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(11
2004)
Raphaël
n’avait que 12 ans lorsqu’il a renoncé
à l’amour en état d’ébriété
de sa mère. Aujourd’hui, d’un trait
enfantin, il raconte. Poignant et sans concession.

Tout
petit, Raphaël Terrier n’avait d’yeux
que pour sa maman. Elle était tout pour lui.
L’année de ses six ans, elle a tenté
de se suicider. Ce sont ses propres enfants qui l’ont
retrouvée, écroulée sur le bureau
devant une boîte de médicaments vide. Anxieux,
inquiet, Raphaël l’était à
juste titre. Sa mère n’a jamais véritablement
remonté la pente. Ebranlée par le stress
de sa profession -médecin- et les troubles psychologiques
afférents, elle n’a pas résisté
au palliatif inhibiteur. Happée par l’alcool
mauvais, elle s’est autodétruite, emportant
les siens dans sa déchéance inéluctable.
Les efforts des « hommes » qui ont jalonné
son existence sont restés vains. Tous ont démissionné
avant qu’il ne soit trop tard. Raphaël, lui,
est resté un peu. Il a encaissé, il a
beaucoup culpabilisé avant de se rebiffer violemment
et de fuir définitivement à l’aurore
de son adolescence.
À
coeur perdu
On
ne lit pas une fiction comme on lit une histoire vraie.
Et on ne lit pas (A)mère comme on lit n’importe
quelle autre bande dessinée. Pas de bulles ici,
juste une narration illustrée à l’économie.
Dessin tout juste esquissé, texte bref, écrit
à l’encre de Chine. Il fallait que cela
soit court pour que cela soit fort. Raphaël Terrier
nous ouvre le livre de son enfance rompue avec une extrême
pudeur. C’est émouvant mais sans larme,
justement parce qu’il est allé à
l’essentiel, sans s’apitoyer, parce qu’il
n’a pas attendu cette publication pour regarder
derrière lui, mais qu’il est temps aujourd’hui
de s’exprimer, de raconter, de retranscrire la
douleur du petit garçon qu’il était.
Alors autobiographique, oui à 100%, mais sans
verser dans les méandres du carnet intime.
Hommage
amer
De
prime abord, il faut bien le reconnaître, ce petit
bouquin ne jouit pas d’un gros potentiel séduction.
Mais le fond donne un sens à la forme. Peu de
chances d’y rester insensible. Ce qui est incroyable,
c’est que Raphaël Terrier, sans doute inconsciemment,
rend hommage à sa mère, un hommage douloureux.
C’est à cause d’elle qu’il
a réalisé ces 94 pages. À cause
d’elle aussi qu’il a grandi plus vite que
la plupart des petits garçons. C’est le
drame familial qui l’a fait se révéler.
Ce n’est peut-être pas le message qu’il
a voulu faire passer, mais il passe quand même.
Les parents, quoi qu’ils fassent, quel que soit
le mode d’éducation choisi, ont un impact
sur le développement psychique de leur enfant.
Aujourd’hui Raphaël a 22 ans, une carrière
devant lui et une mère derrière. Mais
elle aura été, et sera certainement toujours,
son moteur.
par
Nicolas Fréret
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