Les chanteurs et le parolier

par Michel Bourhis



Et zut.je viens de lire la présentation des Cuffi et de Cloclo. Non seulement
ils sont plus grands que moi les trois zigues, mais encore ils savent tout
faire. Pas facile d'assurer. Et les cuillères de Claude, grrr ... j'ai jamais
été foutu de m'en servir, sauf pour me faire des bleus sur les genoux.

Le Mimi, pas question de le faire chanter, nul qu'il est au chant, si ce n'
est pour entonner le curé Pinot, Font et Val ou Soldat Louis et encore
faut-il que la bière ait déjà coulé d'abondance.

Eh, oh, les tatoués, poussez-vous un peu, va falloir faire un peu de place
parce que je suis resté « un peu rock », farpaitement. D'accord, je ne suis
pas du triangle magique, Nice, Cannes, Valautruc, mais Les Lilas à la limite
de Paris 19ème céti pas mignon ? Ça ne fleure pas bon le Brassens et le
Gainsbourg ? Oui, je sais bien des lilas y en a pas, mais le nom force l'
imagination.

Je dois l'avouer tout net, en musique je ne suis qu'un branlotin et si je
tiens la basse dans le groupe c'est bien parce que personne ne voulait s'y
coller et c'est encore nouveau pour moi, dans dix ans j'arriverai peut-être
à faire quelque chose de bon.
Ce que je sais un peu faire c'est coller quelques paroles sur une mélodie,
parce que les autres musicos sont encore plus nuls que moi dans ce domaine.
Et là, les enfants, ce n'est pas de la tarte parce qu'il faut faire avec le
chanteur, les chanteurs, parce que dans le groupe nous en avons deux, Fayçal
et Paulo.
Et les chanteurs ça aime certaines rimes, pas d'autres, ça veut des phrases
croisées de sept pieds, de neuf pieds et puis tu m'en colles une de treize,
parce que jamais, mais jamais il n'est question de retrancher ou d'ajouter
une note à la mélodie que le chanteur a trouvée. Ah ça non ! Le parolier
doit s'adapter : mais non, pas de rimes en « ain » c'est pas bon pour ma
voix.tu peux pas me glisser un machin en « ement », je peux tenir la note
plus longtemps et gnagnagna. Et puis, surtout, il faut respecter le choix du
thème du chanteur, parce que la vedette c'est lui, il a une image de marque,
lui. Toi, le bassiste on ne te voit même pas, collé au fond près du
batteur - ton copain forcément - pendant que le chanteur et le guitariste
solo font les beaux sous les projos. Et c'est pour ça mesdames et messieurs
que souvent sur les chours - parce qu'en outre les chanteurs veulent qu'on
leur fasse des chours, ouais, ça met leur voix en valeur - sur les chours,
disais-je, sournoisement le bassiste et le batteur beuglent des mots
différents de ceux des chanteurs.ça les agace et c'est un petit plaisir que
d'éructer « j'encule les fourmis » quand ils susurrent « j'aime la
Californie », d'autant que personne dans le public ne fait attention,
fasciné qu'il est, le public, par nos beaux ténébreux hispano-mauresques.
Bon, après ils tirent un peu la gueule.deux minutes, juste le temps d'aller
vider une chopine tous ensemble.



Michel Bourhis