" fa fred pels estels
pels estels fa fred
tu em mires sempre sense saber que
jo també et miro amb els meus ulls tan
cecs "
" Il fait froid à hauteur des étoiles,
à hauteur des étoiles, il fait froid ;
tu me regardes toujours sans savoir que
moi aussi je te regarde de tous mes yeux
aveuglés "
Lluis Llach - Al teatre - Au théâtre
Tout au contraire de rassérénée, déjà, un moiré de temps réduit à une résille de
fugues fondues, je tentais de savoir ce qu'il émerveilla dès notre première rencontre.
Sa voix.
Sa voix caressante, néanmoins puissante, au-delà des traductions en mots, était une des
voies. Dit ainsi, cela paraît peu. Pourtant... Car en plus de découvrir son existence,
et n'est égal que ce l'on méconnaît, j'étais jeune donc peu malléable comme gouverne
en nous avec dureté
cet âge qui connaît tout déjà.
Notre première rencontre se produisit un après-midi autour d'un verre de thé. Davantage
qu'étonnée, je fus renversée. Je le reçus dans mon cur. Je le reçus fort.
J'étais assise en tailleur. Lui devait descendre les Remblas. En fait il était traqué,
chassé, exilé, je l'appris plus tard. De son cur dépassait un drapeau liberté,
je l'ignorais alors.
Devant ces gares entrebâillées sur la vie à grandir avant de vieillir, j'entendis la
voix de son ventre avec le mien. Douce, grave, enjôleuse, triste, virile et féminine à
la fois. Elle hérissait mon bagage silence.
Rendait sensible jusqu'à de grandes espérances les arrachées de lieux. Je crus voir le
monde s'interrompre autour du pain rompu. Toutes les orées devaient être atteintes. Le
sens des aiguilles trouvées. La faim du Grand Mystère un apaisement pour chaque vallée
de corps. Le gel pouvait se mêler à la fièvre. Les identités devenir des réalités
immédiates. Et des réponses étendues, quelques hommes allaient enfin trouver les
raisons de leurs haines, ils se détestaient eux-mêmes.
Moi, je sus qu'il était arrivé plus loin que Loin. Je ne pourrais jamais y aller. Ne
serait-ce qu'une infime parcelle de son trajet m'aurait pourtant apaisée.
tendresse du
très haut pouvoir d'amour
loin aller en cortège
d'exilés où déferlent les vagues
porter les frémissements à rêver
la vie
une femme passe entend celui qui chante
et à fleuves parallèles
s'engouffrent les vents de grands partages
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Lluis Llach avec la section
cordes de son Orchestre.
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Sa voix.
Sa voix était une joie. Une joie animale. Venue du plus loin d'où peut provenir une voix
résonnante à goût d'écho. De la nuit des temps. Comprise même si pas apprise. Unique,
discernée, élue, sans frontière. De la nuit des hommes, qui chantent tristement car ils
ne peuvent oublier les deux bouts du cordon ombilical vie, naître et mourir. De la nuit
tendresse,
paroles à aimer l'affectueux en attitude affichée. Brandie.
La voix, sa voix, sur la face B d'un vinyle, en hallucinations vérités, flânait en moi
avec splendeur. Elle, enfin il, qu'importe que ce fut l'homme ou sa voix - n'était-ce pas
le même martèlement ? - congédia un temps nourrisson. M'offrit de devenir femme.
Grandit l'envie de mordre. De déchiffrer la fumée des âtres. De décider mes pas sur la
saveur des fruits.
Vux de ni flageoler ni faillir.
Dans ma tête il descendait les Remblas. Encore. Cheminait de guitare à piano, en passant
par Bergès. Ici ou là, je buvais du thé, assise en tailleur.
La vie.
Puis, encore nous partageâmes. Au cur d'un vieil atelier en bois où je travaillais
la laine, nous voyageâmes longtemps. Lui et moi. Lui en moi. Chaleur et vie contre mes
oreilles. Sans jamais mourir de mensonges, nous demandâmes ensemble pour qui la roue du
temps tourne. Les coudées franches éblouies se ravissaient par chur de la force du
vent des âmes seules. Il me
murmurait qu'elle tourne pendant que nous continuons de demander la même réponse à une
même étoile.
Sa Canço d'amor a la libertad, en belles majuscules, contait les roulements de cailloux
éclatés et éclatants dans son pays de chaleur, les enfants catalans empoussiérés, les
routes d'ombres en feuilles de métal repoussé, martelées d'avancées. Chaque fois qu'il
vint vers jusqu'où je me trouvais, Venim del Nord venim del Sud, j'allai jusqu'à lui.
Nos yeux mutuellement aveuglés pouvaient communier. Il n'en savait rien. il n'en sait
rien. Il n'en saura rien. L'important est qu'il a fait froid un jour, puis chaud ensuite.
Vêtu de noir, tout contre son piano, il caressait les touches. Et mon attention. Il
m'apprit, en partie je crois, le détail. À m'émerveiller de la disposition des choses,
surtout lorsque l'homme flâne en ondulations tachées d'alangui. Il fit aussi renaître
certains jours de l'enfance. Les places
fermées inondées des giboulées de soleil. Celles entourées de hautes bâtisses qui
s'ocrent de jalousies pudiquement baissées. S'y échappe la Méditerranée.
" Je voudrais te laisser une fenêtre avec une
persienne à lever... "

Lluis Llach face aux 120 000 personnes
qui remplissent le stade de barcelonne
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Lorsqu'il chuchote, je suis heureuse. S'il crie, de douleur, de rage, tout hurle en moi
d'identiques révoltes. Rugueux de velours, ses mots sans parcimonie sur les bancs
d'événements, de grappes de soirées, défrichent ses concerts. Offrent l'ouverture des
chemins.
Sa voix. Sa voix compose la musique à lâcher les heures. À ébranler les issues de ma
vie.
Je tends des traductions émotions sur mes jours colorés par son langage deviné. Pour
aller mieux, même sans guérir, je sollicite tout ce qu'il a à dire. À me dire. Il
reste veilleuse allumée malgré le vent du temps.
Automne blanc calfeutré. Porteur d'ombres simples toutefois luxueuses.
La tristesse de l'arbre nu, avec son chagrin. Le sourire jaillit sur le grave qui pleure.
Je tente ici de comprendre pourquoi depuis une longue année je ne l'avais pas écouté.
Pourtant le nomadisme, dit-on, rend plus sensible.
Peut-être, hier encore, n'était pas venu le temps de chavirer.
Peut-être, volontairement, je bridais cette joie animale.
J'ai réparé ce manque à l'usage de mon monde. Partage de nos simples palais, petits
pays si petits. Comme je le reçus fort alors, j'ai de nouveau épelé sa douceur. L, l,
u, i, s. Chatoyante, elle a bien voulu se poser, habiter mes pièces. Et ouvrir les
fenêtres sur l'essentiel.
Marie Mélisou juin - août - novembre 1999
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À Lluis Llach, que j'aime depuis quatre
lustres.
À l'ami qui, hier soir, durant le concert, tenait ma vie debout. |