ATELIER D’ECRITURE
Et si...
Sujet :
En
refilant quelques « si » possibles avec le printemps, je pensais
assister à une floraison un peu plus soutenue … j’oubliais que rêver
est souvent un jeu solitaire et que dévoiler ses utopies c’est prendre
le risque de les montrer pour ce qu’elles sont : irréalisables… et
donc celui de retomber dans la réalité.
« Si » est donc une conjonction bien plus difficile à utiliser
concrètement qu’il n’y paraît… ou bien plus facile en ce sens
qu’elle se suffit peut-être à elle-même : l’écrire
toute seule, en grosses lettres, avec trois points de suspension : «
SI… » et l’afficher au milieu du mur au pied de son lit.
Avant le prochain sujet, quelques mots sur les vôtres :
Les trois Si…
Avec trois si, refaire le monde
N’y suis pas vraiment parvenue
Juste pleurnicher à la ronde
Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu
Bien dommage, je vous le dis
Car même en un profond sommeil
Tout doucettement ,avec des si
On peut mettre Paris en bouteille
Pourtant bonne et belle occasion
Un coup c’est faux, un coup c’est vrai
Un cataclysme, une explosion
Bon Dieu ! Si ma tante en avait !
Aglaé
hummmm ! on commence donc par un constat d’échec ?
ces trois si ci sont donc « bémol ».
Et si et si et si.
Bon
Voilà
Tout est dit.
Je pourrais rajouter quelques brins de pervenche
Un parfum de lilas - c'est bientôt la saison
Ou peut-être ta main qui garde l'horizon
Quand elle maintient le cap de ton coeur à ma hanche.
Aussi parler d'ici, d'un 21 septembre
Aussi parler d'ailleurs et maudire et crier
Sur des tours que plus tard il fallait bien défendre
En s'endormant le soir au chaud de l'oreiller
Il m'en reste un ?
Et si ...
Nath
bien vu, Nath… je crois aussi qu’il faut toujours s’ en garder un quelque part en réserve avec la réserve des points de suspension.
et si donner nie le jour
et sidonie nait ce jour
et si vivre est parjure
si taudis
si tôt fait
j'embarque pour cythère
Jean Pierre
pour s’y taire alors ? et pourquoi pas ajouter un air de cithare aussitôt ? tant qu’on y est.
Et si on arrêtait de penser dans le sens du poil
et qu'au lieu d'emmitoufler les mourrois
on relevait nos "Ray Ban"
à la poubelle les encensoirs
les bonnes manière
et si il n'y avait pas d'ordre
pas d'étagères
pas de bons,
pas de mauvais
juste quelques prédateurs à éloigner
avec de grands feux de joie
Jean Pierre
ouais, JP … ça c’est une bonne utilisation du « si » : envisager l’impossible !
Et si…
Mais c’est vrai, le printemps arrive, un de plus parmi tant d’autres, éternel recommencement ! que va-t-il nous apporter hormis le renouveau de la nature ? et si le monde lui aussi pouvait renaître tout neuf comme les feuilles et les fleurs, ce monde que l’on détruit à petit feu en oubliant que c’est par sa beauté que l’on peut retrouver notre liberté ? et si les hommes se mettaient à réaliser combien il faut respecter la vie pour mieux la mériter ? Peut-on croire en un printemps qui changerait tout sur l’air du « Temps des cerises » ? et si tous ceux qui veulent vraiment que « LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE » soient plus que des mots, devenus inepties, se réveillaient comme les graines après l’hiver ? Alors je pourrais à nouveau rêver sans cauchemars, il y a eu de ces printemps pleins d’espoir et si on y croyait encore une fois ?
Marie-Claire
merci Marie-Claire, le « si » pour remettre toujours l’ouvrage du rêve sur le métier de son oreiller est un de ceux que je préfère
Si j’étais
J’irais chercher pour toi, si j’avais des ailes
Au-delà des mers d’autres horizons
Afin qu’en mes bras, tu restes fidèle
Et ne dises plus-« L’amour est prison ! »
Si j’étais le vent, j’ôterais je crois,
Sur ton front pensif une intruse ride,
Pour que de l’instant passé près de moi,
Tu ne dises plus-« L’amour n’est que vide ! »
Je déposerais, si j’étais rosée,
Deux gouttes perlées au ras de tes yeux,
Pour qu’ému enfin de douces pensées,
Tu ne dises plus-« L’amour est un jeu ! »
Nous irions vraiment, si j’étais nuage,
Vers tous ces pays au lointain profil
Arrêter à deux le temps d’un voyage,
Tout le temps perdu d’amour sur un fil….
Marie- Claire Simon
cette conjonction qui permet la supposition est en effet une incomparable muse qui vous provoque « poétiquement » ; la forme régulière de ce texte lui donne sa dimension : le « si » y est alors comme contrôlé, il introduit l’idée sans doute mais c’est bien l’auteur qui pilote… « si j’étais » dis-tu, et l’on sent que tu le fus… au moins l’instant de l’écrire.
nous rêvons de quoi sur le fil de si
nous tâtonnons les enchères d'avant l'aube
cloués vifs au seuil de nos verbiages
vivre est une patience qui s'impose
je connais tous les risques sentinelles
placés en croix si Dieu le veut
la tempête en veille
on est si bas placés devant l'espérance
un jour ou deux, ça passera
Karl
je retiens le « seuil du verbiage » .. pas si facile à passer même avec un si, avec de la patience et l’accord de Dieu
Si les sots les soi-dits
Si les sots érudits
Un matin tôt levés
les yeux enfin lavés
Si les sofas si plats
Jonchés de feuilles mortes
Un jour bougeaient de là
Que la vie les emporte
S'ils cessaient de citer
Pour enfin écouter
Vent frais dans la cité
On s'mettrait à douter
On peut toujours rêver
Isa
bien sûr qu’on peut toujours c’est même à
ça que le si sert…
restons quand même vigilant sur le plaisir de l’assonance sans sens
évident : ces « sofas si plats » me font redouter que les
sots « si » sont parfois un rien épicés.
Et s'il était possible d'embouteiller
Paris, tes rêves et mes démons
S'il était possible de gommer
Comme on damne un pion
Passé, pieux ou sordide, c'est selon
S'il était possible de se donner
La plus infime chance de confondre
Nos doutes et nos ambiguïtés
Sans attendre à s'en morfondre
Que l'un de nous daigne répondre
S'il est encore possible d'envisager
Naissance d'une nouvelle frondaison
Là où il n'y a pas une année
Nous n'étions qu'éclosion
« Nous » n'était qu'illusion
Si.
Aglaé
décidément Aglaé … tu as le « si »
un peu pessimiste ! mais c’est une autre façon de l’envisager qui me
semble intéressante par sa lucidité, ça me rappelle cette
phrase d’Aragon : « de divers espoirs que j’ai eus, le plus tenace était
le désespoir ».
merci à toi de ta participation.
Si le temps pouvait se suspendre
de toutes ses heures qui s'articulent
à l'orée de mes rêves tendres
peut-être un peu m'entendras-tu
Si au plus profond de mon âme
le soleil pouvait s'enfoncer
brûlant mon coeur de mille flammes
peut-être mieux me verras-tu
Si la mer pouvait se houler
jusque sous les draps de ton lit
d'une chanson en vagues roulées
peut être fort m'humeras-tu
si le printemps était une fleur
je te l'offrirai en hiver
chauffée au rouge de mon coeur
et peut être alors...m'aimeras-tu
Khalid
ah, Khalid... suspendre du temps le vol, usage récurrent
du si..
un peu mélancolique cette mise au conditionnel des éléments
pour en faire les vecteurs expressifs de ses désirs… on a presque envie
de te dire d’oublier le « si », d’y croire que le printemps est
une fleur et de ne pas faire d’hypothèse.. de la chauffer comme tu
dis et de courir la lui offrir quelque soit la saison. Si tu t’aides, le temps,
le soleil, la mer, le printemps et peut-être même le ciel, t’aideront.
J’ai aussi une petite difficulté avec la concordance des temps : ce
mixage entre futur interrogatif répondant au conditionnel non présent
est-il volontaire ?
Quant à « m’humeras-tu », même en considérant
qu’il appelle le dernier « m’aimeras-tu », j’avoue qu’il me semble
un peu âpre dans le contexte.
Si je savais oser
laisser l'onde aller légère
jusqu'en tympan de chair
sans craindre l'écho lourd
en retour
la voix tordue par le cou
Si je savais attendre
l'instant posé sur le rameau
me reposer sur le banc chaud
en conteur écoutant
partager la parole
respirer l'air des mots
Si j'étais là vraiment
un jour un moment
pour mes si mal-aimés
quand pourtant ...
... Si j'avais osé
ces dialogues rêvés
que seuls offrent les livres
me reviendriez-vous
silencieux solitaires
mes morts couverts de givre ?
Je m'étais dit, cette fois il est sympa, Jean, c'est facile, avec
des si, on fait pas plus ouvert. Et puis finalement, au lieu de refaire le
monde, je n'ai su que faire le compte de mes occasions manquées.
Isa
et oui Isa… je l’ai dit, c’est pas si simple avec un si, même
avec trois ou quatre.
Bon, ça fait rien… après tout j’aime assez cette idée
qu’avant d’envisager le « monde » autrement on prenne le temps,
un peu aussi la peine, de se voir comment on fut dans celui qu’on changera
peut-être ; qu’on quittera….sûrement.
Avec le si que tu proposes l ‘amende est plus qu’honorable, le monde qu’il
suppose certainement amendable… ça reste dans l’idée.
Merci de tes participations essaimées.
Si j’étais poète
Si j’étais poète
Je te fabriqu’rais
Des mots en fusée
Beau feu d’artifice
De mes p’tit’s pensées
Dans ton ciel à toi
Si j’étais poète
Je t’épinglerais
Des lettres d’amour
Prés de ton miroir
Pour que tu souries
Au reflet de toi
Si j’étais poète
Je te chanterais
Les p’tits chemins creux
A combler à deux
De plaisirs complices
A l’abri de toi
Si j’étais poète
Je te rimerais
Mes petits émois
Tout plein de césures
Pour que tu reprennes
Tout ton souffle à toi
Si j’étais poète
Je t’imagerais
La peine de vivre
Et le mal d’aimer
Et les pleurs du ventre
Dans l ‘attente de toi
Si j’étais poète
Je saurais te dire
Sans t’effaroucher
Quatre petits mots
Je–t-’aime-toi
Isabelle
Merci Isabelle. Tes « si » sont intéressants
parce qu’ils tiennent un peu de la litote, mine de rien….
Allez…. on a bien compris que tout ce que tu pourrais faire « si »,
tu l’a déjà fait sans aucune condition préalable. Si
tu étais « poète », dis-tu ? mais il me semble que
tu vis déjà en poésie … et en l’occurrence je ne sais
pas ce qui est le plus important : ce que l’on est et ce que l’on sera ou
bien ce qu’on s’efforce de vivre ?
Jean Barbé