| Texte de Jacqueline Maire
Avertissement: L'écran virtuel de notre imagination
Glisse
du passé au présent sans transition.
Minos et Pasiphaé coulaient des jours glorieux
Lorsque Poséidon en colère, fou furieux,
Instilla en Pasiphaé, mère modèle,
L'envie d'une insémination pas très artificielle.
Un taureau blanc, sacré, superbe
Tout en promesse de sperme en gerbe,
Lui offrit un pénis raide comme un bâton.
Elle en jouit et le fruit en fut un gros fiston.
Il avait les yeux, le muffle, les cornes de papa
Génétiquement tout point conforme n'est-ce-pas?
Mais Minotaure avait un gros défaut
Il était carnivore: l'herbe, point trop n'en faut.
Et cet enfant monstrueux dévorait goûlument
Sept vierges et sept garçons annuellement.
Thésée, lui, avait deux papas:
Aegée, Poséidon (encore lui) pourquoi pas!
Thésée était fort, courageux, tête brûlée.
Chagriné par la peur des vierges affolées
Il déclara qu'il s'en irait tuer le Minotaure
Dans l'Arène de Séville poudrée de sable d'or.
Monsieur Georges Bizet se trouvant à passer là
Car avant de naître à Bougival, il alla
Faire un tour d'étude en Grèce antique
Où il trouva l'inspiration de sa musique
(Le passé n'est qu'un présent conjugué au futur,
Le temps n'a jamais compté en littérature)
Monsieur Bizet, dis-je, donna à Carmen l'amour paradoxal
Qui rendit Don José jaloux de son rival.
Malgré Micaela et sa douceur sublime
Ils vacillèrent tous aux lèvres de l'abîme.
Hélas! Ariane ayant mal à la tête
Perdit le fil de ses idées, c'est bête ...
Frasquita décida ce jour-là
De venir aux arènes profiter du gala
Avec Mercedes suivie d'un banderillero,
Et Carmen amoureuse du bel Escamillo.
Celui-ci manqua se perdre dans le labyrinthe,
Pourtant il n'avait pas bu une goutte d'absinthe:
(C'est Hemingway qui vida la bouteille
Ce qui faillit sonner le glas de ses merveilles).
Thésée l'Escamillo se glissa donc en feinte
Dans les dédales profonds du labyrinthe.
Sans muleta, sans habit de lumière
Il n'avait peur de rien, mais fit une prière:
Débarrasser Athènes de ce monstre corné.
La foule en délire, l'orchestre déchaîné
Créaient un fond propice et Don José
Poignarda Carmen au moment où Thésée,
Sur le front du taureau,
Ouvrait une large fente - olé torero! -
D'où s'échappa la vie au grand plaisir de tous.
Les victimes sont mortes: on les tire, on les pousse
Dans l'oubli, prêt à recommencer
La narration d'autres passions tout aussi insensées.
Thésée-Escamillo n'ont eu comme victoire
Que l'illusion réelle d'être inscrits dans l'histoire.
Jacqueline Maire, Février 2000
Texte de Jacqueline Maire commenté [les
commentaires sont entre crochets.]
Avertissement: L'écran virtuel de notre imagination
Glisse
du passé au présent sans transition.
[Et là lisant, à cette seconde, où suis-je ? je me demande.]
Minos et Pasiphaé coulaient des jours glorieux
Lorsque Poséidon en colère, fou furieux,
Instilla en Pasiphaé, mère modèle,
L'envie d'une insémination pas très artificielle.
[Je ris.]
Un taureau blanc, sacré, superbe
Tout en promesse de sperme en gerbe,
Lui offrit un pénis raide comme un bâton.
[comme un bâton ? va pour la rime, mais quelque chose en moi s'assoupit - ce qui atténue
l'élan initial, je trouve.]
Elle en jouit et le fruit en fut un gros fiston.
Il avait les yeux, le muffle, les cornes de papa
Génétiquement tout point conforme n'est-ce-pas?
Mais Minotaure avait un gros défaut
Il était carnivore: l'herbe, point trop n'en faut.
Et cet enfant monstrueux dévorait goûlument
Sept vierges et sept garçons annuellement.
[J'apprécie ce rappel qui du taureau blanc fait un herbivore si inoffensif et de
l'humain, celui qui transmet le goût du sang.]
Thésée, lui, avait deux papas:
Aegée, Poséidon (encore lui) pourquoi pas!
Thésée était fort, courageux, tête brûlée.
Chagriné par la peur des vierges affolées
Il déclara qu'il s'en irait tuer le Minotaure
Dans l'Arène de Séville poudrée de sable d'or.
Monsieur Georges Bizet se trouvant à passer là
Car avant de naître à Bougival, il alla
Faire un tour d'étude en Grèce antique
Où il trouva l'inspiration de sa musique
(Le passé n'est qu'un présent conjugué au futur,
Le temps n'a jamais compté en littérature)
[Si vous l'affirmez, vais-je le croire tout de go ?]
Monsieur Bizet, dis-je, donna à Carmen l'amour paradoxal
Qui rendit Don José jaloux de son rival.
Malgré Micaela et sa douceur sublime
Ils vacillèrent tous aux lèvres de l'abîme.
Hélas! Ariane ayant mal à la tête
Perdit le fil de ses idées, c'est bête ...
[Je m'amuse des variations stylistiques, de l'hétérogénéité du texte - ce qui me
semble congruent avec l'évocation du minotaure, et tout simplement avec l'arène qui
mêle splendeur et déchéance.]
Frasquita décida ce jour-là
De venir aux arènes profiter du gala
Avec Mercedes suivie d'un banderillero,
Et Carmen amoureuse du bel Escamillo.
Celui-ci manqua se perdre dans le labyrinthe,
Pourtant il n'avait pas bu une goutte d'absinthe:
(C'est Hemingway qui vida la bouteille
Ce qui faillit sonner le glas de ses merveilles).
[D'accord pour croiser tout ce monde aux arènes, je trouve ça rigolo, mais aussi
émouvant.]
Thésée l'Escamillo se glissa donc en feinte
Dans les dédales profonds du labyrinthe.
Sans muleta, sans habit de lumière
Il n'avait peur de rien, mais fit une prière:
Débarrasser Athènes de ce monstre corné.
La foule en délire, l'orchestre déchaîné
Créaient un fond propice et Don José
Poignarda Carmen au moment où Thésée,
Sur le front du taureau,
Ouvrait une large fente - olé torero! -
D'où s'échappa la vie au grand plaisir de tous.
[Je reste en suspens de cette conciliation dans la mort.]
Les victimes sont mortes: on les tire, on les pousse
Dans l'oubli, prêt à recommencer
La narration d'autres passions tout aussi insensées.
Thésée-Escamillo n'ont eu comme victoire
Que l'illusion réelle d'être inscrits dans l'histoire.
[Joli salut au sortir de l'arène!]
Jacqueline Maire, Février 2000
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