|
Tous
les romans sont des romans d'amour. Presque tous décrivent
la lutte du Bien contre le Mal. Le très beau Concerto
pour l'Abattoir de Gil Graff ne fait pas exception à
cette double règle. L'histoire est dans l'air du temps,
des parias promis à une extinction rapide préparée
par un gouvernement, mais Gil Graff a un tel sens du récit
et de la description de ses personnages qu'on est forcé
de vivre, et de mourir, avec eux.
Si
la plupart des chiens avaient disparu, quelques petits toutous
adorés et pouponnés avaient été
emmenés par leurs propriétaires dans la ville
nouvelle, malgré l'impôt supplémentaire
qui incomberait à leur maître du fait de leur présence.
Les autres, abandonnés, avaient erré un temps
dans la ville puis étaient retournés à
l'état sauvage et, pour l'heure, vivaient en bande dans
les campagnes et jouaient à cache-cache avec les fusils
des paysans dont ils mettaient à mal cultures et élevages.
Les chats, eux, impénitents citadins, continuaient de
hanter la ville et de proliférer, et pour cause : leur
nourriture sur pattes était abondante, souris et rats
étaient en pleine recrudescence depuis deux ou trois
ans.
La mère aux chats était une vieille bique grise
de plaques de crasse écailleuses des pieds à la
tête, tête affreusement ridée sur laquelle
de longues mèches pisseuses et grasses se hérissaient
en gros tourbillons qui la faisaient ressembler à une
Gorgone.
(
)
A
un courant d'air qui lui rafraîchît le bas du dos,
il s'aperçut avec confusion que le maillot de bain décidément
trop mignard, en plus de lui étrangler le haut des cuisses,
ne lui dissimulait pas entièrement la raie des fesses.
Pour se l'être souvent miré dans la glace de sa
salle de bains, il avait une idée du spectacle grotesque
qu'offrait son derrière blême plein de fossettes
celluliteuses. Il n'eut plus qu'une envie : se rhabiller, cacher
vite ce corps obscène, courir se réfugier chez
lui et se le dorloter en engloutissant un maximum de sucreries
et de lipides pour se consoler d'être si mal compris.
Les
parias seront sauvés par un adolescent capable de transformer
les pires salopards en agneaux bienfaisants et de guérir
par simple attouchement. Un messie des temps modernes, se sacrifiant
pour la liberté. Mais 60 ans après, le Mal risque
de revenir.
Il
est aussi question du Mal dans la Stratégie du Cochon.
De la tradition aussi, chez des adorateurs du cochon, qui séquestrent
et engraissent un jeune apprenti journaliste, passant au mauvais
endroit au mauvais moment.
Je
pense que son choix s'était porté sur celle-là
parce qu'elle était la seule à être éveillée
: elles avaient dîné depuis peu et les deux autres
dormaient, le ventre plein. La grosse sur qui il avait ainsi
jeté son dévolu, sans doute surprise alors qu'elle
en était encore à choisir la couette où
elle se loverait pour la nuit, était immobilisée
à croupetons devant le bas-ventre de Riri. Elle est restée
un moment sans réaction devant le sexe érigé,
puis, machinalement, en ogresse habituée à goûter
absolument tout ce qui passe à sa portée, elle
a happé la verge dans sa bouche et s'est mise à
la téter comme un biberon.
Le
journaliste s'enfuira-t-il ? Nous ne le saurons pas. Cela dépend
de la présence de la Confrérie, de la Poste aussi.
Philip
Roth me pardonnera-t-il ? Après quelques mois d'infidélité,
je me plonge de nouveau dans La tache. Qui sommes nous vraiment
? Comment le passé finit-il toujours par se venger ?
On ne peut tricher avec son identité.
L.P.
de Savy
A
lire :
Concerto
pour l'Abattoir et La Stratégie du Cochon de Gil Graff,
Cylibris Editions ;
La tache de Philip Roth, Gallimard.
|