Hier, j'ai visité la fabrique des sirènes. Leurs
écailles d'imprimerie, je les ai levées sur leurs
ventres aux reflets d'encre. Une table brillait,
les séparait d'angines, d'amygdales translucides
qui faussaient les sujets et les verbes. Une
table vibrait. Tu parlais, dévidant tes rubans
bleus, tes lunes carnassières.
Je vissais les gangues, te regardait t'immuniser,
t'acérer de pantins.
La fabrique était déserte, malgré les apparences.
La sirène s'étirait, gémissante, enflée de
musique, luisante d'abysses incendiées.
J'ai jeté un seau d'air en elle. Je pleurais
qu'elle me dise, sans étrangler les lettres, je
pleurais qu'elle cesse de me menacer de feutre,
de m'enlacer de manèges à aplanir les vagues.
J'ai pilé sa vie bistre, réuni ses affluents
rayés, lêché les plaies d'un fleuve plein, puis
divisé les entrailles qui filtraient la pluie des
arêtes.
La peur s'habille en blanc. Ses gants,
réceptacles à envies, frappent ma nuque,
m'intimident en puissance, me punissent de
lauriers.
Je meurs à heure fixe, dans la salle de classe,
la maîtresse me demande de sentir meilleur. Juste
avant, je renais, par prudence, je ne tiens pas à
ramener une bulle à ma famille.
Je marche, pas plus seigneurial qu'une gerbe
trempée dans le caniveau. Je danse la merde
mystique, le requiem des lèvres écrasées de
semelles.
Seul, plus seul qu'un arbre dans une gare, je
n'attends plus rien. Plus rien que le visage de
la sirène, plus rien que sa langue ensablée. Plus
rien qu'elle, si belle.
Marmites à rêves réels. J'avance sur le cercle de
cuivre. Je chauffe ma mixture d'âmes.
J'emprunte aux caractères d'imprimerie leur
densité, leur appui cinglant, leur sceau
thérapeute.
Les épaules des heures, les unes sur les autres,
je gravis la pyramide.
Sur ces pierres malades de renaissance, sur ces
affres de merveilles qui surnagent, je guéris. Je
l'aime. Je l'écris.
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