
Nous
voici, une fois encore dans lÎle Saint-Louis
et après les quais extérieurs, nous allons nous promener dans laxe de cette île,
dans ce qui ressemble à une arête dorsale, je veux parler de la rue Saint-Louis-en-lÎle.
Au fait,
mon oncle, sais-tu comment sappellent les habitants de lîle ?
Javoue que
Ils sappellent les
Luduviciens
Je me suis posé la question lautre jour et après quelques
recherches, jai trouvé !.
Bravo, mon neveu ! Aujourdhui, si tu veux, nous pouvons
parcourir la rue principale de lÎle, rue Saint-Louis en lIle. Elle a la particularité de traverser lîle
de bout en bout. Il a fallu 32 ans à Christophe Marie pour achever son percement. Elle
est longue de 540 m, cest-à-dire, pratiquement la longueur de lîle.
Cest lartère commerçante du quartier.
Autrefois, cabaretiers,
limonadiers, épiciers, marchands de
tonneaux, de vin, de charbon proposaient aux chalands leurs produits tandis que les
arrières cours servaient dateliers aux lingères, repasseuses, maçons
Au n° 90 : Ici habita Poulletier qui fut lun
des entrepreneurs de lÎle. Jadis, quatre jeux de boules étaient installés dans ce
périmètre.
Au n° 69 bis :
belle boutique datant de 1822 dont la spécialité est de présenter toutes sortes dhuiles.
Au n° 61 : Enseigne du XVIIe siècle : Au Petit Bacchus, avec statuette en ronde bosse,
couronné de pampres, à cheval sur son tonneau. La devanture ainsi que lenseigne
sont classées. On peut lire une enseigne « Aux
Anysetiers du Roy ». Classé au registre des Monuments historiques.
Au n° 54 : Entrée du Jeu de paume dont une autre
entrée donnait au n° 11 du quai Bourbon. Sur le trottoir, un présentoir relate lhistorique
des Jeux de paume à Paris. On peut y lire :
« Sous le règne de Louis XIII, le jeu de paume
était en vogue et lon comptait près de 150 salles où sy adonner à Paris.
Poulletier obtint la concession de celle de lÎle Saint-Louis et en entreprit la
construction en 1634. Vaste halle rectangulaire à la toiture soutenue par de forts
piliers en châtaignier, le jeu de paume était pavé de pierre, ses murs et ses piliers
peints en noir afin que les joueurs puissent mieux voir la balle recouverte de cuir blanc.
On y pratiquait la courte paume qui, avec une longue paume jouée en plein air, est lancêtre
du tennis. Ce sport tombé en désuétude au XVIIIe siècle, la salle ferma en 1750. Elle
est la seule à Paris à ne pas avoir été détruite. »
Il faut ajouter que le
roi Henri IV fut un fervent adepte de ce jeu, également joué par les femmes. Une fois
fermée, cette salle devint un tripot mal famé. Aujourdhui, cest un hôtel
« quatre étoiles ».
Au n° 52 : Hôtel de 1635. En 1705, il fut légué
à lHôtel-Dieu. Il a été habité par Charles de Valois de la Mare, un érudit
ainsi quun littérateur du XVIIIe siècle. Il devait mourir ici en 1747, léguant une importante collection de
médailles on parle de 6 000 pièces -.
Au n° 51 : Nous sommes devant lHôtel de
Chenizot.(Voir photos). Datant de 1641, mais transformé en 1719 par
Jean-François Guyot de Chenizot, receveur général
des finances à Rouen. Son architecture rocaille est toujours saisissante.
Son porche à bossages vermiculés dotés dune tête de faune rehaussé dun
balcon en fer forgé soutenu par des chimères à laspect terrifiant. En 1840, lhôtel fut loué par lEtat
et devint la résidence à larchevêché de Paris Mgr Affre. Cest dici
que le 25 juin 1848, il se rendit place de la Bastille avec le désir de sinterposer
entre les troupes et les insurgés. Il était sur le point de réussir sa mission de paix
quand, malheureusement, une balle tirée dune fenêtre lui brisa les reins. Il
devait mourir deux jours après. Lannée suivante, larchevêché quitta lhôtel
et fut remplacé par une unité de gendarmerie et cela pendant douze ans, ce qui mutila
sérieusement lhôtel. Aujourdhui la dégradation est visible ainsi que les
traces dun incendie dont il fut victime.
Au fond de la cour, on
peut admirer un très beau bâtiment avec un fronton orné dun soleil qui rayonne.
Au n° 39 : Ici, se trouvait au XVIIe siècle un
marchand de vin et aujourdhui un des restaurant les plus courus du quartier par les
touristes : Nos ancêtres les Gaulois.
Au n° 31 : Le plus célèbre glacier de
Paris : Berthillon, renommé pour ses 148 sortes de sorbets.
Au n° 28 : Restaurant de grande classe appartenant
à lacteur Jean-Claude Brialy : Lorangerie.
Au n° 19bis :
Eglise
Saint-Louis-en-lIle
Dabord,
ici, une chapelle provisoire fut ouverte au culte en 1623. À cette époque, lîle
comptait 200 fidèles. Devant laugmentation de la population, le roi Louis XIV
autorisa la démolition et la reconstruction dune nouvelle église plus vaste. Louis
Le Vau, « premier architecte du roi » en dessina les plans. La première
pierre fut posée en 1664 et cest seulement neuf ans après la mort de Le Vau que le
chur sera consacré en 1679. Jean-Baptiste Lambert légua 30 000 livres en 1644
auxquelles sajoutèrent des fonds versés par de nombreuses personnes pieuses.
Choisir un successeur à Le Vau fut une tâche difficile et après bien des contestations
ce fut larchitecte Gabriel Le Duc qui prit le chantier en main. Il avait uvré
à la chapelle du Val de Grâce. Malheureusement, les travaux entrepris sous son autorité
ne furent pas de bonne qualité : le jour de la Chandeleur 1701, en plein office, la
nef seffondra et tua plusieurs fidèles.
À sa mort, il passa le
flambeau à Jacques Doucet qui monta la coupole et le transept. Les travaux furent
achevés en 1725 et la célébration de lédifice eut lieu le 14 juillet 1726. Sa
construction demanda 62 ans de travaux.
Le grand portail dentrée
dessiné par Le Duc ne fut jamais exécuté. Un portail ouvrant dans la rue le remplace à
titre provisoire. Il date de 1726. uvre en chêne exécutée par Nicolas Legendre.
À lorigine, un
campanile avait été construit au centre du transept, mais un orage le foudroya en 1740.
Le clocher actuel le remplace depuis 1765, il est haut de 30 m. Ajouré, il est dit
« à la polonaise ». On remarque son lhorloge à chiffres dorés
accrochée à une potence en fer
travaillé et qui rappelle les enseignes de lépoque.
Le style de cette
église relève du style jésuite. Elle est longue de 60m sur 30 m de large. Les statues
du chur et de la nef ont été dessinées par J-B de Champaigne, neveu de Philippe.
La Révolution ne
perpétra pas de gros dégâts dans léglise. Elle fut transformée en dépôts de
livres. La Ville de Paris la racheta en 1817 pour 150 000 livres et la remit au culte.
La ferveur des
paroissiens du XIXe siècle ainsi que certains abbés comme labbé Bossuet
permit de constituer une
extraordinaire collection duvres dart, comme les huit peintures
flamandes du XVIe siècle, les Disciples dEmmaüs
de Coypel et aussi de nombreuses peintures italiennes du XVIIe et XVIIIe siècle. Citons
aussi de magnifiques broderies à laiguille dornements liturgiques des XIIe,
XIVe, XVe et XVIe siècles. Le buffet des orgues est de style Renaissance.
En 1917, on
déroba une relique de Saint-Louis. On la remplaça en 1932 par une côte du saint.
Macabre, mon oncle ! Comme on y allait ! Une côte, rien que ça !
Tu sais que les
reliques de Saint-Louis sont nombreuses, car son corps fut bouilli dans du vin afin de
séparer la chair des os et ainsi on a pu ramener ses restes de Carthage à Paris
La
chair et les viscères sont dans un reliquaire à la cathédrale de Carthage. Quant aux
ossements, ils ont été déposés à Saint-Denis pour ensuite être répartis entre de
nombreuses communautés et églises consacrées à Saint-Louis.
Jimagine dici
la gestion des reliques ! Telle église, vous aurez telle relique, tel couvent, telle
autre !
Et oui, cétait
ainsi !
Dans cette
église, Saint Vincent de Paul a présidé des réunions charitables doù sortit en
1658, « lEcole des Filles-de-Charité de la paroisse Saint-Louis » dont
nous retrouverons la trace rue Poulletier à la prochaine balade. Saint François de Sales
a prêché ici, Bossuet également ; le fils de Jean Racine y fut baptisé ainsi que
les cinq enfant de Le Vau ; se marièrent J-B de Champaigne et Le Vau. Le jeune
Bonaparte vint y prier, venant de Brienne pour entrer à lEcole militaire, le 23
octobre 1784. Le pape Pie VII qui était venu à Paris pour le sacre de lempereur
Napoléon Ier célébra ici le 10 mars 1804 « les
mystères sacrés par-devant une assistance innombrable et le serviteur des
serviteurs du Christ administra le pain eucharistique à plus de sept cents
fidèles ».
Devant la
plupart des chapelles, on voit encore la dalle des caveaux des grandes familles de lîle
Saint-Louis, comme Lambert de Thorigny ; Le Ragois de Bretonvilliers ; J-B de
Champaigne, mort à 45 ans en 1681 et Philippe Quinault, mort en 1688, à 53 ans
Par suite de travaux
exécutés dans léglise, les inscriptions sont devenues illisibles et, de plus, on
ne peut savoir avec exactitude lemplacement
de chacun de ces caveaux.
Au n° 17. À cet endroit, dans la cour de cet immeuble,
se situait lun des deux cimetières de la paroisse Saint-Louis-en-lIle. Le
premier de ces deux cimetières se trouvait le long de léglise et au moment de sa
reconstruction, on dut ouvrir un second cimetière situé ici. Ce cimetière mesurait 20 m
de long sur 6 m de large et comportait dix fosses de 3,30m sur 2,60m de large avec une
profondeur de 4 m. Chacune de ces fosses pouvait recevoir 125 corps. Situé près dune
école, il fut plusieurs fois menacé de fermer.
À quel moment,
fut-il fermé, mon oncle ?
Oh ! Ce fut une
longue histoire. Il y eut une enquête en 1763 qui le déclara insalubre,
rien ne bougea; ensuite, en 1776, on promulgua une
ordonnance, sans plus de succès, sous prétexte que les enfants qui allaient à cette
école se portaient aussi bien que ceux qui ny allaient pas !
Finalement, il faut attendre 1786, soit six ans après lévacuation du cimetière
des Innocents, pour fermer cet enclos. Il fut vidé en 1811 au cimetière Sainte-Catherine.
Où se trouvait ce
cimetière, mon oncle ?
Je mattendais
à cette question ! Il se trouvait boulevard Saint-Marcel aux numéros 56 à
66 et
lui-même fut, à son tour, fermé au moment de la création du cimetière de Montparnasse
en 1824. Ce cimetière Sainte-Catherine était important car il recevait 4 000 corps par
an en moyenne.
Au n° 15 : Maison construite en 1655 par François
Le Vau, frère de Louis Le Vau. Il quitta cette adresse au moment de son mariage, trois
ans après pour sinstaller au quai dOrléans.
Au n° 14 : Ancien hôtel de lintendant
Jacques Bordier, mort en 1666. Il était fils dun marchand de chandelles de la place
Maubert et il avait acquis une énorme fortune.
Ce qui prouve quon
pouvait senrichir en faisant des petits boulots
Je ne sais pas si
aujourdhui
on pourrait ..
Cest sûr,
vendre des chandelles aujourdhui, ça ne risque pas de tapporter de quoi
vivre !
Non, mais des marrons
lhiver, des glaces lété, pourquoi pas ?
Peut-être, mais
alors, là, je ne suis pas convaincu, du tout ! Reprenons, mon neveu !
Au n° 13 : Egalement maison construite pour Claude
Le Ragois de Bretonvilliers en 1642 qui la loua. Cette maison resta dans la famille jusquà
la Révolution.
Au n° 12 : Maison habitée par lingénieur et
chimiste Philippe
Lebon (1769-1804) lorsquil eut lidée dutiliser les gaz produits
par la combustion du bois à des fins déclairage. Il y fit ses premier essais et
reçut un brevet le 21 septembre 1799. Sa découverte profita dabord à lAngleterre
et ne fut appliquée en France que longtemps après sa mort. Il mourut à lâge de
35 ans.
Au n° 11 : Maison construite vers 1642 pour Claude
Le Ragois de Bretonvilliers. Lécrivain Marcel Schwob (1867-1905) y habita en 1903
et y mourut en 1905, à 38 ans. Il tint dans cette maison pendant deux ans, un salon
littéraire que fréquentèrent la comtesse de Noailles, Henri de Régnier, Pierre Louÿs,
Paul Fort, Colette, Maurice Donnay, sans oublier Sacha Guitry. Marcel Schwob était le
mari de la comédienne Marguerite Moreno. Il écrivit des contes, des poèmes et des
traductions qui ont fait de lui un parfait esthète, un auteur élitiste et érudit.
Au n° 4 : Emplacement du Petit hôtel Lambert où Nicolas Lambert logea son
beau-père, Charles de lAubespine, maître des Requêtes et Ambassadeur en Suisse. Lhôtel
a été reconstruit en 1750.
Au n° 3 : propriété des Le Ragois de
Bretonvilliers jusquen 1760, puis au petit neveu du célèbre Fénelon. Egalement
habité par lécrivain et journaliste Henri Bauër, de lAcadémie Goncourt de
1905 à 1915. Plaque.
Au n° 2 : Hôtel de Lambert, la plus magnifique
demeure particulière du XVIIe siècle donnant sur le quai dAnjou. Voir la balade
précédente.
Au n° 1 : Petit pavillon de 1640, dit des Arbalétriers qui est une ancienne dépendance de
lhôtel de Bretonvilliers du quai de Béthune que nous avons
vu récemment.
Nous
voici revenus à lhôtel Lambert, quai dAnjou et la prochaine fois nous
arpenterons les petites rues perpendiculaires qui recèlent, tu ten doutes, des
trésors historiques.
Et nous en aurons fini avec lÎle, mon
oncle ?
Oui, et nous pourrons nous diriger vers la place
de la Bastille
Sous le vent de la Révolution
Sources :
En plus de mes travaux
personnels, jai utilisé les ouvrages suivants :
. « Dictionnaire
historique des rues de Paris " de Jacques Hillairet.
. Encyclopédies et
dictionnaires divers.
. Le Promeneur de Paris. 10
promenades de la Rive gauche. Paris musées/ACTES SUD.
Sous la direction de Jérôme
Godeau. |