Partir dans l'entre-deux des rives oubliées
regarde la lueur échappée de tes ombres
quand le trop plein bascule aux sables du passé
quand ta vie va moisir crevée dans les décombres
Reste pour un matin-tendresse d'une main
échappe au poids du monde échappe à ce qui gronde
quelque part un coeur crie contre la mort qui happe
quelque part l'espoir rythme en creux du nulle part
"Tu laisses un peu de toi"* pousser sur nos chemins
le regard de tes mots et ton rire à la ronde
dire si peu de toi ton geste qui nous frappe
dire au-delà du dit ce silence trop tard
Egarer tous ses pleurs dans un rêve avorté
recueillir la douleur quand la tête nous sombre
mais toujours avancer quand la terre a glissé
mais toujours respirer quand les vers nous dénombrent
Liette 27-10-2001
* chanson de Claude Aubry
De la mémoire et de la mer avons fouillé les nuits
De dissonances avec nos fourches et nos alcools, filtres coupés des
cendriers, et le bouclage au petit jour.
Au jeu du marchandage on perdait la monnaie,
le battement du cœur qu'un café justifiait.
Pour la prochaine bouffe les restes du banquet,
fumeront sur la braise au début de l'été.
Je vois la brume abstraite se dissoudre à peu prés
vers le jardin des Hespérides.
Rendez-vous vers la mer
pour l'éternelle danse, soleil tiède sur peau.
Robert
Tête et cœur noués.
Voir son visage, lire ses poèmes... ça racle quelque chose qui vient
du fond.
Comme un fil qui s'enrague, dirait Mimi-le-taciturne.
Sa voix résonne encore dans ma mémoire. Il parlait un peu comme un petit
garçon. Son rire, aussi, était celui d'un petit garçon. C'est du moins
comme ça que je l'entendais. C'est pour ça que je l'appelais "mon Bisounours".
Il m'avait dit que ça lui faisait plaisir. Je suis presque sûre qu'il
me téléphonait rien que pour m'entendre l'appeler ainsi. Il était assez
coquin pour ça
Pendant la période du concert, il venait prendre son petit-déjeuner
à la maison au lieu de le prendre à l'hôtel. Depuis, chaque fois que
je prépare du café au lait, je revois mon Bisounours devant le grand
bol bleu. Je déteste le café au lait mais il m'arrive d'en boire, depuis
ce temps. Rien que pour le souvenir. Pour savoir le goût qu'il devait
avoir dans sa bouche. Pour partager, aussi. Parce qu'on n'oublie jamais
ces choses-là, qu'on a goûtées avec les êtres aimés. Ce sont ces petits
riens qui nous restent, qui les font revivre en nous, qui nous les recomposent.
Alors, forcément, ces petits riens, on y tient, même si on paraît un
peu bête. C'est aussi comme si on refusait de les laisser partir.
Moi, je ne veux pas que Bernard-Bisounours soit parti. Alors je fais
tout ce que je peux pour le retenir. Plus tard, il y aura ses amis,
qui sont aussi les miens, pour partager d'autres souvenirs, pour le
faire revenir parmi nous. Je tiens beaucoup aux poussières d'étoiles
qui savent rire. Beaucoup. C'est la moindre des choses que l'on puisse
faire pour un farceur. Car il était farceur, notre Bernard. Personne
ne me dira le contraire. Je sens qu'il va être responsable de nombreux
torticolis en nous obligeant à regarder le ciel plus souvent. C'était
peut-être ce qu'il voulait, au fond, ce coquin-là ? " Meu non ! Marie
! je plaisantais, voyons ! " Combien de fois n'ai-je pas entendu cette
phrase ? Et son petit rire, juste après.
Sacré Bisounours ! Tu nous as joué un bien vilain tour ! Mais, tu vois
? on t'aime quand même.
Et tu nous manques.
Marie
Cette semaine là Bernard,
on a réservé quelques jours à Oriago. Un voyage à Venise pour fêter
le mystère, cette poésie al dente. .....
Au loin du temps, je ne cesse pas d'écrire vers toi. D'abord en silence
et dolores. Mais peu à peu se dessine un apprentissage. Et je t'apprends....
Tu es dans mes mots maintenant, comme au cœur. Je suis un peu plus vivante
pour t'avoir connu. Tu m'as fait ce cadeau de vie.
Mon Bernard,
"Traduit du silence"où aucun bruit
ne vient plus, tu habites ici, la maison de ma mémoire. Je te regarde
doucement. Tu es assis à la table, dans un nid de soleil, l'été. Tu
partages le lait, Christie pour la voix de Léo et cette lumière en clair-obscur
sur tes pensées.
Octobre à peine. ... et le chat à l'intérieur de ton nom
. Je te regarde doucement. Tu ris et nages après la pluie qui court
sur les marches. Maintenant, le temps se racornit sous le froid. Je
cherche tes racines autour d'un lac, puis dans les mains de Rodin et
de Camille, partout. Partout....
Mandelieu
Alger, Digne... L'Italie...
Ailleurs
L'anis étoilé de ton cœur
Quelques maisons blanches dans tes cheveux, les boucles fauves d'une
voix d'enfant, un ballon dans les bras... dans tes bras, mon inoubliable.
Je te regarde doucement, avec un bout de la jetée pour mémoire du monde,
l'éclat des poissons de roches nourrissant tes repas profonds. Et j'ai
peur, peur d'un seul regard d'abîmer ton passage, le bruit de ton reflet
sur le miroir de la maison. Peur d'un seul désaccord de guitare, de
perdre l'harmonie de tes couleurs, tes collections de terres chaudes
aux heures soigneusement comptées.
Là-bas, les dernières serres du pays. Un sablier renversé, "la seconde
que tu donnes, plus haute que la vie, "à hauteur de ton cœur", à l'heure
du vent jusant solidaire et fragile". Cette lave profonde en solitude,
où tu plantes ton bâton, la fureur de vivre périmée... toute la beauté
du monde, mon inoubliable.
Depuis ton départ, le sel prend feu sous l'eau. Indomptée, une grappe
d'affection flambe dans le froid, réchauffe puis retient les chevaux
de nos pensées, et cette nuit blanchie, déchaussée de ton pas.
Alors, je te regarde doucement. Tu es assis à la table de la tendresse,
l'été, de l'autre côté de la vie.
Je t'embrasse dans le cœur, mon Bernard. Je pense à toi.
Mireille, novembre 2001