ATELIER D’ECRITURE
La magie du langage
Sujet :
Suite à la lecture d’un poème d’Albert Ayguesparse, je vous propose à votre tour de susciter « la magie du langage » en reprenant la forme « Je dis : un mot…» :
Langage
Je
dis : nuit, et le fleuve des étoiles coule sans bruit, se tord comme
le bras du laboureur autour d’une belle taille vivante.
Je
dis : neige, et les tisons noircissent le bois des skis.
Je
dis : mer, et l’ouragan fume au-dessus des vagues, troue les falaises
où le soleil accroche des colliers de varechs.
Je
dis : ciel, quand l’ombre de l’aigle suspendue dans le vide ouvre les
ailes pour mourir.
Je
dis : vent, et la poussière s’amoncelle sur les ailes, ensevelit les
bouquets de perles, ferme les paupières encore mouillées d’images de feu.
Je
dis : sang, et mon cœur s’emplit de violence et de glaçons flous.
Je
dis : encre, et les larmes se mettent à bruire toutes ensemble.
Je
dis : feu sur les orties, et il pousse des roses sur l’encolure des chalets.
Je
dis : pluie, pour noyer les bûchers qui s’allument chaque jour.
Je
dis : terre, comme le naufragé dit terre quand son radeau oscille au
sommet de la plus haute vague et les oiseaux effrayés par mes cris abandonnent
les îles qui regardent de leurs prunelles mortes les merveilles des nuages.
Ayguespars
Faites preuve d’audace et de créativité.
Le thème semble facile, attention : ce sont les plus glissants…
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Textes proposés :
Auteur Elisa :
Dit
de la plume philosophe
Je dis : saut
Et les mûres des fils de vierge
Enivrent
goulûment ma bouche
Je dis : faim
La photo de l’Unicef
S’anime sur le mur et ces têtes
Noires, jaunes, blanches
D’enfants aux yeux de pétales amers
Tendent leurs mains vers la manne Terre
Je dis : souffre
Et je sens décuplés en moi les rhumatismes
D’une génération entière de grands-mères
Je dis : jour
Et j’éternue : c’est ainsi que chaque matin
Mon fils commence sa journée
Je dis : fête
Et
songe aux anniversaires
Des uns, des autres,
Au mien, tout juteux de cerises
Je dis : tombe
Et je me trouve bien lugubre
Où est-elle celle de mon père
Que je cherche des nuits durant
Je dis : asphalte
Et c’est encore noir
Gluant, poussière, cette luminosité endormie
Je dis : cœur
Je me souviens de mon premier livre
Où les mots étaient plaqués
Sur des plumes d’encrier
Et où le mot cœur m’a touché
Dans ma frondaison,
Gisant dans un grand cœur en carton
Je dis : moi
Et me voilà qui m’avance sur une scène
Héroïne invisible, muette,
Toute désireuse d’être porteuse
D’une musique des cieux
Je dis : trop
Le vent balaie la pluie tombant au goutte à goutte
Je murmure : jamais trop, encore,
J’engloutis le vin au goulot
Apre et coulant
Je dis : merde
Et me libère
De tout ce qu’elle m’a fait subir et gober
D’un clin d’œil bien partagé.
Elisa
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Auteur Léah :
Premier
texte :
Je
dis : soleil
Ce glissement d'anguilles sur des cailloux furtifs
Je
dis : Boeing
Encastré sur le tombeau de marbre d'un jeune homme
Je
dis : attente
Inquiétude qui bat aux tempes
A quoi l'occuper ? à quel jeu d'osselets dérisoire ?
Je
dis : écarlate
C'est un cri qui emplit la bouche de sang
Un foulard que lacèrent des poignards orgueilleux
Je
dis : escarboucle
Qui se suce comme un bonbon acide
Je dis : saltimbanque
Ragtime sur une espadrille effilochée
Je
dis : ta lèvre
Rempart de soie grille horoscopique
Je
dis : Hélène
Rien de plus qu'une plume happée par un soupir
Je dis des mots
Même l'absent des dictionnaires
Même celui qui déjoue la mort
Traqué à longueurs de lexiques
***
Second
texte :
Je dis : vagues, divague vers ce mascaret qui emplit l'estuaire de ses stridences glauques, de ses dérives délirantes.
Je dis jeux d'idiots comme Gala et Dali qui voulaient soulever la peau de
la mer (mais je crois qu'ils y sont arrivés).
Je dis j'erre là où Ariane n'a jamais su guider Orion
Je
dis style goutte à goutte l'absolu des mots
Des maux, dis ?
***
Troisième
texte :
Je
dis : femme, il dessine un oiseau, bel oiseau du malheur
Je dis : aile, il agite les bras, d’une traîne arc-en-ciel qui étrenne un
tableau noir
Je dis : des seins et ne sais si son dessin nous prend au piège
Je
dis : noir mais n’y vois que du bleu
Je dis : étoiles il m’attire en étincelles, ailes ou elle ?
***
Quatrième
texte
J'épuiserai
toute l'eau de la rivière Allier
mon allié
Toi qui sait
Comme l'eau devient noire quand le ciel s'y enfonce
Comme l'eau devient claire quand le ciel s'en éloigne
***
Cinquième
texte
Je
dis : silence et comme il sourd à mes oreilles
Il devient scie et si je le lance
De tout ce sidérant blanc où il se balance
Effrangé de lumières il prend place en l'espace
Tels les six volants du jeu de grâces
Léah
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Auteur Jean Barbé :
Premier
texte :
Je
dis : j’écris,
et aussitôt j’écris que je dis que j’écris.
Je dis : silence,
et tout juste le dis-je qu’il se brise sur mes lèvres.
Je dis : automne,
et je m’en vais, de ci de là, gauler à coups de violon, les sanglots longs
des feuilles mortes.
Je dis : « qu’est-ce que tu dis ? »
toi tu me réponds : « rien ! »
et puis on continue
chacun dans notre ennui :
sans dire on s’entretient
d’un long malentendu.
***
Second
texte :
Lorsque
je vous écris ce que je « dis » , vraiment
Tout ce qu’alors je dis n’est jamais important
Et chacun à son tour peut bien en dire autant
La mer reste la mer, le soleil le soleil,
Avec les mêmes mots ou des mots différents ;
Ce qu’on fait c’est redire autrement mais pareil
Seule compte une voix aliénant une oreille
Mais si les mots ne disent rien sauf à moi-même
A quoi bon écrire mes pensées qui bégayent :
C’est une vaine histoire et j’en tais les phonèmes…
Que voulez-vous en foutre ? A chacun ses problèmes !
Jean
Barbé
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Auteur khalid :
Premier
texte :
Solitude
toulousaine
Je dis : seul, et enivré par l'évanescence du souvenir de ton visage une mer
de solitude me submerge de ses vagues à l'âme languissante.
L’écume de ces jours où tu n’es pas, recouvre les murs de la ville rose altérant
sa beauté de mes mille et une pensées moroses.
Il fait trente huit degré pourtant, loin de toi, j'ai froid.
***
Second
texte :
J’attends
le bus aux bords de la Garonne...
Je dis : clou ! et je m'enfonce dans les eaux profondes de mon désarroi qui
gronde
Je dis : air, ton regard est ma loi et je suffoque sans toi
Je dis : goéland et mes prières s'envolent de leurs ailes blanches vers le
ciel bleu pervenche
Je dis : amour et je déteste ce bus qui m'éloigne toujours un peu plus
Je dis : fatigue et je me sent renaître quand j'ouvre les fenêtres de ton
souvenir
Je dis : vie et je me sens mourir à petites larmes si loin de ton âme
Je pleure tous mes maux à tous petits mots pour que le fleuve grossisse et mène ma peine jusqu'à toi ma reine.
***
Troisième
texte :
Je
dis : nuit et ma tête s'éclaire de milles souvenirs amers. Leur ombre m'aveugle
d'une résonance sans timbre comme une vielle lettre que personne n'a ouverte
Je dis : jour et mon regard s'éteint sur le miroir sans tain où mon image
s'écrase malsaine cherchant d'entre mille mots celui qui me rendrait beau
Je dis : pont et je pense à la seine qui abrita ma peine, emportant mes larmes
et en même temps tes charmes qui flottaient sur l'eau pour quelques euros.
***
Quatrième
texte :
Rêve
bonsaï
Je dis « nuit » et ma tête s'éclaire de milles souvenirs amers que
seule la pendule est en mesure de comprendre… normal ! nous avons partagé
tant d'instants
Je dis « jour » et mon coeur s'assombrit de ton regard qui brille
illuminant tous les miroirs de la terre sur lesquels il se reflète à l'infini
Je dis « terre » et mes racines naines s'enfoncent dans la haine
de ce pot qui m'emprisonne sous verre ne s'ouvrant que l'instant de tailler
mes sentiments qui poussent en branches désordonnées
Je dis « graine » et je rêve d'être grand, me multipliant à l'infini
à travers tous ces regards qui me contemplent sans vie car seul du tien je
vis
khalid
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Auteur Jean-Pierre :
Premier
texte :
Un
soir sans espoir,
Je dis matin !
L'empereur, sa femme et le petit prince…
Je dis vagues, par simple réserve de mémoire
Et disloque quelques roses blanches pour une mère démontée…
Jeudi, couché bras écartés sur terre humide j'écoute son ventre
Jeux dits tendus… faute de repères
Je… demain ?
Jeux de villes et de rues rouillées
Jeux de face
Et de sombres îles
Jeux disloqués
Pendants tristes du « je » !
***
Second
texte :
Je
dis…
Non, je n'ai rien dit,
En sortant, j'ai simplement ouvert la fenêtre, légèrement augmenté le volume
Juste pour que les fleurs entendent
Non, je n'ai rien dit,
Ni regardé derrière moi,
Je suis parti
Sur un oratorio que j'étais incapable de chanter
Je suis parti en laissant Vivaldi
Et les fleurs
Peut-être se sont-elles ouvertes…
Moi, je suis parti
Sans rien dire
Jean-Pierre
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Auteur Cigale :
Je
dis : terre
Et je vois la fragile boule perdue filer ses 30 Km/s à travers un espace au
vide terrifiant
Je dis : terre
Et l'imagine battue par des milliers de pieds qui la martèlent à la damer
Tous ces pieds bien sur terre dans tous leur pied-à-terre
Dont l'esprit terre à terre rêve d'un pied plus grand
A prendre encore un coup avant que de le perdre
Pied marin...
Pied-de-grue...
Pied-de-biche...
Les pieds devant !
Je crie : terre !
Et l'instant d'après une houle plus forte me porte haut vers un rivage où
j'échoue sur le dos Comme crachat-de-lune
Entre ulve et astérie
A dévorer le ciel en recherchant mon souffle
A vouloir l'infini qui échappe toujours
Je dis : taire
Et m'accroche au silence où j'oscille
Atterrée
Cigale
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Auteur Angélique :
Premier
texte
Je
dis l'hiver et sa magie n'a plus de corps
Je dis clochards et dans les nuits odeur de mort
Je dis transports quand mes pieds sont de randonnée
Je dis la terre et sa colère de tant tourner
Je dis « eh dieu ! » mais il s'en fout il dort toujours
Je dis l'amour qui s'est barré : oh les beaux jours !
***
Second
texte :
Je
dis (acrostiche)
Je dis un mot mais il s’enfuit de ma mémoire
Elle est ce mot que l’on évoque et que l’on perd
Dire du vent partir devant caché derrière
Il hait ce mot ce mort qui mord quand on l’opère
Se taire ou plaire en charcutant le mot qui foire
Angélique
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Auteur Meriem :
Je
dis : geôle, et seule. Autour, le monde se construit et existe par axiomes.
Je dis : subjectivité et idées, opinions ainsi que théories prennent tout
leur sens, réduit.
Je dis : doutes, quand au milieu de cette foule, je te vois.
Je dis : envies. Les jalousies sourdes envahissantes, les désirs et les peurs
muettes se mêlent à l'ébauche d'un amour trop espéré.
Je dis : vide et l'attente devient bagne.
Meriem
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Auteur
Nath :
Je
dis : glaise, et la terre a soif quand l'orage tarde à venir.
Je dis : ventre, et la soif encore. Encore.
Je dis : rose, quand la brique chauffée ne sait plus rien des fleurs.
Je dis : neige, et tisons d'orties, et mer et ouragan d'étoiles, et vent et
bouquet de glaçons.
Je
dis : feu sur la pluie.
Je dis : lèvre, et tous les pluriels m'envient.
Nath
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Auteur Jacques G :
Je
dis : Hier... De loin je vois… c'est embêtant
Je dis : Amour... Dans un miroir déraisonnable
Je dis : jeunesse... Ce vieux copain le corps changeant
Je dis : Aimer... Là sur la vague à pleine dents
Je dis : Regret... A contre cœur A contre temps
Je dis : Mensonge... Au sycomore un champ d'érables
Je dis : souffle... Je vois l'abstrait au bouche à bouche
Je dis : Demain... Je vois la mort qui s'fait les ongles
Je dis : ciel... Silence, on tourne c'est une fable
Je dis : écrire... En attendant c'est pas gênant
Jacques
G
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Auteur Sandrine :
Premier
texte :
Je
dis : solitude
Et c'est un banc de vieillards qui attendent
Et la mort qui n'en prendra qu'un
C'est le dernier assis sur le banc
L'oublié du temps filant.
Je dis : manque
Et c'est la mère sans enfant
L'enfant sans sa mère
La mer sans poisson
Le poisson que l'on croît sans arête
Et l'homme qui s'étouffe
Je dis : vide
Et c'est la panne d'essence
L'essence évaporée de mon parfum
Sa dernière goutte sur ma main
Ma main appelant la tienne.
Je dis : solitude, manque et vide
Et je remplis, j'écris
Entre les dits et le non-dit
Absence je te maudis.
***
Second
texte :
Je
dis : souffle,
Et j'entends le dernier, saccadé, étriqué, le râle de l'envolée.
Je dis : déambule,
Et parcours bouleversée le couloir des condamnés par leur colonne de moelle
rongée.
Je dis : choeur,
Et c'est les cloches qui tintent, les peines qui se brassent sous l'étreinte,
les mots qui n'apaisent rien, les sanglots que personne ne retient.
Je dis : vide,
Et c'est l'âme qui se met à saigner, le manque qui devient bourreau de mes
heures à errer le souffle coupé.
Je dis : temps,
Et c'est l'allier qui vient m'apaiser, l'ennemi qui me fera trépasser.
Je dis : souvenirs,
et c'est l'écho de ta voix, ton visage qui revient à moi, ma larme versée
mais de joie de te savoir toujours en moi.
Je dis : pensée,
Et entre ces lignes la glisse pour toi comme un fil tendu de toi à moi, un
lien qui ne s'effiloche pas, l'illusion salvatrice de ton immortalité.
Je dis : sept
C'était hier,
Sept ans déjà.
Sandrine
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Auteur Aglaé :
Premier
texte :
Je
dis « grimoire » quand j'écris en faisant des grimaces
Je dis « pataquès » pour ce gâteau espagnol aux pistaches
Je dis « canicule » pour donner un petit lavement
Je dis « dromadaire » toutes les semaines
Je dis « a capella » à celle qui n'a pas de chapeau
Je dis « cornichons » en cherchant mon soutien-gorge
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Second
texte :
Je
dis « torticolis » et c'est un sentier de montagne
Je dis « borborygme » et c'est une musique de jazz
Je dis « citronnade » et c'est un petit ictère sans gravité
Je dis « cacahouète » et c'est une petite crotte à l'heure de l'apéritif...
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Troisième
texte :
Je
dis « papouille » et Jean-Paul 2 caresse la tête du petit enfant
Je dis « tarlatane » et les jeunes gens dansent en Provence
Je dis « catastrophe » et le petit poème est raté.
Aglaé
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Auteur Guy :
Premier
texte :
Je
dis : « jour », et les tournesols se dressent, se frôlent, scrutent le ciel
- un ciel sombre - , trouvent la lune, cette grosse boule, qui les assomme
et qui les couche…
Je dis : « soleil », et dans mon bol, les céréales se dessèchent, se craquellent,
boivent le lait - du lait en poudre
- , lait de ma vache que, pourtant, je trais à la fraîche…
Je dis : « misère », et les enfants de toute la Terre lèvent le nez, scrutent
le ciel, trouvent un oiseau aux ailes blanches… oiseau de malheur ! disent
les mioches…
Je dis : « lumière », et, par la fenêtre, un rayon pénètre, je m’éveille,
ouvre l’œil et tends l’oreille… c’est le facteur !… il sifflote, dépose une
lettre toute blanche, et s’en va vider sa sacoche…
Je dis : « surprise ! », et dring ! dring ! le téléphone sonne, sonne… c’est
la copine, toute coquine, qui demande si le facteur qui sifflote est passé…
comme elle y va, c’est du direct… comme elle sèche !… comme elle est franche
!
Je dis : « étrange ! », et l’orage se déclenche… mon être flanche !… c’est
la copine, toute câline, qui nourrit de noirs desseins… des cloches proches
sonnent le tocsin… des cloches proches, toutes proches…
Je demande : « comment ? », et la machine du temps, bien huilée et infernale,
qui tourne comme une fraise, me répond dans un hurlement d’engrenage, que
j’ai tout dit… et que ne sais-je… que je me taise, que je me taise…
***
Second
texte :
On
a dit : « Poésie »...
Il a dit : « Magie »...
Je dis : « fantaisie », et des pétales de roses pleuvent sur l’alcôve des
muses au sommeil fragile…
Je dis : « mesure », c’est une chenille qui arpente l’étoffe légère et chatoyante
qui se déverse en cascade et se maintient en baldaquin…
Je dis : « rime », deux inséparables, qui s’ébattent en cage, se bisent les
rémiges et se jurent l’amour, le tout en ramage…
Je dis : « recueil », et les muses s’éveillent, sous des ciels de lit vermeils,
que les vers ont tissés la veille, sous le regard complice de deux perruches
qui se veillent…
Guy
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Auteur Fifi :
Je
crie « terre »
De con verge anse
comme on dit à Maastricht.
Fifi
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Auteur Abela :
Ma
fille, mon fils
et tous ces fils tissés qui se libèrent de ma trame.
Mon toi,
mon toit posé sur les murs invisibles d'une vie qui s'en va.
Mon moi,
ce « je » qui suis à peine plus qu'un jeu de mots.
Abela
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Auteur
Poucelina :
Magie
du Silence
Quand
tu dis « Carrière »
Je pense à la terre
Émouvant œil bleu
Crevé, ulcéreux,
Violé dans sa chair
De sable et de pierre
…Mais je sais me taire
Je dis : « Beau salaire ! »
Quand tu pestes « horaire »
J’entends l’univers,
Le chant monstrueux
Des astres et des cieux,
Réglant ma misère
De simple poussière
…Mais je dois me taire,
Je dis : « Nécessaire ! »
Alors tu dis « Terre »
« Bonheur » « Univers »
Je souris, Piteux.
Que tes mots sont creux !
Dessous mes paupières
Goutte ma Colère
…Mais je la fais taire …
Et nous voilà frères !
Poucelina
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Commentaires
Le thème proposé, « La magie du langage », est extrêmement vaste, aussi, était-il nécessaire de lui donner une direction grâce à l’exemple limpide du poème d’Albert Ayguesparse.
Sa forme apparemment simple devait servir de tremplin à l’imagination. On pouvait la respecter à la lettre :
Je dis : …, et…
Je dis : …, et…
Je dis : …, et…
Je dis : …, quand…
Je dis : …, pour…
Je dis : …, comme…
Chaque mot librement choisi, évoquant une image. Naturellement en évitant les clichés du genre : « Je dis : neige quand le blanc manteau recouvre la plaine ». Exemple caricatural.
On pouvait utiliser la rime ou la prose, partir d’un « Je dis » pour parvenir à un « non-dit », créer des couleurs, des sons, une atmosphère, une Idée, un trouble, un vertige, des odeurs etc…
L’essentiel étant de parvenir à la « magie » à partir d’un simple mot. Eveiller des sensations, montrer ce qui se cache derrière un objet quelconque, ouvrir un monde.
Choisir mot simple, concret, puis le faire basculer subtilement dans l’abstraction en exprimant ce qu’il vous évoque, mais sans pour autant faire de comparaison grossière.
« L’image est une création pure de l’esprit » Reverdy.
Quelques commentaires à propos de vos textes que je reprends depuis le début :
- Elisa, ton texte est inégal.
Des « Je dis » intéressants cependant, comme « Saut », « Jour » et « merde ». Ce que les autres mots t’évoquent restent trop près de la réalité. On ne sent pas ce glissement vers l’ailleurs du mot.
- Léah : Le premier texte va dans le sens ce que j’attendais. Ici, on bascule d’un mot simple à une image inattendue.
Les quatre autres poèmes me semblent plus « instinctifs » et les facilités ou maladresses abondent : « Je dis : vagues, divague… », « dérives délirantes », « Je dis jeux », « Des maux, dis ? », « oiseau du malheur » (Ferré), « ailes ou elle », « Allier mon allié », « silence et comme il sourd à mes oreilles ».
- Jean Barbé : Clin d’œil à Verlaine et son Automne dans le premier texte. Sinon, de la cohérence du début à la chute. C’est sans prétention, à la fois triste et ironique. Une atmosphère donc, et non pas cette sorte de litanie à la façon d’Ayguesparse.
Quant au second texte, en rimes, il critique le but du thème ! puisque mon désir allait vers la métaphore, donc l’éloignement du mot qui, paradoxalement, me semble la démarche qui lui colle le plus à la peau. Jean a voulu nous prouver le contraire en musique : audacieux !
- khalid, « Solitude toulousaine » est sans surprise, cependant c’est assez joli. Peut-être les phrases sont-elles un peu longues, pour ne pas dire lourdes ? Tu aurais sans doute pu exprimer le même sentiment de solitude en empreintant des chemins moins conventionnels.
Dans le second texte, le « clou » débouche sur une idée intéressante, mais ici encore la phrase est lourde : « et je m'enfonce dans les eaux profondes de mon désarroi qui gronde » : « dans », « de », « qui », gâchent le paysage.
Maladresses que l’on retrouve dans tous tes textes.
- Jean-Pierre, nous retrouvons dans ton premier texte les mêmes facilités que Léah et ses jeux de mots. Cependant le poème est cohérent. Ici aussi on ne sombre pas dans la litanie. Ce passage est adroit :
Jeux
de villes et de rues rouillées
Jeux de face
Et de sombres îles
Jeux disloqués
Pendants tristes du « je » !
Quant au second texte, il est excellent.
- Cigale : Quel voyage ! En utilisant qu’un seul mot… Fallait y songer, l’idée est originale. Une phrase, cependant me semble lourde :
« Et je vois la fragile boule perdue filer ses 30 Km/s à travers un espace au vide terrifiant »
Paradoxalement, le lecteur est arrêté dans sa course !
- Angélique : Premier texte en alexandrins, images simples, éloquentes. Un peu d’humour, mais le poème me semble trop court : Je reste sur ma faim.
Le second (acrostiche) est à mon avis plus percutant, plus dense bien que bref. Tu t’es également éloignée de la forme imposée, hardiesse qui me plaît beaucoup.
-
Meriem : Nous retrouvons à la fin de ton poème l’idée du début. Le style
est clair, sans lourdeur. L’utilisation de deux mots pour une évocation quelque
peu « mathématique » change le décor :
« Je
dis : subjectivité et idées, opinions ainsi que théories prennent tout leur
sens, réduit. »
- Nath : « Je dis : lèvre, et tous les pluriels m'envient. » : Excellente chute.
Sinon, le reste ressemble trop à l’exemple proposé.
- Jacques G : Excellent texte.
« Je dis : Demain... Je vois la mort qui s'fait les ongles » : que voici une image frappante !
- Sandrine : Très beau crescendo dans le premier texte !
Le second est plein d’imagination, sans pour autant être échevelé. On sent la passion pour les mots et l’on devine le « travail » d’écriture.
- Aglaé ! Ha ! Aglaé ! Enfin de l’humour… celui qui ne graisse pas les yeux, autant dire du meilleur goût. Bravo !
- Guy : Le premier texte est superbe. Maîtrise surprenante du langage. La magie est bel et bien au rendez-vous !
Le second n’est pas mal du tout avec ses « perruches », bien que plus conventionnel.
-
Fifi : C’est Fifi !... Hilarant.
- Abela : Petit poème savoureux. J’aurais aimé en lire plus…
-
Poucelina : La forme s’éloigne, ici aussi, de l’exemple proposé et le résultat
est agréable. C’est agité, effervescent même. Par contre je suis déçu par
la fin :
…Mais
je la fais taire …
Et nous voilà frères !
Beaucoup trop prévisible que ce mot « frères ».
Dan