A
Hervé
J'écris les jours mouillés à la soie de ta lèvre,
Jours s'allant diluer, délavant le tableau.
J'étais la brigantine et tu m'étais câbleau
Sur le mur agrégeant le croc d'une balèvre.
Fallait-il d'une soif de vivre
Boire à la coupe de vin ivre?
Nos voyages naissant au port du dérisoire
Nous tressions de vains mots pour hâter nos départs ;
Nous halions dans le ciel de fulgurants éparts
Comme des feux cuisants sur un bris illusoire.
Fallait-il d'une soif de vivre
Boire à la coupe de vin ivre ?
Sur des récifs bâtis comme châteaux de sable
Nos carcasses cassées se mêlaient au limon.
Dans la barque en fracas le grand mât d'artimon
Crucifiait au ciel un rêve insaisissable.
Fallait-il d'une soif de vivre
Boire à la coupe de vin ivre ?
J'écris les jours glacés sous l'encre de l'abysse
Ces jours qui nous traînaient, épaves sous le vent
De l'étrave qui fend comme l'engoulevent
Les parcours menacés ainsi que ceux d'Ulysse.
Fallait-il d'une soif de vivre
Boire à la coupe de vin ivre ?
Pareils à ces traînées qui limaillent nos terres
Eparpillant ce sel où se cuit notre sang
Dans le poussier des os sous les pas blanchissant
Nous n'avions que l'espoir brûlant des réfractaires.
Fallait-il d'une soif de vivre
Boire à la coupe de vin ivre ?
Et voilà qu'à présent les images reviennent
Pour creuser de leurs dents avides nos curs chauds
Pour brûler nos deux corps aux flammes de la chaux
J'écris nos souvenirs pour tout ce qu'ils deviennent.
Fallait-il d'une soif de vivre
Boire à la coupe de vin ivre ? (bis)
|

Georges Cuffi
|