envers la Russie " (sic), lorsque Fleur propose à Vénus de l'héberger dans la maison de son oncle quelques jours. L'une est spontanée, ouverte, sensuelle. L'autre est timide, complexée, réfléchie, grave. Là où l'une pense à la souffrance des autres peuples, l'autre pense à la joie de vivre et aux moments heureux. Fleur envie le caractère de Vénus et souhaiterait être comme elle, vivre dans le présent sans regretter le passé ou craindre l'avenir. Mais à leur âge que cela signifie-t-il ? Alors les voici parties en quête de garçons. Elles font d'abord connaissance avec le voisin, Dieu, puis un ami du frère de Vénus, Bonheur. Avec des noms pareils, je vous laisse imaginer la tournure de certains dialogues : " Que penses-tu de Dieu ? -Rien je ne lui ai pas parlé. " Ou encore " Allo Fleur, c'est Bonheur " . Cette fable pleine de légèreté aborde ainsi l'air de rien quatre thèmes essentiels, l'amour, la beauté, le bonheur et la religion (quoique Dieu reste dans un rôle plutôt secondaire et ne fait pas vraiment partie de leur questionnement - au contraire, il est très vite éconduit). Si tout tourne autour de la rencontre amoureuse et de la découverte de l'amour, la caméra tendre et délicate d' Emmanuel Mouret saisit les changements qui s'opèrent imperceptiblement en chacune des deux. Vénus va apprendre à penser plus à l'autre, Fleur va apprendre à se laisser aller au sentiment. Peu à peu, Vénus gagne de cette gravité et Fleur de cette sensualité. La caméra nous montre une Fleur qui s'épanouit peu à peu, et ce sans artifice, sous le simple effet du et de Bonheur. Pour accompagner ces changements de l'âme, Mouret a choisi une musique russe, Alexis Khvosk à la voix profonde et troublante et qui évoque en russe les émois amoureux. Si
au début, l'impression que les acteurs récitent leur texte
peut agacer, qu'ils semblent manquer de naturel, on l'oublie bien vite
pour se plonger avec délice dans des dialogues tour à tour
sérieux, légers et cocasses, et pour finalement se rendre
compte que le manque de naturel n'est pas à attribuer au jeu des
acteurs mais bien à la timidité et la gêne des personnages
mis en présence de sentiments qu'ils ne maîtrisent pas encore.
On quitte alors les deux jeunes filles à regret mais avec le sourire
aux lèvres. Vénus et Fleur sera notre Conte d'été
(Rohmer, 1995) de l'année 2004.
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