Pour tout dire il n’avait que sa foi dans les mots
Que, naïf, il lâchait comme un coquelicot
Défleure et s’imagine en pourpre le vent teindre
Et la plaine au-delà et l’Orient qu’on voit poindre
Rouge chaque matin.
Pour tout dire il n’avait
Que des mots dans ses mains tremblées comme le Mai
Crucifié sur la porte avec des espérances :
D’autres enfants demain, demain d’autres naissances,
D’autres moissons et les chansons à inventer
Pour les nouveaux faucheurs fendant de nouveaux blés.
Pour tout dire il n’avait que des mots de couleur
Qu’il tendait sur la page ; arc-en-ciel sur sa peur
Bleue du vide sidéral ; étrange palette
D’oiseaux, de forêts, de fruits, de fleurs, de tempêtes
Grises et noires sur des azurs abyssaux ;
Lavis de pleurs, lavis de pluie ; les yeux dans l’eau,
La vie repeinte chaque jour de sa vie.
Pour tout dire il n’avait que les charivaris
Sonores et confus de ses mots de musique
Dévalant en tintant ; cascade diatonique
En lui ; ruisseaux bavards, bruits de cœur sous le sein,
D’ailes au pigeonnier, froissement de satin
Pour décrypter le petit jour ; rire et fanfare
Pour faire la fête et la plainte des départs
Dans le cri d’agonie du linge qu’on déchire.
Oh ! Ce tumulte aussi qu’il faisait, pour tout dire,
Quand parfois il fallait appeler chiens les chiens,
Les salauds par leur nom, sans pitié ni chagrin ;
D’opprobre rhabiller les dogmes et les cultes.
Pour bien dire il avait le mot droit de l’insulte,
Le crachat de l’aspic qui lui rayait la gorge
Et longtemps exprimé comme un soufflet de forge
Sur sa colère ignée.
Mais il avait aussi,
Pour tout dire, des mots revenant chaque nuit
Dans ses rêves ; des mots de langues étrangères
Ou d’idiome inconnu que d’une voix légère,
Inconsciente, monocorde, timide et blême,
Il assemblait tout bas en suaves poèmes
Que lui seul comprenait du fond de ses dormances
Et qu’il entrecoupait d’un sourire en silence.
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