
Nous voici, mon cher neveu, pour la dernière fois,
dans notre chère île Saint-Louis, à parcourir, cette fois, les petites rues
transversales
Je pense, mon oncle, que nous
allons découvrir des petits trésors historiques de derrière les fagots
Comme tu
dis, mon neveu ! Nous sommes au début de la rue St-Louis-en-lÎle, à
lentrée de lhôtel de Lambert, nous pouvons donc commencer par la première
rue à notre gauche, la rue de Bretonvilliers
qui souvre par un immense porche, vestige du magnifique hôtel de Claude Le Ragois de Bretonvilliers,
endroit qui a été évoqué par Tallemant des Réaux en ces termes :
« Cest le bâtiment du monde le mieux situé
». En fait, cétait
un palais avec un magnifique jardin en terrasse qui occupait toute la pointe de
lîle
Tu imagines, la splendeur que ça devait être ! Il avait été
bâti par larchitecte Androuet Du Cerceau, de la célèbre famille
darchitectes.
Au n° 3 : Le grand philosophe, historien et
critique Hippolyte
Taine (1828-1893) habita ici de 1856 à son
mariage en 1868. Son appartement se trouvait au 1er étage.
Il a essayé dexpliquer, se
fondant sur un déterminisme.
strict, les uvres artistiques ainsi
que lhistoire par la triple influence de la race, du milieu géographique et social
et lépoque historique à considérer. Par exemple, dans son ouvrage : Les origines de la France contemporaine (1876-1896),
il essaya de rechercher les causes de la guerre de 1870 et de la Commune. Il avait
succédé à Viollet-le-Duc à la chair dhistoire
de lart à lécole des Beaux-Arts.
Continuons par la rue Poulletier,
qui porte le nom dun des trois entrepreneurs, avec Christophe Marie et Le Regrattier
de la construction de lîle. Cette rue transperce lîle de part en part, en
allant du quai dAnjou au quai de Béthune. Dans cette rue, les numéros pairs et
impairs sont fortement décalés.
À langle de cette rue et du quai de
Béthune, nous retrouvons lHôtel Denys Hesselin au n° 24 du quai de Béthune (voir
la balade n° 11), avec cette inscription : « Icy sélevait lHôtel Hesselin, prévôt
des marchands. Construit en 1642 par Le Vau, architecte du roi. Siège de la Nonciature en
1713. Porte de Hongre. »
Au n°
5, cest une maison construite par Le Vau quil offrit à sa fille, Jeanne,
mais en 1763, cette maison fut saisie par le chapitre pour non-paiement du cens. Le cens
était une sorte de taxe foncière payable au seigneur.
Au n° 5 bis, maison
construite par Le Vau, habitée par le maître dhôtel du roi. Dans lécusson
au-dessus de la porte dentrée, on peut lire : « École des Filles
de la Charité de la paroisse de Saint-Louis ». Cest dici que partaient
les surs à la cornette amidonnée pour aller soigner et secourir les pauvres de la
paroisse. Cest luvre majeure de Saint-Vincent de Paul, représentée
dans un film, que tu as dû voir, « Monsieur Vincent », avec Pierre
Fresnay
Une plaque précise : Ici le 17 octobre, 1652, St-Vincent de Paul
établit les Filles de la charité à St-Louis en lîle.
Il faut dire que dans ces rues
transversales, le soleil pointait peu, saleté et misère se côtoyaient et tous ces gens
avaient grand besoin de secours.
Au n° 7 : Maison construite par Le Vau père et
fils. Aujourdhui occupée par « La Vigie : Résidence
Internationale. »
Au n° 9 : Egalement maison construite par Le Vau
père et fils. Cette propriété, en 1671 a été habitée par le cousin germain de Mme de
Sévigné. Sous le second Empire, la direction des contributions directes et du cadastre
du département de la Seine y avait son siège.
Au n° 10 : Le logement du curé de la paroisse
St-Louis en lîle était ici en 1711.
Au n° 20 : École primaire depuis 1894. Portail
monumental de style Louis XIV avec un bandeau décoré de deux têtes dHercule
couvertes dune peau de lion ; au-dessus se trouve un écusson entouré de
palmes dont les armoiries ont disparu. Le portail est classé. Le bâtiment appartenait à
lHôtel Méliand du quai dAnjon. Blaise Méliand était procureur général au
Parlement.
Au n° 22 : Hôtel Lefevre de la Malmaison,
conseiller au Parlement. Il date de 1645.
Ce bâtiment se trouve à langle du
quai dAnjou et de la rue Poulletier.
Baudelaire y vécut une année entre 1842 et
1843.
Ensuite nous avons la rue des
Deux-Ponts qui relie, en traversant lîle de part en part, le pont de la
Tournelle et le pont Marie ; de plus, cette rue coupe lîle en deux parts
égales.
Lauteur du Paysan perverti ou les dangers de la ville ,
Restif de la Bretonne
(1734-1806) habita cette rue. La rue fut élargie en 1930 et toutes les anciennes maisons
de numéro pair ont disparu.
Au n° 8 : Bains-douches municipaux. À
lépoque davant-guerre les tarifs étaient : Plein tarif 0,75. Familles
nombreuses : 0,40 F. Militaires : 0,10 F.
Aux n° 10 et 12 :
Fondation Fernand Halphen datant de 1926. Sur une plaque on peut lire : À la
mémoire des 112 habitants de cette maison dont 40 petits enfants déportés et morts dans
les camps Allemands en 1942.
Au n° 21 : Restaurant de
viande et poisson « Lîlot vache » dont les vitrines sont remplies de
nombreuses figurines bovines.
Au n° 27 : « PomCannelle ». Ici,
on déguste les glaces de la maison Berthillon.
Revenons dans la
rue principale pour prendre sur notre gauche, la Rue
Budé. Concernant lorigine de cette rue, il y a une anomalie : en effet, le
propriétaire du terrain où fut construite la rue avait pour nom Michel Guillaume. On
donna son nom à cette rue et cela jusquen 1807, date à laquelle on ajouta Budé,
nom du célèbre philologue, créateur du Collège de France
Peu après, on supprima
la première partie du nom pour ne laisser subsister que Budé, ce qui ne veut strictement
rien dire, car lhomme célèbre nest en aucune façon lié à ce quartier,
tandis que lancien propriétaire a disparu !
Au n° 1 : Maison natale de Félix dArvers,
auteur du fameux sonnet. Une plaque en relief montre le poète en buste.
Tu te souviens du
fameux sonnet ? « Mon âme a son secret,
ma vie a son mystère,/ Un amour éternel en un moment conçu : /Le mal est sans
espoir, aussi jai dû le taire, /Et celle qui la fait nen a jamais rien
su. »
Au n° 9 : Le poète Hongrois Gyula Illyés
(1902-1983) a vécu dans cette maison de 1922 à 1926.
Revenons dans la rue principale pour aller dans la rue Le Regrattier. Cette rue, elle aussi, va
dun bord à lautre de lîle.
Au n° 1, souvenir de Louis Aragon
avec son personnage Aurélien : ici, il rencontrera son grand amour dans le roman
« Blanche ou loubli ».
Au n° 6 : Maison habitée par Coffinhal
depuis 1789 jusquà sa mort. Il était procureur au Châtelet avant 1789. Fanatique
exalté sous la Révolution, il fut vice-président au Tribunal révolutionnaire à partir
de 1793. Cest lui qui aurait décrété, en envoyant Lavoisier à léchafaud,
que la Révolution navait pas besoin de savant. Compromis lors de la chute de
Robespierre, il se cacha cinq jours et cinq nuits dans les roseaux de lIle aux
Cygnes. Il fut envoyé à léchafaud le 18 novembre 1794.
Baudelaire,
alors âgé de 22 ans, meubla, en 1843, un petit logement à cette adresse, pour sa
maîtresse Jeanne Duval, dite la « Vénus noire ».
Au n° 22 : Maison où naquit Jules Basile, dit Jules Guesde,
le 11 novembre 1845. Jules Guesde était un homme politique (1845-1922). En 1879, il
introduisit les thèses marxistes au sein du mouvement ouvrier français. Convaincu que la
révolution était inévitable, il sopposa à Jean Jaurès dans la mesure où ce
dernier acceptait la collaboration avec les partis bourgeois. Député à partir de 1893.
Il accepta, malgré ses idées, un poste de ministre dEtat de 1914 à 1916.
À langle
de cette rue et du quai de Bourbon, il y a une statue de Saint-Nicolas « patron des
mariniers », statue qui fut décapitée sous la Révolution.
Sur notre gauche, une fois revenus dans la rue principale, prenons la Rue Boutarel. Cétait le nom du
propriétaire du terrain, capitaine de la Garde nationale du quartier et teinturier de son
état.
Au n° 1, il est indiqué, gravé dans
la pierre, que le peintre, graveur et illustrateur André Dignimont a vécu ici de 1927 à
sa mort en 1965.
Au n° 3, habita pendant trente ans, Jean Wallon. Il y
mourut en 1882. On le trouve dans le personnage de Colline dans le roman de Murger, La Vie de Bohème.
Et pour terminer notre balade luduvicienne, (tu vois, jai retenu ma leçon !)
je tinvite à boire un verre dans un de ces bistrots de la rue Jérôme du Bellay.
Sources :
En plus de mes travaux
personnels, jai utilisé les ouvrages suivants :
. « Dictionnaire
historique des rues de Paris " de Jacques Hillairet.
. Encyclopédies et
dictionnaires divers.
. Le Promeneur de Paris. 10
Promenades de la Rive gauche. Paris musées/ACTES SUD.
Sous la direction de Jérôme Godeau.
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