Une peinture de Laurence de Sainte Mareville

Présentation de l'atelier

 

janvier 2000 : "le marchand de bottes de sept lieues"

Contribution  de Philippe Grün

texte seul

texte commenté

 

 

"Le marchand de botte de sept lieues."


— Pas facile de vous trouver, dites donc !
— Mais si : je suis dans l'annuaire : regardez : "Au petit Poucet" !
— Que suis-je bête ? J'aurais dû deviner ! Mais vous n'êtes pas dans
les pages jaunes…
— Ils ont refusé de m'y mettre, moi, honorable bottier de 7 lieues, sous
le prétexte que leur annuaire n'était pas un conte de fées !
— Bon, alors, que me proposez-vous ?
— Attendez, vous avez un permis ?
— Un permis ????? De quoi, Grand Dieu ?
— Mais de port de bottes de 7 lieues, pardi !
— Ah non… Mais pourquoi donc ???
— Mais c'est évident : avec de pareilles bottes, vous échappez à coup
sûr aux poursuites, les affaires ne vous rattrapent jamais…
— Vendez-en aux flics et aux juges !!!
— J'ai essayé, mais ils n'ont pas de sous !
— Ce permis, comment l'obtenir ?
— C'est très simple : vous le demandez à votre commissariat de police ou
à votre gendarmerie ; et une fois qu'il a été visé par votre maire, le
ministère de l'intérieur, celui de la justice et la chambre syndicale
des ogres, vous êtes en règle !
— La chambre syndicale des ogres ? ? ?
— Bien sûr : depuis l'affaire du Petit Poucet, ils se méfient…
— Bon, mais avant de demander ce foutu permis, j'aimerai voir si vous
avez ce que je cherche…
— Remarquez : c'est vraiment des bottes de 7 lieues qu'il vous faut ?
Parce qu'en dessous, pas besoin de permis !
— Oui, 7 lieues, c'est vraiment le minimum.
— Lieues terrestres ou marines ?
— Quelle importance ?
— 7 lieues terrestres c'est 28 kilomètres ; marines : 39 kilomètres.
C'est pour faire quoi ?
— Pour tuer les marées noires dans l'œuf !
— ???
— Mission : bondir sur les lieux du naufrage, colmater les brèches,
empêcher le jaillissement du fioul dans la mer.
— Alors prenez les marines, bien sûr ! Les enjambées sont plus grandes.
Et de plus elles sont autonettoyantes…
— Épatant ! Peut-on marcher sur l'eau avec ?
— Je ne vous le garantis pas…
— Et en les prenant à la main ?
— À moins d'un miracle…
— Possible ?
— Dieu seul le sait !
— Peut-on au moins aller sous les mers avec vos bottes ?
— Oui. Jusqu'à 20 000 lieues.
— 20 000 lieues sous les mers !!! Merveilleux !
— Alors, ça vous botte ?
— Oui. Mais avant de me décider : une précision : vos bottes, ont-elles
déjà subi l'épreuve d'une marée noire ?
— Bien sûr. Tenez, voici mon dossier de presse : regardez les titres :
une marée noire sans utilisation de ces bottes :
"Le nettoyage des plages avance à petits pas." "Les bénévoles en ont
plein les bottes." Et une marée noire avec emploi de ces bottes : "Plein
succès de la botte secrète." "La lutte contre la marée noire progresse à
pas de géant."
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Texte de Philippe Grün commenté [les commentaires sont entre crochets.]

— Pas facile de vous trouver, dites donc !
— Mais si : je suis dans l'annuaire : regardez : "Au petit Poucet" !
— Que suis-je bête ? J'aurais dû deviner ! Mais vous n'êtes pas dans
les pages jaunes…
[Je souris devant cette invitation à trouver du merveilleux dans l'annuaire,
qui plus est dans les pages jaunes - commerce de merveilleux ! d'accord...
je rêve. Et je me souviens de la poésie disséminée au hasard des enseignes,
une verbalisation intégrée à la communication quotidienne, un au-delà du
fonctionnel...]
— Ils ont refusé de m'y mettre, moi, honorable bottier de 7 lieues, sous
le prétexte que leur annuaire n'était pas un conte de fées !
— Bon, alors, que me proposez-vous ?
— Attendez, vous avez un permis ?
— Un permis ????? De quoi, Grand Dieu ?
— Mais de port de bottes de 7 lieues, pardi !
[Oui !!! avec une botte-école et un code de la quatrième dimension, je
jubile. Un permis de s'envoyer par dessus les collines et les forêts, je
saisis la permission au pas sage !]
— Ah non… Mais pourquoi donc ???
— Mais c'est évident : avec de pareilles bottes, vous échappez à coup
sûr aux poursuites, les affaires ne vous rattrapent jamais…
— Vendez-en aux flics et aux juges !!!
— J'ai essayé, mais ils n'ont pas de sous !
[Je pense aux poursuites à la Bonnie and Clyde.]
— Ce permis, comment l'obtenir ?
— C'est très simple : vous le demandez à votre commissariat de police ou
à votre gendarmerie ; et une fois qu'il a été visé par votre maire, le
ministère de l'intérieur, celui de la justice et la chambre syndicale
des ogres, vous êtes en règle !
[La chambre syndicale des ogres... L'ordre des ogres ? j'apprécie ce filon
de l'intégration du conte à la société civile.]
— La chambre syndicale des ogres ? ? ?
— Bien sûr : depuis l'affaire du Petit Poucet, ils se méfient…
— Bon, mais avant de demander ce foutu permis, j'aimerai voir si vous
avez ce que je cherche…
— Remarquez : c'est vraiment des bottes de 7 lieues qu'il vous faut ?
Parce qu'en dessous, pas besoin de permis !
[Je trouve ces jongleries avec nos habitudes mentales amusantes.]
— Oui, 7 lieues, c'est vraiment le minimum.
— Lieues terrestres ou marines ?
— Quelle importance ?
— 7 lieues terrestres c'est 28 kilomètres ; marines : 39 kilomètres.
C'est pour faire quoi ?
[Merci pour le rappel : je veux bien y croire.]
— Pour tuer les marées noires dans l'oeuf !
— ???
— Mission : bondir sur les lieux du naufrage, colmater les brèches,
empêcher le jaillissement du fioul dans la mer.
[C'est là l'oeuf des marées noires ? j'y aurais vu les poussins...]
— Alors prenez les marines, bien sûr ! Les enjambées sont plus grandes.
Et de plus elles sont autonettoyantes…
[Alors là, je rêve utile, des bottes autonettoyantes... sauf qu'il paraît
qu'un certain érotisme...]
— Épatant ! Peut-on marcher sur l'eau avec ?
[D'un merveilleux à l'autre, j'apprécie l'enjambée.]
— Je ne vous le garantis pas…
— Et en les prenant à la main ?
— À moins d'un miracle…
— Possible ?
— Dieu seul le sait !
— Peut-on au moins aller sous les mers avec vos bottes ?
— Oui. Jusqu'à 20 000 lieues.
— 20 000 lieues sous les mers !!! Merveilleux !
— Alors, ça vous botte ?
— Oui. Mais avant de me décider : une précision : vos bottes, ont-elles
déjà subi l'épreuve d'une marée noire ?
[Là, j'avoue que j'ai craint la lourdeur, que j'ai doucement organisé mes
défenses, mais...]
— Bien sûr. Tenez, voici mon dossier de presse : regardez les titres :
une marée noire sans utilisation de ces bottes :
"Le nettoyage des plages avance à petits pas." "Les bénévoles en ont
plein les bottes." Et une marée noire avec emploi de ces bottes : "Plein
succès de la botte secrète." "La lutte contre la marée noire progresse à
pas de géant."
[j'ai ri d'autant plus volontiers.]