Billie Holiday


 

Billie Holiday,
par Muñoz et Sampayo
chez Glénat

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La vie dramatique d'une des plus grandes stars du jazz. Et un portrait effrayant de l'Amérique raciste des années 50.

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  Comment rester serein face à une telle misère? Comment ne pas se révolter devant tant de cruauté, d'injustice? Comment ne pas hurler de rage devant cette Amérique et ce qu'elle a fait à l'une des plus belles voix du jazz?

La préface de Francis Marmande, déjà, donne le ton: "Oublions un instant, s'il vous plaît, puisque justement c'est l'inoubliable même, l'impossible, l'ineffaçable, oublions donc sa mère accouchée de treize ans, son arrière-grand-mère logée dans la baraque au fond de la plantation, que le maître, un bel Irlandais, venait sauter à heures fixes, dont elle eut dix-sept enfants tous morts sauf un, son grand-père; oublions la grand-mère morte en tenant l'enfant si serré qu'on dut lui casser le bras; oublions les viols à quatorze ans, la petite pute; oublions le rejet de partout, la misère, la saleté des hommes, la taule, ces asiles bien faits pour vous réhabiliter, les flics et ce fatras de poudre blanche tout arrosé de scotch."

A côté de cette interminable énumération de malheurs, quelques photos, belles photos d'une femme superbe, Billie Holiday, le mythe.

Un mythe à la rencontre de qui Muñoz et Sampayo vont nous emmener, à partir du travail d'un journaliste obligé d'écrire, pour le trentième anniversaire de sa mort, la "nécro" d'une chanteuse dont il ne sait même pas qui elle est. Une chanteuse de jazz, noire, morte à 44 ans en 1959. Holiday, Billie. Et dont il va découvrir, au fil des pages de la docu qu'on lui apporte, les drames terribles qui ont marqué son existence. Confrontée à la violence des hommes de sa race qui l'exploitaient, au racisme de l'Amérique blanche, à la bêtise et à la méchanceté.

Par petites tranches de vie, les deux auteurs nous dressent un portrait impressionniste du gâchis de sa vie sentimentale et de sa lente descente aux enfers. Ils font mouche: on oscille entre colère et dégoût et il est impossible de réfréner, en refermant ce magnifique portrait, un long frisson d'émotion.

Patrick Albray