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« Le goulag » (Adler N°10) par René Sterne - Le Lombard

Ilustration : Adler par René Sterne
© Le Lombard.

 

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Sommaire "Coin des BD"

 

Adler von Berg s’est fait pincer par les Russes à Bora Bora. Ses précédents exploits les ont mis de mauvaise humeur. Ramené en URSS, le sort que lui réserve le KGB est tout sauf enviable. Mais il réchappe à la torture et à l’exécution sommaire. Ses bourreaux préfèrent le reléguer en Sibérie, dans l’un des plus sordides goulags de l’empire soviétique. Réduit à l’état de Zek, l’Allemand découvre l’enfer blanc.

Sans tomber dans la naïveté, appuyant son récit sur une documentation que l’on devine étoffée, cette aventure d’Adler nous fait découvrir le sort de ces millions de femmes et d’hommes morts enfermés dans les bagnes de Staline. L’âpreté de la condition des prisonniers, Les exactions sadiques des gardiens, un régime fondé sur la folie des potentats et sur la terreur, c’est tout un pan de l’histoire contemporaine qui est raconté dans cette aventure, avec talent et sincérité. C’est tellement réussi que l’on se dit que si Blake & Mortimer rencontraient avec Sterne leur prochain dessinateur, ils pourraient tout aussi bien y trouver leur prochain scénariste.

Didier Pasamonik

Un de nos lecteurs a critiqué, non sans raison, l’amalgame que Sterne faisait dans son introduction entre les camps de concentration staliniens et la Shoah.

Nous avons défendu Sterne car nous pensions qu’il s’agissait là plutôt d’une maladresse que d’un point de vue délibéré. C’était, en première analyse, l’avis de Joël Kotek, historien, chargé de cours a l`Université Libre de Bruxelles, secrétaire général du CEESAG, Centre Européen d’Etudes sur le Racisme, co-auteur d’un ouvrage intitulé « Le Siècle des Camps » (Editions Jean-Claude Lattès), spécialiste de la Shoah. Nous lui avons donné l’album à lire.

Ce n’est plus cet amalgame qui le fait réagir, mais l’image qui est donnée du goulag. « Cela ne correspond pas à la réalité, nous dit-il. Elle est bien pire, et malheureusement plus romanesque. Il n’y avait pas de barbelés autour des camps car il fallait faire 3.000 kilomètres à pied pour en réchapper. Il y a eu un cas où des prisonniers ont tenté de s’enfuir en emmenant un de leurs camarades qu’ils surnommaient « la vache ». Parce que leur intention était de le bouffer en chemin ! »

« Il y a des histoires tellement plus intéressantes et autrement pires que ce fantasme. Le goulag obéissait à une logique bureaucratique. On arrêtait de travailler à -40°, pas à -39°. Tout était géré par des quotas. Ainsi, les médecins avaient droit à seulement 10% de prisonniers invalides. Au début, ils arrêtaient les malades. Mais très vite, avec la corruption et la loi du camp, ce sont les bien portants, les nantis ou la mafia qui se retrouvaient à l’hôpital. Le goulag était autogéré. Parfois, les commandants du camp se retrouvaient prisonniers à la faveur d’une purge. Tout cela n’a rien à voir avec une histoire de Mongols au moyen-âge. Le personnage de la petite indienne est improbable. Les habitants de la région étaient affamés. Ils ramenaient la tête des fugitifs contre un bol de soupe. De même, l’idée que ce soit un Kalmouk qui soit commandant du camp est absurde. Les Kalmouks eux-mêmes ont été relégués. »

On le voit, quand le fiction se mêle à l’histoire, elle prête souvent le flanc à la critique.

(par Didier Pasamonik)