Mauvaise fille

samedi 16 octobre 2010

 



Mauvaise fille,  Louise  est enceinte alors que sa mère atteinte d’un cancer va mourir. Elle n’a pas le droit de porter la porter la vie alors que sa mère s’en va. A ses yeux, elle est « cinglée, mauvaise, une catastrophe ambulante, un bloc de culpabilité, une punition ».
Elle refuse d’allaiter en pensant au sein manquant de sa mère, le jour de l’enterrement, elle prend huit Prozac, s’habille avec un T Shirt ACDC de son mari. Qu’importe.

Avant lorsque sa mère était encore en vie, elle volait dans les magasins,  piquait les affaires de sa belle-mère que celle-ci lui aurait volontiers donné pour elle sa mère adorée et libre. Mauvaise fille ou mauvaise mère ? Sublime mannequin des années soixante dix, Isabelle Doutreluigne  s’est vite abîmée dans l’alcool et la drogue, entourée de marginaux. Elle n’avait d’autre credo que la liberté. Oubliait d’aller chercher sa fille à l’école « c’est pas grave, tu as cinq ans, tu es grande et tu as toujours ton adresse autour du cou ». La laissait jouer avec « les médocs, les seringues et le shit », la laissait finir les verres d’alcool à six ans. Pas grave, sa beauté l’affranchissait de toutes contraintes. Sa gentillesse, son exubérance, son irresponsabilité faisait partie de son charme.

Heureusement son père veillait. Bien que divorcé, il l’aidait, était toujours présent pour elle. Pour sa fille aussi qu’il élevait ne la laissant à sa mère  que de temps en temps puis plus tard, n’hésitant pas à faire un aller retour New York, Paris New York en vingt quatre heures pour voir quelques minutes sa petite fille à la maternité. Ce père qu’elle vénère.

Dans ce chassé croisé poignant entre la vie te la mort, le portrait de cette mère qu’elle veut réhabiliter, Justine Lévy  hésite en permanence entre le drame et l’humour salvateur : le médecin mondain fier de soigner l’ex femme d’une personnalité, le prêtre déçu qu’à l’enterrement ne soient présents que des SDF alors qu’il s’attendait à une assemblée de people et de journalistes, le thanathopracteur qui a fait à sa mère une « bonne mine de travelo ».

Mais derrière ce portrait se dessine en fait la vraie question : que signifie être une mère, qu’est ce que la maternité, que transmet-on ? L’enfant aurait-elle été plus heureuse si elle avait une mère plus conventionnelle ? Sans doute pas. Et Justine-Alice se pose la question la plus terrible qui soit : «  il m’arrive de me dire qu’elle est tombée malade pour qu’on se rapproche enfin ».

Mauvaise fille est un livre grave dans lequel Justine Lévy se met à nu comme dans son tout premier roman écrit à vingt ans, « Le rendez-vous » qui déjà parlait de cette mère hors-normes. Elle ne s’épargne rien, cherche à comprendre qui était sa mère avec lucidité. Est sans cesse à  l’affût.  Y-a t-il une recette pour devenir mère à son tour ?

Avec son écriture nerveuse, son honnêteté, sa lucidité, Justine Lévy n’est définitivement plus « fille de » mais  l’écrivain brillant, que l’on avait un peu oublié avec le tapage médiatique qui avait entouré la parution de son second roman. Un auteur accompli de trente cinq ans absolument pas en paix avec elle-même mais qui a sans doute écrit avec sa douleur l’un des meilleurs livres de l’année.


Justine Lévy

Mauvaise fille

Stock,


Cette chronique est parue dans le numéro de septembre 2009 du Magazine des livres.

Brigit Bontour

 
 

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