Anges

samedi 16 octobre 2010

 


Anges


Dans une autre vie Colline  ne pesait pas 109 kilos, et n’était pas meurtrière. Elle  se nommait Lynn et était l’un des mannequins les plus recherchés de la planète. Sa vie était un conte de fée version téléréalité. Mais on ne rit pas dans le monde de la mode. On ne vit pas non plus. Alors un jour elle plaque tout et revient se cacher en Normandie, se lançant un défi impossible : s’offrir un ange pour son usage  personnel.

Les sceptiques diront que trouver un ange n’est pas chose aisée. C’est vrai mais pas quand on a l’habileté de Colline qui ne désire qu’un castrat : un ange sans péché, sans désir, sans sexe. Du moins le croit-elle dans son délire.

Employée dans une boutique de bricolage, elle est sous contrôle judiciaire  pour enlèvement et séquestration sur un jeune garçon mais sa vie est tranquille, son patron n’est jamais là et ses fenêtres donnent juste sur la pension Saint Joseph pour garçons. Ca tombe bien mais la tâche n’en est pas moins ardue et parfois Colline se réveille après d’épouvantables cauchemars : celui de ses anges ratés  dont elle a gardé les attributs dans des bocaux de formol.

Au début de sa quête mystique en effet, elle était maladroite et plus d’un jeune garçon est monté directement au ciel dans des souffrances dantesques. Les trois premiers  morts pendant la purification  l’ont été à cause de sa maladresse. Elle s’était servie d’un fer à souder et d’un sécateur. Ensuite elle est passée aux pinces coupantes et au fer à repasser. Pas plus efficace, les « élus », une bonne dizaine  tout de même continuaient de disparaître.

Et puis apparaît David, 13 ans, beau comme un chérubin. Il est à la pension, elle correspond avec lui par SMS enflammés, il tombe amoureux d’elle jusqu’à ce qu’elle lui donne rendez-vous et qu’il découvre l’enfer. Le vrai.


Le premier roman de Julie Grelley est implacable de cruauté, de calcul, de folie. En psychopathe d’une rare intelligence, Colline trompe son monde et surtout elle-même en stratège absolu.

Elle a fait de la prison, elle a payé sa dette à la société et ses problèmes viennent de son expérience traumatisante de mannequin. C’est tout, elle  a changé et n’a plus rien à se reprocher.

Entre mysticisme et schizophrénie Julie Grelley n’épargne aucun mécanisme mental de son héroïne dérangée à ses lecteurs pas plus que les détails sanguinolents des meurtres pudiquement nommés « purification ».


Si des dizaines de thrillers paraissent chaque année sur le thème de la pédophilie masculine, rares sont ceux qui abordent le thème encore plus tabou des femmes prédatrices d’enfants.

Julie Grelley réussit sur cette  réalité plutôt ignorée un roman dérangeant d’une grande puissance qui tient en haleine du début à la fin entre suspens, démence et mysticisme.


Julie Grelley

Anges.

Albin Michel 184p


Cette chronique est parue dans le Magazine des livres

Brigit Bontour

 
 

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