Dessins de Levallois
©Dargaud
"Noé",
par Stéphane Levallois
aux Humanos
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Un
scaphandrier qui marche dans le désert, traînant sur le sable un vieux cargo rouillé.
Des cages où des femmes nues séduisent les mâles pour mieux les dévorer. Dans quel
rêve, dans quel cauchemar sommes-nous tombés?
L'homme avance sans jamais s'arrêter, traçant dans le sable un sillon profond,
gigantesque crevasse vers l'infini, où les destins s'emmêlent, se dissolvent,
s'effacent. Rien ne parvient à arrêter sa marche dans ce désert en constante
métamorphose. Tout y est beauté. Mais tout peut aussi s'y transformer en piège.
S'y croisent des mercenaires combattant on ne sait quoi, des Berbères adorant on ne sait
qui, un dirigeable volant on ne sait où, une cathédrale gothique bâtie pour on ne sait
quelle divinité. Et des femmes-sirènes, au sexe mortel et au chant destructeur, plus
redoutables encore que les armes des hommes.
Pas un mot. Pas un son. 159 pages complètement muettes. Et pourtant, quel envoûtement!
"Noé" est un ensemble de courts récits qui forment une sorte de rêve
surréaliste dans lequel on se laisse emporter, fasciné, presque hypnotisé. Les images y
sont fortes. L'humour noir. Les références nombreuses et suffisamment mystérieuses pour
que chacun y trouve sa propre interprétation.
Entre deux séquences, des poèmes, sortes de cris ou de chants à l'écriture et au
rythme finement ciselés, rajoutent encore quelques touches de beauté à cette oeuvre
grandiose, unique. Tellement foisonnante qu'on s'y replonge, à peine tournée la
dernière page, pour en découvrir toutes les merveilles cachées.Patrick
Albray |