
-Bonjour mon
oncle, voici un bon moment que nous faisons ensemble nos balades parisiennes et cest
toujours avec autant dintérêt que je découvre à tes côtés ces lieux
merveilleusement chargés dhistoire
Nous voici, aujourdhui, à lintérieur
de la Conciergerie
Commençons par La rue de Paris.
Ce nom de rue de
Paris date de la Révolution. En fait, on lui a donné le surnom du bourreau,
« Monsieur de Paris ». Pendant la Révolution, le nombre des prisonniers
excédait largement la capacité des cachots
On créa les « pailleux ». Cétaient
des prisonniers qui ne pouvant acquitter le coût de leur séjour étaient réduits à
être parqués en salle commune et dormir à même la paille
-Quelques mots sur Les
cuisines : Elles ont été édifiées sous Jean Le Bon vers 1353. Voûtées dogives
à nervures simples, elle comptent quatre travées. A usage domestique, larchitecture est fruste et ne comporte
aucun décor.
-Nous abordons La salle des
Gens dArmes. Cet ensemble est dune architecture remarquable, de style
gothique datant du XIVè siècle. Les dimensions de cette salle sont
imposantes : 63 mètres de long, 27 mètres de large et une hauteur sous voûte de
8,50 mètres. Il y a seulement trois endroits en France où on retrouve ce style : au
Mont Saint-Michel, au palais des Papes et au collège des Bernardins.
Cette salle est
particulièrement chargée dhistoire : Ici les rois de France ont accueilli
leurs hôtes avec faste, autour de la table de marbre noir (qui éclata en morceaux au
cours de lincendie de 1618). Ici, il faut parler de létage bas de la GrandSalle
du palais royal ; la GrandSalle haute est aujourdhui remplacée par la
salle des Pas-perdus du palais de justice. Lorsque le roi Philippe le Bel,
en 1313, reçoit son gendre Edouard II, roi dAngleterre, en présence de tous les
barons, ce sont huit jours consécutifs de banquets et de défilés qui se succèdent sans
interruption. Et pendant ce temps toute lîle est illuminée et décorée. Ça
devait être féerique, nest-ce pas ?
En 1378, avant de
quitter le palais pour le Louvre, Charles V organise une réception pour lempereur
germanique Charles IV, et huit cents gentilshommes sont invités. En 1530, François 1er
choisit cette salle des gens darmes pour célébrer son mariage en secondes noces
avec Eléonore de Habsbourg, sur de Charles Quint et dix ans après il convie lempereur
à partager un somptueux festin.
Dautres fêtes et réjouissances se
déroulèrent ici même comme le mariage de François II avec la reine dEcosse, Marie Stuart.
La salle que lon visite pouvait contenir deux mille personnes !
La vie
quotidienne à la Conciergerie
-Pendant la Révolution,
la Conciergerie fut une prison temporaire, car on ne faisait quy passer :
quelques jours, voire quelques semaines, le temps de comparaître devant le Tribunal
révolutionnaire et dêtre envoyé à léchafaud !
Cette prison appartenait
à la catégorie des prison dites « jacobines », réputées les plus dures.
Aux heures les plus tragiques de la Révolution, la prison eut jusquà six cents
prisonniers logés dans des conditions dinsalubrité et dentassements
indescriptibles, au point quà la fin de 1793, on craignit que la peste se
répandit.
De la prison,
les prévenus se rendaient au Tribunal révolutionnaire par la tour Bonbec. Cest au
pied de cette tour quils sassemblaient pour prendre connaissance du
« journal du soir », qui était lu par des gendarmes chargés de délivrer les
actes daccusation à ceux qui devaient se présenter le lendemain devant le
Tribunal.
- Sinistre moment, on
peut sen douter !  Il est évident que les principaux lieux ont subi des
transformations au cours du XIXè siècle, en fait, même avant cela, car
déjà sous Louis XVI, à la suite de lincendie de 1776, on décida de réaménager
la prison de la Conciergerie, devenue trop
vétuste.
Le couloir des
prisonniers.
Au temps de la
révolution, cétait ici laxe central de la prison. Les prisonniers
accédaient à la prison par la cour du Mai, cest-à-dire la cour dhonneur
aujourdhui du palais de Justice. Cest
par une courette en contrebas du grand
escalier que les prisonniers faisaient leur entrée dans la prison, et là, ils étaient
attendus par « les furies de la guillotine » qui les abreuvaient dinjures.
Ensuite, les prisonniers étaient soumis aux formalités denregistrement dans la
salle du greffe (aujourdhui la buvette du palais), puis ensuite ils gagnaient leur
cellule. Les cellules hommes étaient au nord et celles des femmes au sud. Dans ce couloir
des prisonniers, trois petites pièces fermées par des barreaux de bois rappellent le
bureau du concierge, du greffier et de la salle de la Toilette.
Lordre était
imposé par le concierge aidé dans sa tache par toute une équipe de geôliers et de
porte-clefs accompagnés de nombreux molosses redoutables. Pourtant une certaine humanité
régnait dans la prison du fait des concierges. Lun deux, Richard fut incarcéré
plusieurs mois pour avoir eu trop dégard vis à vis de Marie- Antoinette.
La République qui se
voulait égalitaire, ne létait pas du tout. Ici, en fonction des ressources des
condamnés la vie de ceux-ci était sensiblement différente ! Pour quelques
pistoles, on vous épargnait la paille où grouillaient rats et vermine dans un espace
sans lumière, pour être logés à quatre ou cinq dans une cellule avec des lits à
sangle. Quant aux prisonniers de marque, cétait
la cellule individuelle meublée où lon pouvait se faire servir de plantureux
repas !
-Mais pour être
honnête, ces privilèges eurent tendance à disparaître dès 1793, sous la Terreur du
fait de laccroissement du nombre des détenus.
La salle de la
Toilette
-Cétait la
dernière étape pour ceux qui avaient été condamnés à mort avant de monter dans la
charrette. Ils étaient dépouillés des bijoux quils pouvaient encore
posséder : tabatière, broche, bague, médaille, lunette, boutons, montre
objets
qui devenaient propriété de la République. Une fouilleuse soccupait des femmes.
Les aides de Samson qui étaient quatre et sept ensuite préparaient les condamnés. On
leur liait les mains dans le dos ; le col de chemise était échancré et les cheveux
coupés au ras du cou. Ces cheveux devenaient la propriété du bourreau et de ses aides.
Le commerce fut tellement important quil fut plus tard interdit. Les condamnés
étaient ensuite dirigés vers les charrettes parquées Cour de Mai. Une fois chargée, la
charrette était placée près de la grande grille de la cour de Mai en attendant la venue
des suivantes car le convoi nécessitait cinq voire six charrettes. Le convoi était
encadré par des gendarmes à cheval et à pieds et prenait la direction de léchafaud
qui fut installé successivement place de la Concorde (treize mois) place de la Bastille
(trois jours) et place de la Nation (un mois et demi).
Marie-Antoinette
(1755-1793)
Dans la nuit du 2 au 3
août 1793, de la prison du Temple où elle était enfermée depuis un an Marie-Antoinette
fut conduite ici, à la Conciergerie. Ce transfert avait été décidé par la Convention
dans lespoir de faire fléchir le gouvernement dAutriche afin de linciter
à négocier avec la République française.
Le calcul savéra
vain. Il fallut donc mettre en application ce qui avait été décidé.
La reine arriva
à trois heures du matin.
On transforma la chambre
dun guichetier en cellule ; elle sy installa. On lui apportait deux repas
par jour. La reine passait ses journées à lire et à prier. Elle était surveillée en
permanence par deux gendarmes qui occupaient leurs journées à boire, fumer et jouer aux
cartes. Un simple paravent les séparaient de la reine. Malgré cette garde rapprochée,
(sa cellule était fortement verrouillée), une tentative dévasion fut tentée par
le marquis de Rougeville qui rendit visite à la reine et laissa tomber au sol leillet
quil portait à la boutonnière et qui contenait un plan dévasion. On appela
cette tentative dévasion la « Conspiration des eillets ».
- Tu sais, mon oncle, on
na jamais su exactement ce qui sest réellement passé
- Bien sûr, sauf quon
sait quelle ne sest pas échappée !
-Certains historiens
prétendent quelle est sortie de son cachot, quelle aurait
franchie
la cour de Mai où une voiture lattendait
Et là, on laurait arrêtée
La
seule chose dont nous sommes sûrs, cest quune enquête a été
diligentée ; le concierge arrêté et la reine changée de cachot, celui quelle
occupait au début étant trop près de la sortie !
La reine ayant eut la
mauvaise idée de se confier à un gendarme, laffaire fut éventée et on la
transféra, le 14 septembre dans une cellule plus éloignée où elle demeura trente-cinq
jours. Deux gendarmes sinstallèrent dans la pièce qui précédait le cachot, ce
qui faisait quil fallait passer devant eux pour aller chez la reine. La porte était
constamment ouverte. La reine disposait dun paravent haut de 1,30 m.
Son procès souvrit
le 15 octobre 1793 à huit heures du matin. Quarante et un témoins vinrent déposer à la
barre. Elle fut défendue par Claude Chauveau-Lagarde (1756-1841) qui fut le défenseur de
Charlotte Corday et de la sur de Louis XVI, Madame Elisabeth.
La reine de France dû
faire face aux accusations calomnieuses et ignobles de Fouquier-Tinville. Le lendemain 16
octobre à quatre heures du matin, la sentence de la peine capitale fut prononcée. La
reine fut ramenée dans son cachot, épuisée et transie de froid, (noublions pas
que nous sommes en octobre). Elle écrivit à Madame Elisabeth, se belle-sur, la
lettre quon appelle « le testament de la Reine ». Trois juges avec le
greffier vinrent faire lecture de la sentence, puis vint Henri Samson, le fils du bourreau
qui avait décapité Louis XVI. Il lui coupa les cheveux et lui lia avec rudesse les
poignets derrière le dos. A onze heures, vêtue dun déshabillée de piqué blanc,
un ruban noir aux poignets, un fichu de mousseline blanche sur les épaules et coiffée dun
bonnet de linon, elle monta dans un tombereau crotté attelé à un fort cheval blanc. A
midi et quart, elle fut exécutée en place de la Révolution (ex place Louis XV), aujourdhui
place de la Concorde. Le peintre Louis David exécuta ce croquis le jour même de lexécution
dune fenêtre de la rue Saint-Honoré.
Elle navait que 37
ans et 11 mois !
Pour le bicentenaire de
la Révolution, dans la Conciergerie, des aménagements eurent lieu, comme notamment, la
chapelle expiatoire en mémoire de la famille royale (ce fut une commande de Louis XVIII).
Elle occupe lemplacement de linfirmerie où Robespierre aurait séjourné et
la moitié de la cellule de Marie-Antoinette. Deux stèles sont dédiées à Louis XVI et
à sa seur Madame Elisabeth guillotinée lannée suivante à lâge de 30
ans dont le seul crime était dêtre la seur du roi..
-La Conciergerie
continua à être une prison jusquen 1914.
-Bien mon neveu, je ne
sais pas ce que tu en penses, mais à mon avis, ce nest pas un lieu où on aimerait
rester plus longtemps
Je te propose pour la prochaine balade de reprendre nos
pérégrinations à-travers les rues du quartier et je pense que nous pourrions,
peut-être, en finir avec cette île de la Cité afin de passer le pont comme dit le
poète et aborder sur lîle Saint-Louis des promenades au grand air !
Sources :
En plus de mes travaux personnels, jai utilisé
les ouvrages suivants :
. « Dictionnaire historique des rues de
Paris » de Jacques Hillairet.
. « Le guide de Paris mystérieux » dans la collection
des guides noirs.
. Encyclopédies et dictionnaires divers.
. Document sur la Conciergerie, éditions du patrimoine
Michel Ostertag
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