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-Alors, mon neveu, es-tu toujours intéressé
par nos balades ?
-Bien sûr, mon oncle, mais peut-être que si on marchait
un peu moins
Tu sais que je suis fragile des pieds
.
-Ah, ces jeunes !
hé, je te l'avais bien dit, il
te faut de bonnes chaussures pour découvrir Paris, tu
sais bien que c'est autant une question de tête que de
jambes
Bon, mais puisque tu es fidèle à
notre rendez-vous, nous allons commencer notre balade par la
rue de Harlay qui est devant nous, le long de la place Dauphine,
à l'Est de celle-ci. A droite, on peut admirer cet imposant
escalier qui est l'autre façade du palais de Justice. |
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-Continuons par le quai des Orfèvres jusqu'au
boulevard du Palais, très ombragé comme tu peux le constater.
Ce boulevard a été formé en 1858 comme prolongement du bld Sébastopol
dont il porta le nom jusqu'en 1864. Au côté impair, Voltaire
(photo) habita un chambre lorsqu'il fut arrêté, le jour de la
Pentecôte 1717, pour avoir écrit une satire contre le Régent.
Pour cette raison, il fut emprisonné à la Bastille d'où il ne
sortit que l'année suivante. |
| Au n° 4, nous voyons l'entrée officielle du Palais
de Justice. Ce palais est à l'emplacement du premier palais
des rois de France dont les débris ont été retrouvés lors des
fouilles en 1784 et 1849. L'empereur romain Julien y fut proclamé
empereur en l'an 360. Concernant Clovis, on n'est pas sûr qu'il
ait habité dans ce palais, par contre, tous ces descendants
y ont habité. On sait que Charlemagne y résida et que Philippe
Auguste né dans ce palais s'y maria. |
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Philippe le Bel (photo) jugea ce palais trop étroit
et, en 1298, chargea Enguerrand de Marigny de l'agrandir jusqu'au
bras nord de la Seine. En 1328, c'est l'avènement des Valois.
Le roi Jean II Le Bon (1319-1364) acheva l'aménagement du côté
nord du palais en faisant construire, vers 1353, la salle des
cuisines et la tour de l'Horloge dont je t'ai parlé lors de
notre balade sur le quai de l'Horloge.. |
| -Pour quelles raisons ont-ils quitté ce palais
pour le Louvre ? -C'est l'assassinat du maréchal de Champagne
et du maréchal de Normandie en février 1358 par des tueurs à
la solde d'Etienne Marcel sous les yeux du dauphin Charles,
le futur Charles V dans des conditions sanglantes qui provoqua
chez le futur roi la décision de quitter ces lieux. Le gouvernement
ensuite abandonna définitivement le palais au Parlement, ainsi
ce fut la fin du palais des rois capétiens -Etienne Marcel,
d'où venait-il ? -C'était un marchand drapier et à partir de
1355 prévôt des marchand, c'est-à-dire chef de la municipalité.
C'est le porte-parole de la riche bourgeoisie, il s'opposa à
l'autorité royale aux Etats généraux de 1356
Quelques mois
après cet assassinat, le dauphin prit la décision de quitter
définitivement ces lieux pour le Louvre. La royauté laissa définitivement
ce palais au Parlement en 1431 et ainsi ce fut la fin du palais
des rois capétiens dont il ne subsiste que la salle des gardes,
la salle des gens d'Armes, la salle des Cuisines et les quatre
tours en bordure de la Seine. |
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Le drame arrive quand le roi Jean II Le Bon (photo)
est capturé par les Anglais à la bataille de Poitiers en 1356
et emprisonné à Londres. C'est le fils aîné du roi anglais Edouard
III, surnommé le Prince Noir qui le capture. Pendant ce temps,
à Paris, Etienne Marcel fomente une véritable révolution. Il
compte bien devenir le maître du royaume et ne faire qu'une
bouchée du Dauphin Charles, le futur roi Charles V le Sage,
réputé faible et maladif. La différence d'âge est sensible :
Etienne Marcel a 43 ans et le dauphin à peine 20 ans. Malgré
son jeune âge, à chaque initiative d'Etienne Marcel, le dauphin
s'oppose. Jean le Bon a été prisonnier 4 ans en Angleterre.
Il est face au roi Anglais Edouard III qui lui réclame une rançon
de 4 millions d'écus et la pleine souveraineté sur l'Aquitaine,
le Limousin, le Quercy, le Rouergue et la Bigorre. Soit un tiers
du royaume ! |
| Il a ses raisons, le roi anglais, pour réclamer
autant de choses : par sa mère, Isabelle de France, la propre
fille du roi Philippe Le Bel, il réclame ce qu'il croit lui
revenir de droit : la couronne de France. Et c'est pour cela
qu'il sera l'instigateur de la Guerre de cent ans ! Les " Rois
maudits ", toujours à lire ou à relire ! Pendant ce temps, à
Paris, le dauphin doit faire face à l'insurrection des parisiens
qui sapent son autorité. Les Anglais en profitent ; le roi Edouard
III (photo) qui séquestre Jean Le Bon exige, en plus, toute
la façade du littoral français, de la Navarre à la Picardie
ainsi que la Bretagne. Le 24 mars 1359, Jean signe ce diktat.
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Mais à Paris on refuse le traité,
c'est la guerre.
L'armée anglaise débarque à Calais le 28
octobre, puis met le siège devant Reims, l'année
suivante, elle est aux portes de Paris, rue de Vaugirard. Les
Français ne font rien. Ils refusent le combat. Stratégie
risquée mais finalement payante car les anglais sont
épuisés par leurs vaines chevauchées et
sont contraints de rebrousser chemin. Edouard III doit renégocier.
La rançon est réduite à 3 millions et un
acompte de 600 000 écus doit être payé dans
les quatre mois. 400 000 seront finalement versés et
pour gager leurs créances, les anglais récupèrent
une soixantaine d'otages dont le frère du roi et ses
trois fils. La plupart mourront pendant cette captivité.
Jean le Bon est libéré en décembre 1360.
Peu de temps après, le fils du roi, Louis d'Anjou, qui
est captif à son tour à Londres s'est enfui en
France. Pour sauver l'honneur, Jean Le Bon retourne à
Londres le 2 janvier 1364 pour prendre la place de son fils.
Il meurt le 8 avril de la même année à l'âge
de 45 ans.
-Edouard III, c'est le roi qui créa l'ordre de la Jarretière
! Mais Jean le Bon, lui, créa le franc !
-Oui, d'accord, mais triste histoire, quand même, mon
oncle
-Pas si triste que cela, tout de même, car on croit savoir
que la vie de captivité de Jean le Bon en Angleterre
devint vite agréable
bonne chaire, maîtresses,
semi-liberté, en fait les anglais ne le surveillaient
pas constamment, il pouvait aller et venir à sa guise,
une sorte de Dolce vita !
-Ceci expliquerait cela !
-Le roi Charles V le Sage, une fois monté sur le trône,
grâce au chevalier Du Guesclin reprend à l'Angleterre
presque toutes les provinces conquises. Il régnera de
1364 à 1380, soit 16 ans.
-Et Etienne Marcel, comment a-t-il fini sa vie ?
-Il finit assassiné en 1358 par un partisan du Dauphin
En 1618, un incendie détruisit la Grande salle. Une particularité
de cette salle : Chaque
roi de France avait sa statue alignée dans une longue
suite. En tout 58 statues, depuis le premier roi jusqu'à
Henri III. Au moment de cet incendie, il n'y avait plus de place
pour installer une nouvelle statue
-Comme quoi, le hasard fait parfois bien les choses
Cette grande salle fut reconstruite en 1622, incendiée
de nouveau en 1871 pendant la Commune, refaite de 1872 à
1878, c'est la salle des Pas-Perdus d'aujourd'hui
Elle
communiquait avec la Sainte-Chapelle. La première chambre
du Tribunal civil était à l'époque des
rois la Grande-Chambre du Parlement, où se tenaient les
lits de justice. Louis XIV à 16 ans vint ici imposer
ses ordres afin que le parlement cassât le testament de
son père Louis XIII. Elle aussi a été incendiée
sous la Commune, et a été reconstruite avec une
surface réduite. Sous la révolution Française,
le tribunal révolutionnaire y siégea à
partir de 1793.
Ce palais fut agrandi sous le second Empire, puis en 1879, puis
en 1911-1914, ce qui le rend aujourd'hui complètement
isolé de tous côtés. |
-Et la Sainte-Chapelle, mon oncle ?
-La Sainte-Chapelle est liée à la couronne d'épines
du Christ.
Le roi Louis IX dit Saint-Louis, (photo) acheta cette relique
au dernier empereur latin de Constantinople Baudoin II qui ayant
besoin d'argent la lui vendit. Les Baudoin était une
famille de comtes de Flandre et de Hainaut, de plusieurs empereurs
latins d'Orient et de rois de Jérusalem.
Ces reliques étaient contenues dans trois cassettes,
bois, argent et or. Le jeudi 18 août 1239, Saint-Louis,
pieds nus et vêtu seulement d'une simple tunique de toile
blanche, la porta en procession d'abord à Notre-Dame
de Paris, puis, à la chapelle qui se trouvait à
l'emplacement de l'actuelle Sainte-Chapelle. Cette chapelle
fut démolie pour faire place à l'église
d'aujourd'hui. Pendant les travaux, les reliques furent transférées
à la basilique Saint-Denis. |
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| L'année suivante, Baudoin II (décidément toujours
à-cours d'argent) vendit au roi de France un morceau de la vraie
croix, puis, plus tard un morceau de la lance qui avait percé
la poitrine du Christ, un morceau de l'éponge qui servit à lui
donner du vinaigre, un morceau du roseau dont on lui avait fait
un sceptre, une partie de son manteau, de son linge et une pierre
du Saint-Sépulcre. |
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Avant de partir en croisade, Saint-Louis fit bâtir
la Sainte-Chapelle, afin d'abriter toutes ces reliques. Commencée
en 1243, elle fut consacrée en 1248. Elle est attribuée
à Pierre de Montreuil, un des maîtres du gothique
rayonnant. Cet architecte est apparu sur
les chantiers de St-Germain-des-Prés, de St-Denis et
en partie sur celui de N-D de Paris.
-Cinq ans pour un tel chef-d'uvre d'architecture, ça
laisse rêveur ! La chapelle est admirée pour son
extrême légèreté, son élégance,
ses proportions savamment étudiées, elle est un
véritable miracle d'équilibre. Elle est constituée
d'une chapelle basse et d'une chapelle haute décorée
d'un rare ensemble de vitraux lesquels représentent une
surface de 618 m2 . |
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En 1793, les révolutionnaires firent fondre la châsse monumentale
qui contenait la Couronne d'épines et la relique fut remise
au cabinet des antiques. Elle fut rendue au cardinal de Paris
en 1804 qui fit construire un reliquaire pour la contenir
et aujourd'hui, c'est donc Notre-Dame de Paris qui conserve
cette relique.
-A ce sujet, mon oncle, j'ai vu l'autre jour sur un site
Internet que les saintes reliques étaient normalement proposées
à la vénération des chrétiens chaque vendredi saint à N-D
de Paris et qu'exceptionnellement le vendredi-Saint de cette
année du Jubilé, la vénération a eu lieu à la Sainte-Chapelle.
Ainsi, elles revenaient ici après deux cents ans d'absence.
La révolution fit de la Sainte-Chapelle un magasin à farines,
le Directoire, ne fit guère mieux et la transforma en club
et le Consulat, en 1802, en dépôt d'archives judiciaires.
Les choses en restèrent là jusqu'à la monarchie de Juillet
où sous l'impulsion de Viollet-le-Duc en 1837 on entreprit
sa restauration. Sa flèche, en 1837, fut reconstruite.
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A côté de l'église, contre
son flanc, existait un cimetière, datant de l'église
primitive, apparemment destiné au petit personnel de
la maison du roi et qui fut ensuite utilisé par les paroissiens
de la chapelle. C'était une étroite bande de terrain
où étaient plantés quelques arbres. Ce
cimetière disparut en 1690. La famille de Boileau y fut
inhumée dont le célèbre Boileau-Despréaux,
auteur de l'Art poétique, mort au Cloître Notre-Dame
en 1711, à l'âge de 75 ans. Ses restes ont été
transférés en 1818, dans l'église Saint-Germain-des-Prés
à Paris.
-A la prochaine balade nous passerons un peu de temps à
étudier la Conciergerie, prison célèbre
et
comme tu m'as dit que c'est un endroit que tu avais plusieurs
fois visité, je te laisserai la parole :
-Pas de problème, mon oncle ! Je suis incollable sur
le sujet !
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Michel
Ostertag |
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Sources
:
En plus de
mes travaux personnels, j'ai utilisé les ouvrages suivants
:
- " Dictionnaire historique des rues de Paris "
de Jacques Hillaret.
- " Le guide de Paris mystérieux "
dans la collection des guides noirs.
- Dictionnaires et encyclopédies diverses.
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