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Magnifique concert Leprest, samedi à Bruxelles.
Petite, toute petite audience, 45 personnes dans une salle de
120 places environ. Mais quelle soirée ! Allain dans une forme
éblouissante, au plus près de ses textes et manifestement heureux
d'être là, heureux de chanter et à la fin du concert visiblement
ému par le réel échange qu'il a réussi à provoquer entre la
salle et lui.
Au piano une nouvelle accompagnatrice (la femme de son accompagnateur
habituel Jean-Louis Beydon), excellente, bien dans l'allure.
On dit que Leprest est absolument à voir, qu'à ne l'écouter
que par le disque c'est perdre une grande partie de sa magie.
Oui, c'est un fabuleux interprète, mais son talent réside aussi
dans le fait qu'il possède tellement ses textes ou plutôt ses
textes sont tellement lui que sur scène il en décuple la force.
Car ses textes sont là, d'abord, il ne faut pas l'oublier.
Et je crois qu'ils sont uniques en leur genre, dans leur authenticité,
d'abord authenticité de l'inspiration, qu'il puise dans le concret
de l'enfance, de l'adolescence dans un milieu modeste, famille
communiste qui lève le poing gauche et a toujours la main droite
tendue prête à donner un peu du peu qu'elle possède à plus modestes
qu'elle, qui aime la vie, le bon manger, le bon boire, qui aime
rire, chanter, écoute Mozart, lit Hugo, qui a soif d'apprendre
le monde, de le comprendre, de s'y impliquer et même de le changer,
pour qui les mots solidarité, fraternité ne sont jamais vains
et qui possède une inépuisable, nécessaire et irremplaçable
réserve de colère contre toute injustice.
Presque tout ce que chante Leprest est un hommage rendu cette
solidarité, cette fraternité, cette joie de vivre, cette la
colère non comme valeurs abstraites mais au bien contraire dans
leur expression la plus concrète.
Et aussi un remerciement permanent au père, à la mère d'avoir
su les transmettre, les faire partager. Mais bien sûr cela ne
serait rien sans l'authenticité, et c'est là sans doute le plus
important, en tant qu'artiste, l'authenticité de son écriture
qui ne triche jamais. Jamais rien de gratuit ou de vague ou
d'abstrait dans ses mots, qu'ils soient, d'amour, d'amitié,
d'humour, de colère, de fraternité, tous naissent du concret,
puisés dans la vie, les rencontres, les expériences, la souffrance...
et jusqu'au bout des rimes il réussit à faire coïncider le fond
et la forme.
Je veux dire que ses chansons ne sont pas des chansons sur l'amour,
la colère, la fraternité, la révolte..., elles sont concrètement
amour, colère, fraternité, révolte... C'est ce qui les rend,
encore très concrètement, profondément chaleureuses, humaines,
et pourquoi ne pas le dire, authentiquement populaires.
Alors bien sûr, Leprest sur scène c'est fabuleux, là non plus
il ne triche pas, comment le pourrait-il. Il est tellement lui-même
dans ses chansons, elles sont tellement lui. Fragile, d'une
splendide voix qui a souffert, il nous les chante, nous les
confie, nous les donne en partage avec force, sans démesure
mais à la mesure de leur authenticité, de la sienne qui devient
alors la nôtre.
Il me vient alors les mots de Jean Clouet (voir dans la boites
à chanson du site à l'article Leprest) :"la douleur de Leprest
comme individu et comme artiste nous aide à vivre, la douleur
pour nous métamorphosée en joie (et surtout pas, ce poison,
en plaisir esthétique)." C'est vrai, c'est concrètement un vrai
bonheur de voir et d'écouter Allain Leprest. Samedi nous étions
45 à l'écouter et je pense à d'autres mots de Jean Clouet :
" … Leprest chante depuis un désert : il vient sociologiquement
d'une classe sociale dont la culture d'essence populaire est
aujourd'hui pratiquement détruite ou en ruines et que donc il
lui faut la ré- activer et la ré-inventer, somme toute la fabriquer
et ce dans un genre qui est dans le même état de ruines : la
chanson. L'entreprise de Leprest est tout simplement prométhéenne….
" " Leprest est un grand artiste qui voudrait rencontrer le
peuple et qui constate que le peuple manque. "
Entreprise prométhéenne, oui, sans doute, mais je ne crois pas
que le peuple manque, sans doute est-il absent de certaines
salles où Allain chante, sans doute est-il distrait par les
mille et une vessies qu'on veut lui faire prendre pour des lanternes,
mais en dehors de ces salles, ce peuple, Leprest le rencontre
et il le connaît bien.
Et c'est pourquoi il chante, qu'il le chante et nous rend heureux,
même dans une petite salle au 2/3 vide, un samedi soir au plein
cœur d'une grande ville.
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