|
Face d'Inca lunaire qui déboulait en plein coeur du projo poursuite.
Ilavait la voix cassée, grave et tumultueuse, l'embonpoint sautillant
et
déjà je l'aimais sur les premières notes.
Un poète bien sur, encombré par les règles, les classeurs, les
archives,
gêné aux entournures par les guerriers de tous les ordres, par
les
pilleurs d'enfances, les raides des mots lisses, les croisés
de l'idée glabre.
Maurice Fanon était un immense petit type, auteur entre autres,
à mon
avis, de la plus grande chanson antimilitariste, anti guerre,
anti cons
de notre temps: l'inoubliable Petite juive. Un poème chaotique,
poignant, strident.
''On nous a fait chanter pour un ordre nouveau
D'étranges Marseillaises de petite vertu
Qui usaient de la France comme d'un rince-cul
Et s'envoyaient en l'air aux portes des ghettos''
Fanon, je l'ai connu, un soir de dérive portuaire. Son talent
dans
l'amitié éclusait plus que de raison. Son "tube" unique
et solitaire
"L'écharpe", l'image douce d'une séparation déchirante,
l'a suivi bien
longtemps, étouffant un peu, pour le public, ses gueulantes
et ses
touches de poète majeur.
La persistance de ses contradictions dessinait en lui un art
irréductible.
Je me dis parfois que la flânerie littéraire et musicale touche
au
mystère de la rencontre.
Il est parti, l'ami Fanon, du bout des yeux, sans déranger ni
les
journaux ni les radios. Dans ma machine noire, ce soir il chante
encore,
douloureux... Et puis il y a ce vent plein d'à propos fuyant
sous les
volets serrés...
''Comme il arrive, qu'un jour un homme
Accouche de la fin de sa vie ''.
|