-Hello ! Bonjour mon oncle. Ah !
Ça fait du bien de te revoir. Finalement, c'était vraiment les
grandes vacances, comme à l'école, tu crois pas ? Mais, honnêtement,
je dois dire que l'absence de nos rendez-vous commençait à me
peser sérieusement...
- Eh bien ! Je suis
ravi, mon neveu de ton état d'esprit. Nous voici repartis avec
nos chères balades parisiennes pour de nouvelles découvertes...Reprenons
aujourd'hui nos promenades, si tu le veux bien, dans le quartier
de la Bastille. Je t'invite à emprunter la rue Saint-Antoine. Sache
qu'en circulant dans cette rue nous sommes sur le tracé de l'ancienne
voie romaine qui reliait Paris à Melun. C'est une des rues les
plus anciennes de la capitale. Tout de suite sur notre droite
la statue de Beaumarchais illumine le
quartier, lui donne du prestige. La signature du sculpteur Clausade
indique l'année 1895. 
Plus loin, au n° 26 (et 16 à 18 impasse Guéménée) dans
la cour subsiste un bâtiment du XVIIIe siècle, remanié au XIXè
siècle, c'est le vestige du Couvent
des Filles-de-la-Croix. Malheureusement, ce bâtiment n'est
pas visible. Nous en reparlerons dans l'impasse Guéménée. Ici,
à cet endroit, c'était le Noviciat du couvent. Faisons un aller-retour
dans l'impasse Guéménée.
Juste sur notre droite. Cette impasse menait à l'entrée principale
de l'ancien Hôtel royal
des Tournelles.
Les n° 4 et 6 (et 26 rue Saint-Antoine) indiquent l'emplacement du Couvent des Filles-de-la-Croix créé en
1640. La propriété s'étendait dans un espace compris entre l'impasse
Guéménée et les rues Saint-Antoine, des Tournelles et la place
des Vosges. A la Révolution, l'institution comptait
20 religieuses. L'établissement dut fermer sous peine
de voir les religieuses se faire fouetter par les citoyennes
du quartier...
-Diable ! Faut
dire que les révolutionnaires en voulait particulièrement à
tout ce qui touchait à la religion, symbole de l'obscurantisme.
-La maison fut
vendue en 1797 et en 1814, une industrie s'y installa.
Au n° 8 : Hôtel du XVIIe siècle. Il a appartenu,
en 1673, au président du parlement Guillaume de Nesmond.
Au n° 12 : C'est une autre entrée de l'hôtel
de Rohan-Guéménée (voir le n° 6
de la place des Vosges, musée Victor-Hugo). C'est par cette
sortie discrète que le poète Hugo quittait le domicile familial pour rejoindre dans un hôtel
meublé, au n° 35 de la rue du Petit-Musc sa maîtresse, la boulangère
dont le commerce était situé dans la même rue du Petit-Musc
à quelques mètres de l'hôtel... La boulangerie existe toujours
à l'angle de la rue de la Cerisaie...
-Il avait tous
les culots, le Victor ! Hein, mon oncle, c'est pas toi qui aurait
fait cela !
-C'est vrai ! Mais
je te ferai remarquer que je ne suis pas poète...Au fond de l'impasse,
une école mixte subsiste. Retournons rue Saint-Antoine.
Sur notre droite,
au n° 32 de cette rue : Vieille maison. Attardons-nous
sur l'architecture de la façade qui montre un nouveau motif
décoratif de style Louis XIV en présentant la pierre de taille
mise en relief avec une séparation horizontale. Très belle porte
en bois avec balcon.
A notre
droite, empruntons la rue de Birague
- Cette rue, très
courte, aboutit au pavillon du Roi. Celui-ci porte le monogramme
d'Henri IV entouré de
trophées d'armes et des attributs des arts. Sous l'arcade gauche
est dissimulé l'escalier du pavillon. Cette rue a été ouverte
sur l'emplacement de l'Hôtel royal des Tournelles évoqué au cours de la précédente balade.
Le nom du cardinal René de Birague (1507-1583) a été donné
à cette rue en 1864. Ce cardinal était chancelier de France,
il avait son hôtel rue de Sévigné et avait même fait construire
une fontaine rue Saint-Antoine qui porta son nom. D'origine
italienne, à la défaite de Pavie(1525), il suivit en France
François Ier et devint son protégé. Le roi Henri II fut également
son protecteur ; Birague le représenta au concile de Trente,
concile qui fut à l'origine de la Contre-Réforme et qui eut
lieu de 1545 à 1563. Il fut garde des Sceaux et chancelier. Sous Henri III, il était
une voix écoutée au Conseil royal. Il fut l'un des instigateurs
du massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572). Les huguenots
lui vouèrent une haine tenace. Il
répandit en France la pensée de Machiavel. Il fut nommé
cardinal en 1578, à l'âge de 73 ans soit cinq ans avant sa mort.
Au n° 8 : Lieu présumé de naissance de madame
de Sévigné.
Au n° 10 : Maison où mourut Lakanal,
en 1845, à l'âge de 83 ans. Une plaque est apposée en façade.
Il y est inscrit : "Joseph
Lakanal, membre de la Convention nationale. Réorganisateur de
l'Instruction publique. Né à Serres (Comté de Foix) le 14 juillet
1762 est mort dans cette maison le 14 février 1846".
- Il a donné son
nom à un lycée parisien réputé.
Au n° 16 : Maison où mourut, en 1852, à l'âge
de 45 ans le sculpteur Jean-Jacques Feuchères. Retournons, si
tu veux bien, rue Saint-Antoine :
Au N° 62 : Le carrousel du 30 juin 1559.
La paix de Cateau-Cambrésis vient
d'être signée cette même année et le roi doit marier sa soeur
Marguerite avec le duc Emmanuel-Philibert de Savoie et sa fille
Élisabeth de France avec Philippe II, roi d'Espagne. Pour cela,
la cour de France veut donner de grands divertissements dont
un carrousel qui devait durer trois jours.
On choisit l'emplacement
de la rue Saint-Antoine, qui bénéficiait d'un élargissement,
c'est-à-dire devant l'hôtel de Sully actuel. On disposa
des tribunes de part et d'autre de la rue, on nivela
et sabla la chaussée.
Le 30 juin
1559, le carrousel devait se terminer par trois joutes auxquelles
le roi prendrait part. Le roi portait les couleurs de sa maîtresse
Diane de Poitiers, âgée de 60 ans, quand le roi avait 41 ans.
Henri II gagna la première joute contre son futur gendre, Emmanuel-Philibert
de Savoie. La seconde joute eut lieu contre le duc de Guise
et la troisième contre le capitaine de sa garde écossaise, Gabriel
de Montgomery. Au cours de la joute la lance du roi se brisa
en même temps que celle de Montgomery. La joute aurait dû s'arrêter
là, mais le roi, par orgueil, voulut recommencer la partie quand
Montgomery hésitait. On reprit de nouvelles lances, en bois.
A nouveau, les lances se brisèrent et la lance de Montgomery
vint heurter le casque du roi ; elle releva la visière et vint
se planter dans l'oeil droit avec force. Le roi tomba à terre.
On le transporta à l'Hôtel
des Tournelles (voir la balade n° 23) où il mourut après
dix jours d'une terrible agonie. On appela le célèbre chirurgien
lavallois Ambroise Paré et l'anatomiste Vésale qui procéda sur
le crâne de condamnés à mort à des expériences afin de mieux
se préparer à extirper le morceau de bois planté dans l'oeil
du roi jusqu'à l'intérieur du crâne. Ces condamnés à mort avaient
été décapités sur le champs afin de permettre les expériences
médicales.
-Concernant ce
traité de Cateau-Cambrésis, mon oncle, je peux dire quelques
mots?
-Vas-y, je t'écoute.
-Ce traité était
double : Il a été passé
entre la France et l'Angleterre où le roi de France Henri II
conservait Calais (ville qui avait été reprise par François
de Guise sur les Anglais qui la tenait depuis la guerre de Cent
ans) et entre la France et l'Espagne qui mettait fin aux guerres
d'Italie et reconnaissait à la France Metz, Toul et Verdun.
( Villes conquises sur les armées de Charles-Quint) En échange,
la France renonçait à tout projet de conquêtes en Italie.
-Il a été en prison, une fois libéré, il s'est enfuit en Angleterre.
-Prudent !
-Oui, mais pas suffisamment, car il revint combattre en France,
aux côtés des huguenots, dans les guerres de religion. Il se
fit prendre au cours d'une bataille et d'une manière tout à
fait arbitraire fut condamné à mort par la seule volonté de
Catherine de Médicis, en 1574.
Hôtel de Sully
Ce bâtiment a été
construit entre 1624 et 1630 par Jean Androuet du Cerceau pour
un banquier, sieur du Petit-Thouars, contrôleur des finances
qui avait gagné au jeu ce terrain...
-Alors là, chapeau,
avoir de la veine à ce point !
-Oui, mais ce banquier,
en joueur invétéré qu'il était reperdit l'hôtel sur un coup
de dés.
-Oui, là, effectivement, il n'a pas su s'arrêter à temps...
-Et c'est son principal
créancier qui en devient propriétaire juste pour un an car il
revendit l'hôtel la même année à son locataire. En 1634, c'est
le marquis de Rosny, duc de Sully qui l'acheta, soit quatre
ans à peine après sa finition. Son maître, le roi Henri IV était
mort depuis 24 ans et Sully avait 74 ans. Marié à une jeune
femme, celle-ci le trompait assidûment. Il n'en avait cure et
avait pris l'habitude quand il donnait de l'argent à sa femme
de dire : "Voici tant pour la maison, tant pour vous et
tant pour vos amants !".
Il fit construire
le Petit Sully à l'extrémité
de son jardin car il se trouvait trop à l'étroit dans le bâtiment
principal. Ce second hôtel ouvre place des Vosges au n° 7 (voir
la balade n° 23). Sully vécut dans son hôtel durant sept ans,
mais il ne mourra pas ici. En 1641, à sa mort, l'hôtel passa
à son gendre, le maréchal de Rohan.
L'hôtel de Sully
fut le théâtre d'un événement qui prit dans l'histoire des lettres
et des idées une importance capitale. C'était un soir de décembre
1723. Le duc de Sully, propriétaire des lieux, recevait à dîner
le jeune Voltaire âgé de 31 ans et déjà célèbre dans tous les
salons parisiens. Un laquais lui remit un billet le priant de
bien vouloir descendre jusqu'à la porte car on voulait l'entretenir
d'un complot qui se fomentait contre lui. Voltaire, sur le champs
acquiesça et descendit dans la cour de l'hôtel où il fut copieusement
rossé par trois laquais à la solde du chevalier de Rohan-Chabot
qui observait, hilare, la scène, placé juste en face dans la
rue de l'Hôtel-Saint-Paul. Cette agression faisait suite à une
querelle entre les deux hommes, à la Comédie-Française, au cours
d'une représentation de la pièce de Voltaire OEdipe.
L'amour propre
de Voltaire fut blessé au plus profond de lui-même. Afin de
se venger, il prit pendant six semaines des cours d'escrime
et provoqua en duel le chevalier de Rohan.
Mais les Rohan était une des famille les plus puissantes du
royaume et Voltaire fut embastillé avant même d'avoir pu mettre
à exécution son projet de duel. Au bout d'un mois, il exprima
le désir d'aller vivre en Angleterre. Sa proposition fut acceptée
et il partit, libre. Il resta trois ans en Angleterre. Son séjour
permit au jeune Voltaire de s'imprégner des idées de liberté
qui circulaient dans ce pays et, à son retour en France en devint
le fervent propagateur. (Lire Les
Lettres philosophiques. 1734).
L'Hôtel de Sully
fut acheté par l'État en 1944 qui le rénova. Les faux plafonds
furent abattus et on mis à jour les décors du XVIIe siècle.
La façade sur rue fut restituée comme à l'origine.
-Prenons sur notre droite la
rue
de Turenne (1611-1675), maréchal-général Henri de
la Tour d'Auvergne.
-Dis mon oncle, la question
que je voudrais te poser : quelle est la raison de ce long mur,
de ce décroché par rapport au reste de la rue ?
-Regarde bien sur ce
mur, on peut deviner les traces de la loge de la concierge...En
fait, on a élargi le début de cette rue, c'était en 1877 et
l'empreinte de l'immeuble abattu subsiste comme tu peux le constater.
Étonnant, non ? ! Ce mur raconte l'histoire de l'immeuble détruit. Comme une page
de son histoire, en somme.
Au n° 23 : Hôtel construit en 1650 pour l'intendant
Édouard Colbert de Villacerf. Cet hôtel resta dans la famille
jusqu'en 1755. Vers 1868, il devint une école d'enseignement
professionnelle ; puis, en 1905, une école religieuse dirigée
par les Pères de la Doctrine-Chrétienne. En 1931, il subit d'importantes
modifications, on l'exhaussa de trois étages, on déposa les
boiseries que l'on mit au musée Carnavalet.
-Plus loin, sur
notre gauche, prenons la rue des Francs-Bourgeois
et allons jusqu'à
la rue de Sévigné : Cette rue a été ouverte, au XVIè siècle sur l'emplacement
d'un chemin de ronde extérieur à l'enceinte de Philippe-Auguste.
Nous la descendrons jusqu'à son début rue St-Antoine.
Au n° 26 : L'artiste peintre André
Masson 1896-1963 a vécu dans cette maison jusqu'à sa
mort. La façade de cet immeuble répond au style Louis XVI avec
ses fenêtres très en hauteur, toutes en verticales : ce qui
donne un aspect élancé. Les appuis sont en fer forgé avec un
dessin plus simple que sous Louis XV.
Au n° 12 : A été habité par Jules
Cousin. On lui doit l'enrichissement de la Bibliothèque
historique de la Ville de Paris ; il créa également l'actuel
musée Carnavalet.
Au n° 11 : Théâtre du Marais, construit par Beaumarchais avec des matériaux provenant
de la Bastille. Il fut inauguré le 1er septembre
1791. Beaumarchais y donna à jouer sa pièce La
Mère coupable. Napoléon
supprima ce théâtre en 1807. Cinq ans plus tard la salle fut
détruite et remplacée par un établissement de bains. Au fond
d'une cour fleurie, un mur est le dernier vestige de la prison
de La Force. Une plaque
explique la mémoire de ce lieu.
Au n° 7 et 9 : Emplacement de l'Hôtel d'Évreux
datant du XIIIè siècle. En 1699, l'intendant des finances Poulletier
fit construire sur l'emplacement un hôtel. Au moment de la Révolution,
cet hôtel fut confisqué. Il fut occupé de1801 à 1813 par l'administration
des pompes funèbres. Puis par des pompiers qui sont toujours
casernés à cet endroit.
-Sur notre gauche, la rue de Jarente.
- Une question.
Qui était ce Jarente ?
-Je m'attendais
à cette question de ta part, mon neveu. Jarente, François-Alexandre
était prieur commendataire de la Congrégation de Saint-Louis-la-Couture
(couture voulant dire ici culture). Cette rue fut percée sur
l'emplacement de cette congrégation dont il était responsable.
Allons jusqu'à
l'impasse de la Poissonnerie. Cette
impasse de la Poissonnerie faisait partie des voies qui furent
ouvertes, en 1783, pour l'aménagement du marché Sainte-Catherine.
Elle doit son nom du fait qu'on y avait établi la poissonnerie
de ce marché. Subsiste une fontaine de style maniériste, (oeuvre
de Caron de 1783) sur laquelle on peut voir un relief montrant
des poissons, des cornes d'abondance et un faisceau de licteur.
La fontaine est classée.
-Revenons
sur nos pas et prenons la rue Caron. Cette
rue fait partie des autres rues qui furent percées au XVIIIè
siècle sur l'emplacement du prieuré
de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers. Pour avoir une
idée de l'importance de ce prieuré, il faut imaginer un quadrilatère
qui comprendrait la rue de Turenne à l'est et la rue de Sévigné
à l'ouest, et qui serait bordé par la rue des Francs-Bourgeois
au nord et rue Saint-Antoine
au sud...
- Excusez du peu
!
- L'église de ce
prieuré se trouvait rue d'Ormesson. Ce prieuré datait de Saint-Louis.
Il fut démoli en 1773.
Parmi les personnages
célèbres qui sont attachés à l'église, citons : Le maréchal
de Champaigne assassiné au côté du dauphin, le futur Charles
V par les séides d'Étienne Marcel et surtout ce dernier quand
il fut tué à son tour à la porte Saint-Antoine en 1358, son
cadavre fut exposé sur les marches de l'église avec ses complices
pour être ensuite jeté à la Seine.
La vente
des terrains permit la construction du Panthéon,
anciennement église Sainte-Geneviève et le Marché
Sainte-Catherine. Ce marché a été dessiné par Soufflot et
la première pierre fut posée en avril 1788, juste un an avant
la Révolution. Jetons un oeil sur la place du marché Sainte-Catherine, qui est une place rectangulaire bordée d'immeubles dont
les façades sont uniformes.
-Ça doit être agréable
d'habiter ici...
-Oui, c'est un exemple des coins qui se laissent découvrir quand on se balade dans Paris, comme
nous faisons, toi et moi. C'est toujours une surprise et à chaque
fois, on se fait la réflexion que tu viens de faire...Revenons
sur nos pas jusqu'à la rue de Sévigné, le temps de lire
au n° 5 sur la façade
de l'ancienne clinique du docteur Raspail la plaque suivante : "Dans cette maison François-Vincent Raspail
promoteur du Suffrage universel, né à Carpentras le 24 janvier
1794 mort à Arcueil le 7 janvier 1878. Donna gratuitement ses
soins aux malades de 1840 à 1848".
Il fut biologiste, chimiste et homme politique. On le cite
comme étant un précurseur de la théorie cellulaire. Il participa à la révolution
de 1830. En 1848, il fut un des premiers à proclamer la République.
Il fut candidat socialiste à la présidence de la République
mais ne fut pas élu. Condamné à la prison en 1849, puis exilé.
Il resta en Belgique jusqu'en 1863. A son retour en France,
en 1869, il fut élu député jusqu'à sa mort.
L'immeuble actuel
date du XVIIe siècle.
-Gustav Malher,
le musicien ?
-Non, c'était un
sous-lieutenant tué sur les barricades pendant les combats de
juin 1848.
Tout de suite sur notre gauche, c'est le début de la rue du Roi-de-Sicile :
Au n° 2 et 4 : Une plaque rappelle un moment tragique de la Révolution : "Ici était l'entrée de la prison de la
Grande Force (1792-1845). A cet endroit 161 détenus dont la
princesse de Lamballe furent mis à mort le 3, 4 septembre 1792". On promena sa tête plantée au bout d'une pique sous les fenêtres
de la Reine Marie-Antoinette enfermée à la prison du Temple.
Le nom de la rue
a été donné par le roi de Sicile qui était le sixième frère
de Saint-Louis, le duc Charles d'Anjou, roi de Naples et de
Sicile qui venait de faire construire un hôtel dans cette rue.
René de Birague en devint propriétaire en 1559. De propriétaire
en propriétaire, cet hôtel passa aux mains du duc de La Force - c'était en 1698. L'entrée de son hôtel était
à cette adresse et il bordait toute la rue Pavée.
A partir
de 1780, l'architecte Giraud transforma cet hôtel en maison
de détention. La Petite-Force était destinée aux femmes.
La Grande-Force était
aménagée pour des prisonniers pour dettes. A partir de 1792,
cette distinction disparue. Cette prison fut remplacée en septembre
1840 par la prison Mazas boulevard Diderot ( relire la balade
n° 16 ) et démolie en 1845.
La prison Mazas
fut à son tour démolie en 1900 et remplacée par la prison de
Fresnes actuelle.
-Continuons cette
rue jusqu'à la rue Pavée. Sur notre
droite, au n° 10 :
Synagogue construite en 1913 par Hector Guimard. La façade a
été inspirée par le style Art nouveau, mais très dépouillé.
La difficulté pour l'architecte a été de construire sur un terrain
étroit et profond. C'est un groupe russo-polonais qui avait
insisté pour avoir un lieu de culte propre face aux réticences
de la communauté juive
française.
Au n° 11 et 13 : Hôtel d'Herbouville. Emplacement de l'hôtel de Lorraine, successivement bâti pour le chambellan du roi
Charles VI puis rasé en 1404, puis rebâti en 1517, puis en 1634,
pour finir par être saisit en 1795. Auparavant, il avait été
partagé entre un fils au n° 11 (hôtel des Marets ) et une fille
au n°13 (hôtel d'Herbouville ). Une porte de style Louis XIII
au n° 11 ; porte de style Louis XV au n° 13.
Au n° 12 : Hôtel de Brienne. Hôtel
construit en 1632. François Tronchet, l'un des avocats qui défendirent
le roi Louis XVI acquit ce bien en 1784. Il y mourut en 1806,
à l'âge de 80 ans. État vétuste du bâtiment.
Au n° 14 à 22 : Emplacement de la prison de la Petite-Force de 1785 à 1845.
La rue Malher a été tracée sur son emplacement.
Au n° 24 : Hôtel d'Angoulême, puis de Lamoignon. C'est un des plus vieux hôtels de Paris.
Au portail, un fronton circulaire datant de 1718 montre deux
figures d'enfants qui tiennent l'un un miroir, l'autre un serpent.
Ils symbolisent la Vérité et la Prudence, qualités
premières d'un bon magistrat.
L'hôtel actuel
a été construit par Diane de France, duchesse d'Angoulême, en
1584. Androuet du Cerceau est donné comme architecte de l'édifice
sans qu'on en soit certain. Diane de France était la fille d'une demoiselle
piémontaise nommée Philippa Duco dont le roi de France Henri
II tomba éperdument amoureux, mais comme il ne pouvait la séduire,
de dépit, il fit mettre le feu à sa maison et ordonna à ses
pages d'enlever la jeune fille. De cette aventure naquit Diane
en 1538. Légitimée en 1547. Mariée deux fois et à chaque fois
veuve elle décida de rester dans cet état et s'installa dans
cet hôtel. Elle parlait plusieurs langues, le latin, l'italien,
l'espagnol, parfaite musicienne elle montait à cheval admirablement
d'après Brantôme. C'est elle qui réconcilia Henri III avec le
futur Henri IV. Elle mourut ici à 81 ans en 1619.
En 1721, naquit
ici Guillaume
de Lamoignon Malesherbes. Ami des encyclopédistes il
aida à la propagation des idées de ceux-ci. Il protégea Rousseau
et Voltaire et s'attira les foudres du roi Louis XV, ce qui
l'obligea à s'éloigner. Turgot, en 1755, le rappelle et lui
offre la fonction de ministre qu'il accepte avec réticence.
Mais Louis XVI est contre ses réformes. Au début de la révolution,
il quitte la France, mais revient pour défendre le roi au moment
de son procès. Arrêté à son tour, il sera décapité comme suspect
le 22 avril 1794 avec sa fille et ses petits-enfants. Il y eut
ici un locataire célèbre : Alphonse Daudet. En 1867,
il vint s'installer ici et écrivit Froment
jeune et Risler aîné
ainsi que Jack
en 1876. Son fils Léon (1867-1941) naquit dans cette demeure.
Alphonse vécut ici de 1867 à 1876.
Cet hôtel au cours
de son histoire eut une suite de propriétaires pour finalement
être la propriété de la Ville de Paris qui y installa, en 1968,
sa Bibliothèque historique.
A l'angle de la rue Pavée et de la rue des
Francs-Bourgeois admirons une échauguette quadrangulaire portant à sa base l'inscription "SC" pour Saint-Catherine du Val-des-Écoliers.
Dans la rue Malher, au moment où elle
donne rue Pavée, au n° 22
: La bibliothèque de la Ville de Paris.
-Nous terminerons
notre balade sur notre droite par la rue des Francs-Bourgeois. L'origine de ce nom vient du fait
qu'une "maison de charité" ou encore "maison
d'aumône" était située dans cette rue (au n° 34 et 36)
pour accueillir les pauvres, tous ceux qui étaient exemptés
de l'impôt, d'où leur nom de "Francs-Bourgeois".
Au n° 14 et 16 : Hôtel Carnavalet. Voir
au 23, rue de Sévigné. Nous l'étudierons dans une prochaine
balade.
-Mon neveu, nous
voici de retour à la place des Vosges que nous avons étudiée
ensemble au cours de la balade précédente. Je pense qu'à la
prochaine balade nous terminerons le quartier de la Bastille.
Nous parlerons de la Colonne de Juillet et de la dernière portion
de quartier autour de la Bastille.
-J'aimerais préparer
avec toi l'exposé sur cette colonne.
-Avec plaisir,
mon oncle. Tu sais combien j'aime me plonger dans tes beaux
livres d'histoire guider par un expert de ta trempe...
-Ne te fiche pas
de moi, je t'en prie ! ...
-Si, si, c'est vrai,
crois-moi !