Les propos insignifiants de L.P. de Savy

http://desavy.canalblog.com/

Sommaire des chroniques
Un triste concours de condescendance

La première critique consacrée à l’ouvrage de François Dufay, « Le soufre et le moisi », m’avait ôté toute envie de l’inviter à séjourner dans ma bibliothèque. Un livre à charge, dont le titre aurait pu être écrit par Philippe Sollers. Mais comment résister à l’appel d’un livre qui évoque Paul Morand, Jacques Chardonne, Roger Nimier et la génération des écrivains hussards ? Je l’ai donc acheté, puis lu. Comme je le pressentais, le livre est à la fois horripilant et passionnant. Il est horripilant par ses lourdeurs (le lecteur, même intellectuellement limité, finit par comprendre que les écrivains de droite sont de droite) ou par ses partis pris (deux générations ne peuvent s’apprécier réciproquement que par intérêt) mais il est passionnant par les écrivains qu’il fait revivre, qu’il pousse à lire ou à relire.

Parmi ces derniers, Jacques Brenner, en toute posthumité, vient de secouer le petit landernau littéraire avec la publication du tome 1 et du tome 5 de son journal. Le premier tome concerne les années 1940 à 1949 et est intitulé « Du côté de chez Gide ». Il est passé assez inaperçu même si on a pu lui reprocher de ne pas suffisamment évoquer la guerre. Le choix de ses sujets est pourtant l’un des rares privilèges du diariste. Le cinquième tome couvre les années 1980 à 1993, avec comme titre « La cuisine des Prix ». Les deux tomes ont pris le chemin des librairies en pleine grande messe des prix littéraires, le second en confirmant les nombreuses magouilles. Il a donc beaucoup été évoqué par la presse.

Les réactions face au journal de Brenner se sont, pour beaucoup d’entre elles, partagées en deux. De bonnes âmes ont condamné le déballage que constitue tout journal. Les mesquineries de la vie éditoriale sont-elles à mettre sous tous les yeux ? D’autres, peut-être pires, lancées dans un triste concours de condescendance, se sont apitoyées sur cet homme et sa vie étriquée, coincé entre l’amour des livres et celui des chiens. La gloire et la fortune l’ont oublié, et alors ? Il a vécu parmi les livres, que rêver de mieux lorsqu’on les aime ?

LP de Savy

A lire :

François Dufay, Le soufre et le moisi, Perrin ;

Jacques Brenner, Journal, tomes 1 et 5, Pauvert.