|
Adler
von Berg sest fait pincer par les Russes à
Bora Bora. Ses précédents exploits les ont
mis de mauvaise humeur. Ramené en URSS, le sort
que lui réserve le KGB est tout sauf enviable.
Mais il réchappe à la torture et à
lexécution sommaire. Ses bourreaux préfèrent
le reléguer en Sibérie, dans lun des
plus sordides goulags de lempire soviétique.
Réduit à létat de Zek, lAllemand
découvre lenfer blanc.
Sans
tomber dans la naïveté, appuyant son récit
sur une documentation que lon devine étoffée,
cette aventure dAdler nous fait découvrir
le sort de ces millions de femmes et dhommes morts
enfermés dans les bagnes de Staline. Lâpreté
de la condition des prisonniers, Les exactions sadiques
des gardiens, un régime fondé sur la folie
des potentats et sur la terreur, cest tout un pan
de lhistoire contemporaine qui est raconté
dans cette aventure, avec talent et sincérité.
Cest tellement réussi que lon se dit
que si Blake & Mortimer rencontraient avec Sterne
leur prochain dessinateur, ils pourraient tout aussi bien
y trouver leur prochain scénariste.
Didier
Pasamonik
Un
de nos lecteurs a critiqué, non sans raison, lamalgame
que Sterne faisait dans son introduction entre les camps
de concentration staliniens et la Shoah.
Nous
avons défendu Sterne car nous pensions quil
sagissait là plutôt dune maladresse
que dun point de vue délibéré.
Cétait, en première analyse, lavis
de Joël Kotek, historien, chargé de
cours a l`Université Libre de Bruxelles, secrétaire
général du CEESAG, Centre Européen
dEtudes sur le Racisme, co-auteur dun ouvrage
intitulé « Le Siècle des Camps »
(Editions Jean-Claude Lattès), spécialiste
de la Shoah. Nous lui avons donné lalbum
à lire.
Ce
nest plus cet amalgame qui le fait réagir,
mais limage qui est donnée du goulag. «
Cela ne correspond pas à la réalité,
nous dit-il. Elle est bien pire, et malheureusement plus
romanesque. Il ny avait pas de barbelés autour
des camps car il fallait faire 3.000 kilomètres
à pied pour en réchapper. Il y a eu un cas
où des prisonniers ont tenté de senfuir
en emmenant un de leurs camarades quils surnommaient
« la vache ». Parce que leur intention était
de le bouffer en chemin ! »
«
Il y a des histoires tellement plus intéressantes
et autrement pires que ce fantasme. Le goulag obéissait
à une logique bureaucratique. On arrêtait
de travailler à -40°, pas à -39°.
Tout était géré par des quotas. Ainsi,
les médecins avaient droit à seulement 10%
de prisonniers invalides. Au début, ils arrêtaient
les malades. Mais très vite, avec la corruption
et la loi du camp, ce sont les bien portants, les nantis
ou la mafia qui se retrouvaient à lhôpital.
Le goulag était autogéré. Parfois,
les commandants du camp se retrouvaient prisonniers à
la faveur dune purge. Tout cela na rien à
voir avec une histoire de Mongols au moyen-âge.
Le personnage de la petite indienne est improbable. Les
habitants de la région étaient affamés.
Ils ramenaient la tête des fugitifs contre un bol
de soupe. De même, lidée que ce soit
un Kalmouk qui soit commandant du camp est absurde. Les
Kalmouks eux-mêmes ont été relégués.
»
On
le voit, quand le fiction se mêle à lhistoire,
elle prête souvent le flanc à la critique.
(par
Didier Pasamonik)
|