
-Reprenons, mon neveu,
nos chères promenades et après la Conciergerie si lugubre et si cruelle en souvenirs,
nous allons continuer aujourdhui toujours dans lIle de la Cité, mais cette
fois autour de Notre-Dame si chargée dhistoire.
-Un peu de grand air, mon oncle, nous fera le plus
grand bien
-Une fois passé devant
le Palais de Justice dirigeons-nous sur notre gauche vers le quai du marché
neuf et arrêtons-nous au n° 8 à
lemplacement de la maison, dite à lenseigne du Grand Coq, où le médecin et secrétaire du roi Théophraste
Renaudot (1586-1653) habita. Il avait créé une maison de prêts, annonçant le
Mont-de-Piété. Pour lépoque, on
peut dire de lui quil fut en avance sur son temps ! Autre singularité, comme
médecin, il donnait gratuitement des consultations aux pauvres
De plus, et cest
pour cela quil est resté dans lhistoire, il fonda, en 1631, la Gazette de France. Ce journal paraissait deux fois
par semaine, le lundi et le vendredi. Il le dirigea jusquà
sa mort. Richelieu ne tarda pas à comprendre limportance de cette gazette, aussi
fournit-il lui-même des nouvelles de toutes sortes et poussa le roi Louis XIII à écrire
des articles. Grâce à ces appuis, la gazette devint un hebdomadaire quasi-officiel
tirant de 300 à 800 exemplaires de quatre pages dans le format de 23x15 cm.
A la mort de Richelieu,
Théophraste Renaudot eut des problèmes avec la Faculté de médecine qui lui reprochait
demployer des méthodes dangereuses et lautorisation dexercer lui fut
retirée.
Un plaque donne linscription
suivante : « Théophraste Renaudot fonda
en 1631 le premier journal imprimé à Paris, LA GAZETTE dans la maison du Grand Coq qui sélevait
ici ouvrant rue de la Calandre et sortant au Marché Neuf » .
A la
mort de Renaudot, sa Gazette de France fut
dirigée par son fils Eusèbe qui resta à cet endroit jusquà ce que le roi le
logeât au Louvre. Il mourut en 1679. Le fils de ce dernier, devenu abbé et savant
orientaliste céda en 1668 la Gazette.
Contrairement à sa
réputation la Gazette ne fut pas le premier
journal en France. Un libraire, nommé Vendosme, avait créé en janvier 1631 les Nouvelles ordinaires de divers endroits. A la
naissance de la Gazette de Renaudot, celui-ci
absorba bientôt les Nouvelles du libraire.
- Bel
exemple de modernité, mon oncle
- Avançons un
peu plus pour déboucher sur le Parvis de Notre-Dame de Paris avec une vue superbe que ne
cesse dadmirer tous ces touristes, et nous avec !
Le Parvis
Paris est né
dans lIle de la Cité, au croisement dune route fluviale et dune route
terrestre. Lîle formait alors un réduit défensif naturel. La Seine et ses
affluents donnaient les moyens de communication par eau, le sous-sol fournissait la pierre
à bâtir et la pierre à plâtre. La crypte conserve plusieurs parties de la fondation de
lenceinte, en gros blocs de pierre, de la fin du 3è siècle après J-C,
au moment des invasions germaniques. Il faut savoir que les empereurs romains du 4è
et 5è siècle étaient des empereurs militaires et dans leur volonté de
défendre la frontière du Nord et de lEst séjournèrent à Paris : cest
ainsi quen 300 après J-C Julien fut élevé au rang dAuguste par ses soldats
et Lutèce commença à prendre le nom de Paris. Elle devint capitale quand Clovis, roi
des Francs (482-511), y établit le siège de son royaume. Cest son fils, Childebert
1er (511-558) qui fit construire dans la Cité la grande église cathédrale
Saint-Etienne dont les fondations se retrouvent sous la cathédrale actuelle. Le contour
de cette église qui mesurait 36m de large et au-moins 70m de long est dessiné sur le
Parvis par des pierres de couleur beige.
En 1163, lEvêque de Paris, Maurice
de Sully (1120-1196) commence la façade de Notre-Dame. La vieille église Saint-Etienne
fut démolie. Au-cours du Moyen Age le Parvis et la rue Neuve Notre-Dame prendront laspect
quils garderont jusquau milieu du XVIIIè siècle. On voit bien sur la gravure
ci-contre lenchevêtrement des rues, de lHôtel-Dieu situé à cette époque
en bordure de Seine, des habitations et de la chapelle Ste-Geneviève des Ardents.
Comme le parvis fut construit en même
temps que la cathédrale et de niveau avec elle, lensemble dominait les environs
immédiats de 2,50m et un mur entourait le parvis. Cette différence au fil des années
disparut petit à petit par lexhaussement des sols. Au XIIIè siècle, il fallait 13
marches pour aller du parvis à la Seine
Devant le portail les évêques, puis les
archevêques avaient leur Echelle de Justice. Cest
devant elle quen mars 1314, Jacques de Molay, Grand-maître de lordre des
Templiers et Guy, commandeur de cet ordre pour la Normandie furent conduits afin quils
entendissent le décret du pape les condamnant à être brûlés vifs. Relire la balade
n°5.
Au pied de cette échelle, les condamnés
venaient faire amende honorable ; ils sagenouillaient, faisaient publiquement laveu
de leur crime et imploraient labsolution de leur pêché. Ils étaient têtes et
pieds nus, en chemise et la corde au cou, portant dans une main un cierge de cire jaune et
sur la poitrine et le dos une double pancarte mentionnant leur crime. Parmi les plus
célèbres : Ravaillac, La Brinvilliers, Cartouche, Damiens
Cette échelle de
justice fut enlevée à la Révolution.
Le parvis dHaussmann et le parvis
actuel.
Larchitecte Boffrand donna au
parvis, au milieu du XVIIIè siècle laspect quil conservera jusquaux
grandes dévastation du baron Haussmann.
Jusquau
Second Empire, le parvis conservera les dimensions raisonnables que Boffrand lui avait
données, mais Haussmann fit raser lensemble comprenant lancien Hôtel-Dieu et
lhospice des Enfants-Trouvés. Il fit construire au fond du parvis une caserne qui
est devenue aujourdhui la Préfecture de police. (Voir photo) En 1970, laménagement
du parvis actuel eut lieu lors de la construction de la crypte archéologique et donna au
parvis un relief et un aspect qui évoquent son état ancien par le marquage de gros
pavés indiquant les anciennes rues avec le
nom de celles-ci comme la rue Neuve Notre-Dame ou encore le contour de lancienne
église Sainte-Geneviève des Ardents. Un pavage différent figure le plan de léglise
mérovingienne Saint-Etienne. Il y a un endroit précis quil ne faut pas
manquer : devant le portail de la cathédrale, fixée au sol, une rose des vents, en
bronze, sorte de point fictif, marque le point zéro des distances entre tous les points
kilométriques du pays.
-On voit encore une fois laudace que
certains qualifient de « criminelle », que le baron Haussmann nhésitait jamais à raser
tout ce qui emmurait et empêchait la perspective de se développer. Ici, la critique qui
revient sans cesse est que la cathédrale paraît diminuée par un parvis surdimensionné,
« un lac de bitume » ai-je lu quelque part !
-Pour moi, mon
oncle, cest tout le contraire, je nimagine pas ce que pouvait donner la
cathédrale avec toutes ces rues et ces maisons juste devant elle
Enfin, la
discussion est vaine, et je préfère cet ensemble avec ce recul qui permet dadmirer
lédifice
On voit trop souvent dans des pays étrangers de magnifiques églises
écrasées par le manque despace au-lieu dêtre mises en valeur.
LHôtel-Dieu
Fondé en 651
par Saint-Landry, Evêque de Paris, cest le plus ancien hôpital de la Capitale et
cela jusquà la Renaissance !
A lorigine, cet hôpital était
situé sur la rive gauche de la Seine à lemplacement de lactuelle statue de
Charlemagne et du petit square attenant. Reportons-nous à la gravure ancienne du début
du texte pour avoir une idée exacte de ce que fut lancien hôpital tout à fait à
droite en bordure de Seine.
Les grands bienfaiteurs furent
principalement Saint Louis et sa mère Blanche de Castille. Les malades de tout sexe, de
tout âge, de toute nation et de toute religion étaient admis à lHôtel-Dieu. La
mortalité y était effroyable : 20% des malades admis
Ils couchaient à deux,
à quatre, à six et même à huit par lit (en moyenne, trois), ce qui faisait dire que
« dans chaque lit, il y avait le malade, le
mourant et le mort ». Son financement était assuré par lobligation pour
chaque chanoine en mourant de faire don à lhôpital des ressources nécessaires
pour y constituer un lit. Plus tard le Régent préleva sur les recettes des spectacles
une taxe dun neuvième au bénéfice de lHôtel-Dieu : cest lorigine
du « droit des pauvres ».
Cet hôpital connut par trois fois lincendie :
en 1737, en 1742 et 1772. Il fut démoli en 1878 une fois que fut construit sur lautre
côté du parvis le bâtiment actuel.
Cest
le Second-Empire qui fit édifier lhôpital tel quil est aujourdhui. On
le doit à larchitecte Diet dans un style néo-florentin. Au plan architectural, le
schéma pavillonnaire a été abandonné au profit dune structure
symétrique sur deux galeries parallèles, bordant deux cours centrales où viennent sappuyer
trois ailes transversales.
LHôtel-Dieu compte 418 lits. Commencé
en 1867 il sera terminé en 1877. Il fut inauguré par le maréchal de Mac-Mahon en août
1877. Son coût avait été de 36 millions de F.
Jusquen 1908, date de lapplication
des lois de séparation de lEglise et de lEtat, les soins étaient dispensés
par les surs Augustines (depuis 1535), au nombre de 120. La qualité de ses
médecins est de notoriété mondiale : Bichat, Dupuytren, Trousseau, Claude Bernard
Un point intéressant à voir : dans
le hall dentrée, sur la gauche, une maquette sous une vitrine de verre montre le
projet de larchitecte Poyet, datant de
1780. Cet architecte proposait de reconstruire lhôpital qui venait dêtre
détruit par lincendie de 1772 (qui avait fait 14 morts et 19 blessés) ; il
avait imaginé reconstruire lhôpital dans lîle des Cygnes et dans une construction
circulaire, inspirée du Colisée de Rome et pouvant recevoir 5000 malades. Ce projet fut
abandonné lannée suivante !
- La prochaine
fois, pour la 10è balade, nous terminerons
notre étude de lIle de la Cité par la cathédrale et le square
situé à son chevet ainsi que le Mémorial aux martyrs de la déportation pour ensuite,
une fois prochaine, traverser le pont et
prendre pied sur lIle Saint-Louis.
- A nous laventure,
mon oncle !
- Nexagérons
rien, mon neveu !
Sources :
En plus de mes travaux personnels, jai utilisé
les ouvrages suivants :
. « Dictionnaire historique des rues de
Paris » de Jacques Hilaire.
. Encyclopédies et dictionnaires divers.
Michel Ostertag |