|
Photo John Foley

Le
quotidien la Croix nous a proposé le samedi 26 janvier 2002 une rencontre
avec Marie NDiaye. Les réflexions de celle qui est aujourd'hui, "à
34 ans, l'un des écrivains les plus importants du paysage littéraire
français", ne manquent pas d'intérêt.
"Je
ne m'occupe que de mes préférences",
déclara un jour Julien Gracq. Marie NDiaye le confirme : "L'ennui,
ce n'est pas de n'avoir rien à faire, c'est de faire une chose qu'on
n'aime pas, et s'en trouver accablé".
L'ennui
("la peur de l'ennui"),
c'est par exemple vivre en ville : "C'est
une question d'atmosphère, de simple sensibilité à la beauté des
choses.Quand je suis en ville, et particulièrement dans une banlieue
comme celle où j'ai grandi, près de Paris, mon regard est blessé en
permanence par la laideur qui règne".
La
place de l'écriture ? "Quand
j'ai un roman en cours, je m'oblige à travailler chaque jour,
souvent le
soir. Sinon, ce n'est vraiment pas le cas. j'essaie d'être régulière,
mais en fait je peux rester des semaines sans écrire. Et puis,
j'aime bien avoir l'impression que le temps de travail est comme volé au
temps ordinaire."
La
place de la lecture ? "C'est
en grande partie l'amour des livres qui a provoqué chez moi l'envie d'être
écrivain. Je ne vois pas d'exemples d'écrivains qui n'aient été
aussi de grands lecteurs. En fait, j'ai adoré lire très tôt, aimé
les écrivains qui me procuraient des émotions intenses, et j'ai eu envie
de faire la même chose. Je crois même que j'aime lire plus encore
que j'aime écrire. S'il y a une chose dont je ne pas me passer, c'est la
lecture, alors que je peux me passer d'écrire."
Une
reconnaissance pour ses écrivains favoris (Proust, Bove, Faulkner, Dostoïevski,
Banks, Oates, Carver ou encore McCullers) ? "Tous ces auteurs font
partie de la littérature, et j'ai envers eux une forme de
reconnaissance".
Une
dette alors ? Que nenni : "Avec les écrivains et les livres, il
n'y a rien à rendre, juste à prendre".
L.P.
de Savy.
A
lire : Rosie Carpe (Editions de Minuit, 2001)
A
voir : Hilda, depuis le 29 janvier 2001, au Théâtre de l'Atelier.
|