Les propos insignifiants de L.P. de Savy

 

 

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Retour vers le passé

 

Dans La tache, Coleman Silk, professeur de lettres classiques, doit démissionner pour avoir tenu des propos racistes envers certains de ses étudiants. Il est pourtant noir. Mais la couleur claire de sa peau, jointe à une volonté sans faille, lui a permis de se faire passer pour un blanc. Il a renié sa mère, sa famille. L'ancien mari de Fiona, sa maîtresse, mal remis de sa guerre du Viêt-Nam, le tuera, lui et Fiona, quelques temps après. Ce ne sont pas une camionnette et une voiture qui se fracassent, mais le passé et le présent.
Comme ils se fracassent dans les Marins perdus, de Jean-Claude Izzo. Amina aurait pu terminer sa vie tranquillement. Mais Diamantis voulait lui expliquer pourquoi il l'avait abandonné vingt ans plus tôt.

" Diamantis n'écoutait plus Ricardo. Il n'entendait plus rien. Il s'était immobilisé dans l'emploi du passé pour parler d'Anima, et le froid le gagnait sous la transpiration qui trempait son corps. Il voulait courir là-haut. Voir Anima. Son estomac s'était noué. Et cela n'avait rien à voir avec le whisky.
-Vous ne pouvez pas comprendre. J'avais besoin d'elle. Ma vie, elle est au bout du rouleau. C'est maintenant que j'avais besoin d'elle. Maintenant. Mais elle voulait rien entendre. Vous avez débarqué au Mas avec votre gueule enfarinée et vos remords… Comment vous avez su qu'elle travaillait au Habana ?
Diamantis ne répondit pas. Tout ça n'avait plus de sens.
-Je l'ai aimée, Diamantis.
Ils se regardèrent. Tout se brouillait dans les yeux de Ricardo. Des larmes se mirent à couler. Il jeta son arme sur le fauteuil.
-Je l'ai tuée. Elle est là-haut.

Amina était étendue sur le sol. Le sang, autour d'elle, avait déjà noirci. Ses yeux morts fixaient Diamantis. Il fit un pas et s'agenouilla près d'elle. Il approcha la main de son visage, mais son geste resta suspendu. Amina lui souriait. C'était il y a vingt ans. Elle était nue et Diamantis, au-dessus d'elle, laissait planer sa main sur son corps. Il en dessinait les contours sans le toucher. Amina se tendait vers lui et murmurait : " Touche-moi, je t'en prie. Pose ta main, là… " Sa main se rapprochait, frôlait ses seins l'un après l'autre, son ventre, les poils de son pubis. L'odeur de son sexe, humide, luisant, emplissait ses narines. Il approcha ses lèvres, au moment où ses mains se posèrent sur ses cuisses ouvertes.
-Pardon, Amina. "

Mais un autre drame se noue dans le bateau abandonné par son armateur dans le port de Marseille.

" Lalla était recroquevillée dans un coin, sous le bastingage. Elle sanglotait en poussant de petits cris. Abdul était debout, devant elle, les bras ballants. Entre eux, Nedim. De dos. Nedim embroché dans une saloperie de truc que Diamantis n'identifia pas. Il ne voyait que ce bout de truc en fer émergeant de son dos. Il s'approcha. La ferraille avait traversé la cage thoracique de Nedim, à hauteur du cœur, pour sortir entre ses omoplates. "

Nedim, mort pour avoir voulu protéger Lalla. Lalla était la fille d'Amina, et de Diamantis. Mais seuls Amina et Ricardo le savaient. Une autre femme aimait Diamantis. Il avait la possibilité de vivre avec elle, d'oublier le passé. Il ne l'oublia pas.

L.P. de Savy