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Ce
dimanche matin, j'ai rendez-vous avec l'oncle Jérôme de nouveau
dans l'île de la Cité. Il fait un peu frais, le cache-col est de
mise !
Nous
débouchons de l'autre côté de l'île, aux quai aux Fleurs. Au n°
1 : le poète Edmond Fleg est mort dans cette maison en 1963, à l'âge
de 89 ans. L'uvre de cet écrivain est essentiellement consacrée
au peuple juif dans des ouvrages comme Ecoute, Israël, pu-blié en
1913. Dans cet immeuble vécut également le philosophe Wladimir Jankélévitch
de 1938 à sa mort en 1985, à 82 ans.
| Nourrit
de culture grecque, judéo-chrétienne et russe il a développé
dans ses uvres une pensée qui a déconcerté par la diversité
de ses images et aussi par son côté insaisissable des thèmes
abordés. |
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Héritier
de Bergson et des existentialistes, il a tenté de définir une
morale fondée sur l'altruisme. A ses yeux, la philosophie a
pour vocation de penser le " presque rien ", c'est-à-dire l'impensable,
ce qui se situe aux limites de ce que la conscience peut saisir.
Au-delà de ces limites, il n'y a plus de discours possible. |
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Ses réflexions métaphysiques, éthiques, esthétiques se font
surtout attentives au problème existentiel de la durée et de
l'instant. Citons parmi son uvre : L'ironie ou la bonne Conscience;
La Mort ; Philosophie première ; Le pur et l'impur. Dans ce
dernier ouvrage, il explique que pour l'homme, il n'est pas
possible d'être pur, tant qu'on cherche à l'être. Les saints
eux-mêmes, dit Jankélévitch, ne sont jamais totalement purs.
Au fond de chaque âme, il y a un " presque rien " qui n'est
jamais innocent. Cette quête est toujours un mélanged'arrière-pensées,de
calcul |
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d'intérêts, aussi discret soit-il. Il s'est également intéressé
à la musique en écrivant des biographies de musiciens comme
Ravel et Debussy. Au n° 5 mourut le poète Edmond Haraucourt
(1856-1941), peu connu du grand public, il a écrit des poèmes
qui ont été mis en musique par Gabriel Fauré. |
| Vécut
ici également le président René Coty et sa femme de 1936 à sa
mort en 1954. René Coty fut le dernier président de la IVè République.
Il commença sa carrière politique comme député de la gauche
républicaine de 1923 à 1935, puis sénateur de 1935 à 1940, ministre
de la Reconstruction et de l'Urbanisme en 1947-1948, il a été
vice-président du Conseil de la République en 1949. |
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Il est élu le 23 décembre 1953, président de la République au
treizième tour de scrutin. (Trois semaines avant d'être élu,
il venait d'acquérir l'appartement du quai aux Fleurs !). Profondément
intègre, il acquiert vite une grande popularité à laquelle son
épouse Germaine est largement associée. Sa menace de démissionner
en 1958 facilita le retour aux affaires du général de Gaulle
en mai 1958. Nous voici à présent au n° 9, devant un lieu très
émouvant: l'ancienne maison d'Héloïse et Abélard datant de 1118,
rebâtie en 1849, A cette époque la propriété s'étendait du 9
quai aux Fleurs au 10 rue des Chantres. Pierre Abélard, théologien
et philosophe français était né à Pallet, près de Nantes, en
1079. Il arrive à Paris en l'an 1100 pour y effectuer des études
auprès de Guillaume de Champeaux. Après cinq ans d'études, il
devint maître ès arts, et put professer la rhétorique et la
dialectique |
| A
30 ans, il enseigne à la Faculté de théologie de Paris, où ses
idées novatrices lui attirent la dévotion de ses élèves. Beau,
poète, musicien et maître exceptionnel, grand nombre d' " escholiers
" suivaient passion-nément son enseignement. En 1118, il loge
chez le chanoine Fulbert, quai aux Fleurs, qui lui demande d'instruire
sa nièce Héloïse, âgée de dix-sept ans. Un grand amour naît
bientôt entre le maître et l'élève ; |
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| Abélard,
afin d'éviter le scandale l'enleva et la conduisit chez sa sur
Denise, en Bretagne où il |
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l'épousa
secrétement. Un fils naquit, qu'on prénomma Pierre-Astrolabe.
Puis, ils décidèrent de revenir à Paris, où Abélard reprit ses
cours avec un tel succès qu'il suscita la haine de tous ses
rivaux. Il enseignait une forme de conceptualisme combattant
à la fois le nominalisme et le réalisme excessif, ce qui le
brouilla notamment avec |
| Guillaume
de Champeaux. Parmi ses élèves se trouvait le futur pape Innocent
III. Devant tant de |
haine,
il partit enseigner en plein air, dans les vignobles de la montagne
Sainte-Geneviève (le Panthéon, aujourd'hui), suivi par près
de 3000 disciples. Cependant la colère de Fulbert n'était pas
refroidie. Pensant qu'Abélard veut se débarrasser d'Héloïse,
il engagea des hommes de main qui, un beau soir, empoignèrent
Abélard et lui "ostèrent les génitoires ", à la satisfaction
hilare des chanoines et des philosophes, autrement dit, ils
le castrèrent! Il avait 39 ans !
-Ouille, ouille ! la sale blague ! quelle horreur, oncle Jérôme
! Bénissons le ciel d'être nés au vingtième siècle, tu imagines
cela aujourd'hui
défenses des Droits de l'Homme, banderoles
dans les rues
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| Pour
cacher sa honte, Abélard prononça des vux religieux à l'abbaye
de Saint-Denis. Il en fut chassé peu de temps après, il fonda
alors, près de Troyes, sur les rives de l'Ardusson, un oratoire
qu'il baptisa Paraclet, du nom du Saint-Esprit selon l'Evangile
de Saint Jean, et qu'il offrit à Héloïse qui avait pris, de
son côté, le voile à Argenteuil. |
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Mais ses ennemis n'avaient pas désarmé : attaqué au concile
de Soissons, en 1121, il en appela à son ancien élève le pape
Innocent III, qui le condamna " à fermer sa bouche et à brûler
ses livres sur la Trinité ". Comme il maintenait ses positions,
le concile de Sens le condamna de nouveau en 1140. Réfugié à
l'abbaye de Cluny, il se réconcilia avec Saint Bernard et obtint
d'être élu supérieur de l'abbaye de Saint-Gildas de Rhuys. Au
printemps de 1142, il était transféré pour raisons de santé
au prieuré Saint-Marcel, près de Châlons-sur-Marne, où il mourut
le 21 avril. Héloïse, avec laquelle il n'avait pas cessé de
correspondre, fit transporter l'année suivante son corps au
Paraclet, et mourut vingt ans après, le 16 mai 1164. Les deux
amants furent enfermés dans le même cercueil. La correspondance
qu'Héloïse entretint avec son amant est remarquable par la passion
et l'élévation spirituelle qu'elle montre. |
| On
conte, un miracle des plus surprenants arrivé lorsque l'on ouvrit
le sépulcre pour y mettre le corps d'Héloïse, c'est qu'Abélard
lui tendit les bras pour la recevoir et qu'il l'embrassa...
Les tribulations d'Héloîse et Abélard ne s'arrêtent pas avec
leurs morts. En 1630, une prude abbesse procéda à leur exhumation,
fît triller leurs ossements pour séparer leurs corps, et les
ensevelit dans deux cercueils séparés. En 1701 ; une abbesse
de la famille de La Rochefoucauld, grande lectrice de romans
d'amour, réunit les deux tombes l'une près de l'autre. En 1792,
ils furent transférés dans l'église de Nogent-sur-Seine et placés
dans un même cercueil, mais séparés " par décence ", au moyen
d'une cloison de plomb. Enfin, en 1817 on transporta leur cercueil
au cimetière du Père-Lachaise où l'on peut voir encore leur
mausolée. Je conseille à tout le monde d'aller y faire un tour,
le monument est extraordinaire ! Un musée à Pallet est consacré
à leur histoire. -Après toutes ces émotions, dirigeons-nous
maintenant au n° 13. Là, tu vois habita Kathleen Beauchamp (1888-1923)
dite Katherine Mansfield femme de lettres néo-zélandaise. Elle
quitta son pays à l'âge de 14 ans pour étudier à Londres et
décida ensuite de vivre en Europe. Ses deux mariages en 1909
et 1918 furent des échecs. D'une très vive sensibilité, Katherine
Mansfield est l'écrivain le plus représentatif de sa génération
d'après guerre pour laquelle les anciennes valeurs n'ont pas
été remplacées. |
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Elle puisait
son inspiration dans la vie quotidienne bourgeoise. Les émois
des jeunes filles et les tragédies enfantines constituent
ses sujets favoris. Disciple de Gurdjieff, elle voulut se
donner à l'ascétisme, ce qui hâta sa mort due à la tuberculose.
Parmi ses nouvelles les plus célèbres il faut citer Pension
allemande (1911 ; Félicité (1920) Prélude (1921) Sur la baie
(1922) et la Maison de poupée (1922).
-Tu parles de Gurd
-Oui, Gurdjieff, Georges Gurdjieff.
-Qui est-ce ?
-Comme je me doutais que tu allais me poser la question, j'ai
préparé ma réponse ! Ce fut un mage, charlatan, gourou, philosophe,
au juste, nul n'a jamais su
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| Il
était d'origine caucasienne, il eut de nombreux disciples
il
est mort en 1949, on ne connaît pas exactement sa date de naissance,
dans les années 1870, peut-être
Il a écrit des bouquins parfaitement
illisibles, totalement obscurs, un d'entre eux au titre très
particulier : Récits de Belzébuth à son petit-fils
Un peu inquiétant,
tout cela ! Ses disciples étaient dévoués entièrement à lui.
Il est redevenu célèbre dans le mouvement américin New-Age.
Katherine Mansfield a tout quitté pour le suivre, pour son malheur,
je crois. |
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-Un
peu Raspoutine, j'imagine !
-Y a de ça !
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| La
prochaine balade nous amènera dans le prolongement du quai aux
Fleurs, c'est-à-dire quai de l'Horloge, place Dauphine, il faudra
encore marcher, fait ressemeler tes vieilles chaussures, mon
neveu ! Sources : En plus de mes travaux personnels, j'ai utilisé
les ouvrages suivants : . " Dictionnaire historique des rues
de Paris " de Jacques Hillaret. . " Le guide de Paris mystérieux
" dans la collection des guides noirs. . Dictionnaires et encyclopédies.
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Sources
:
En plus de mes travaux personnels, j'ai utilisé les ouvrages
suivants : . " Dictionnaire historique des rues de Paris "
de Jacques Hillaret. .
" Le guide de Paris mystérieux " dans la collection des guides
noirs. . Dictionnaires et encyclopédies.
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Michel
Ostertag
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