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(02
2006)
Jack
Palmer, détective privé calamiteux mais
plein de bonne volonté, est engagé par
la mère d’une jeune fille pour retrouver
cette dernière qui s’est convertie à
l’Islam. Sur la piste de la fugueuse, notre homme
va de surprise en surprise... Après « L’Enquête
corse », les nouveaux exploits de l’inénarrable
Jack Palmer.


Son feutre vissé sur la tête, saucissonné
dans son éternel imper, Jack Palmer se rend incognito
dans une boutique de vêtements pour femmes musulmanes.
Il tend aux vendeuses la photo de la jeune fille sur les
pas de laquelle il s’est lancé. Celles-ci
reconnaissent sous les traits de cette dernière
une cliente exigeante qu’elles avaient jadis dirigée
vers une boutique concurrente, où la mode musulmane
y est moins frivole. Palmer s’y rend derechef, mais
fait chou blanc. De jeunes glandous qui traînent
par là lui conseillent de rendre visite à
un quincaillier turc du voisinage. La fugueuse a bien
travaillé chez lui, mais elle n’y est plus...
Palmer appelle sa cliente, la mère
de la jeune convertie, pour lui faire part de l’avancement
de l’enquête. Celle-ci prend la décision,
à la nuit tombée, de rejoindre le détective.
Tous deux se rendent de concert chez l’imam de
la mosquée locale, qui les reçoit dans
sa famille. C’est un homme ouvert, un modéré,
qui peine à tenir ses enfants. Notamment son
fils, qui en cachette fréquente la fille d’un
religieux intégriste. L’imam lance Palmer
sur une nouvelle piste, qui ne mène nulle part.
Mais le détective ne se décourage pas
et quadrille le quartier à la recherche de nouveaux
indices. Tâche peu aisée car celui-ci est
en ébullition, depuis qu’un imam intégriste,
qui est par ailleurs le père de la petite amie
du fils du précédent, occupe le saint
lieu avec ses troupes. Des émissaires du gouvernement
sont envoyés promptement pour rétablir
un semblant d’harmonie, mais aucune des parties
ne veut en démordre : les défenseurs de
la vraie foi ne sauraient être les autres...
Jack
Palmer a fait du chemin depuis « Une sacrée
salade », qui marquait son irruption dans
le monde de la bande dessinée. Le trait s’est
simplifié, l’humour a peu à peu
cessé de jouer la carte du non-sens, alors hommage
non déguisé aux maîtres de «
Mad », pour s’intéresser aux
personnages et aux situations. L’intégration
de Pétillon à l’équipe du
« Canard enchaîné »
a sans doute fait le reste : notre homme est partiellement
retourné à ses premières amours,
celles du dessin d’humour, adapté aux problèmes
d’actualité.
Il
est tentant de rapprocher cette autre casquette de la
tentation nouvelle de Pétillon d’ancrer
ses intrigues dans une actualité plus chaude
que jadis. Bien lui en prend, puisque le succès
public est au rendez-vous. Après le triomphe
de « L’Enquête corse »,
qui a débouché sur une adaptation cinématographique
plutôt bien troussée (à ceci près
que le personnage de Palmer est par essence inadaptable
et que c’est de bon droit que Christian Clavier,
qui lui prête ses traits, le tire vers un registre
moins dérisoire), voici « L’Affaire
du voile » qui caracole en tête chez
les libraires, toutes catégories confondues.
Pétillon n’hésite pas à appuyer
là où ça fait mal. Mais il le fait
avec doigté, et nul doute que les musulmans ne
lui en voudront pas - il n’avait d’ailleurs
pas été fustigé par les insulaires
de l’île de beauté. En ces temps
où la caricature est devenue un sujet de société,
le lieu géométrique de toutes les polémiques,
il fallait que cela soit dit. Ce qui n’empêche
pas le dessinateur de mettre quelques points sur les
i, même si la maladresse palmérienne permet
de faire passer en douceur bien des choses. Peu de cris
ou de grincements, mais une ironie de bon ton qu’il
n’est pas interdit de trouver mordante au détour
de telle ou telle page, si l’on est soi-même
un tantinet rétif au retour en force des religions.
Il est vrai que chacun en prend pour son grade et que
les bourgeois affolés qui tiennent lieu de parents
à la fugueuse n’ont rien à envier
aux Salafistes butés disputant la mosquée
du quartier à l’imam bonasse qui les avait
précédés. Et le vertige qui saisit
les premiers devant le fossé des générations
vaut les discussions pointues sur certaines sourates
du Coran, discussions qui relèvent de la sodomie
de lépidoptères. On ne sait pas ce qu’en
penseraient les insectes en question. Mais nous nous
régalons.
par
Yves Alion
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